Communiqué
Les classes populaires ne doivent pas payer le prix des politiques libérales : renforcer les résistances pour défendre la souveraineté, la justice et la liberté
Dans le contexte des crises successives du capitalisme à l’échelle mondiale, notamment les guerres impérialistes menées par la Russie et les États-Unis et les vagues d’inflation massive qui les accompagnent, les conditions de vie au Maroc se détériorent de manière alarmante, les prix continuant de grimper à un rythme qui sape le pouvoir d’achat de l’ensemble de la population. En effet, les souffrances des classes populaires se sont aggravées avec la dernière vague de hausse des prix liée à la guerre impérialo-sioniste contre l’Iran et à la forte augmentation des prix de l’énergie et des produits de première nécessité qui en a résulté. Cette flambée des prix n’est pas liée à des facteurs conjoncturels externes comme le prétendent les discours officiels, mais résulte directement de choix politiques et économiques qui ont renforcé la dépendance vis-à-vis de l’étranger, aggravé la précarité et creusé les inégalités sociales et territoriales.
Sous la pression des institutions financières internationales, le Maroc a libéralisé les prix, transformant ainsi des secteurs vitaux en terrains de jeu pour la cupidité des spéculateurs, tandis que les citoyennes et citoyens se retrouvent confrontés à des monopoles, sans véritable protection des consommateurs. Le secteur des hydrocarbures est un exemple flagrant de ces choix : la libéralisation des prix a conduit à la soumission de ce secteur stratégique à de puissants lobbies qui monopolisent l’importation, le stockage et la distribution, en accumulant des profits colossaux. Quant au coût, ce sont les citoyens et citoyennes qui le paient de leur poche, directement à la pompe, ou à travers la hausse généralisée des prix des biens et des services.
Le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale encouragent des politiques libérales visant à renforcer l’intégration de l’économie dans le marché mondial et à ouvrir de nouveaux horizons de profit au capital privé, comme c’est actuellement le cas pour les grands investissements dans les infrastructures et les projets liés aux manifestations sportives internationales. C’est ainsi que les expulsions forcées, les expropriations et la démolition des quartiers populaires se sont multipliées, dans le cadre d’une restructuration de l’espace qui bénéficie au capital immobilier et touristique, en particulier dans les villes concernées par les projets de la Coupe du monde. Les notions d’« intérêt général » et de « réaménagement urbain » servent de prétexte à des politiques d’exclusion qui portent atteinte au droit au logement et à la terre, et conduisent à l’expulsion de milliers de familles sans consentement ni indemnisation à la hauteur de leurs pertes.
Les attaques ne se limitent pas aux réformes économiques et territoriales qui nuisent aux habitants. Elles s’étendent à des domaines fondamentaux tels que l’université marocaine, l’enseignement et la santé publics, le droit à un emploi stable et décent, l’expropriation sous le prétexte de l’intérêt général… etc., entraînant une propagation du chômage et un accroissement de la pauvreté qui portent préjudice aux classes populaires. Dans ce contexte, la génération Z a émergé comme un acteur essentiel de la dynamique de lutte actuelle. Ainsi, malgré toutes les formes de répression, de pression et de marginalisation, la jeunesse marocaine, qui a su créer de nouvelles formes d’expression et de protestation, devient un élément central des résistances croissantes qui cherchent à contrer l’offensive libérale et le despotisme et à défendre les revendications populaires.
Pour mettre en œuvre ses projets, l’État s’emploie à généraliser la répression en restreignant les libertés publiques et numériques et en poursuivant les procès contre les militant·e·s et les manifestant·e·s pour les dissuader de lutter. Dans ce contexte, des centaines de militant·e·s des mouvements populaires ont été arrêté·e·s, mais aussi des journalistes, des blogueur·euse·s et des étudiant·e·s. Certain·e·s étudiant·e·s ont été expulsé·e·s de l’université, comme cela s’est produit récemment à l’université Ibn Toufail de Kénitra. Des pressions ont par ailleurs été exercées sur les militant·e·s de l’Association nationale des diplômés chômeurs au Maroc, ainsi que sur les populations victimes de négligence ou d’expropriation, comme les habitants de El Haouz ou de Kalaat Sraghna.
Cette situation impose d’unifier les luttes portées par l’ensemble de celles et ceux qui sont touchés par le modèle économique et social en place, de renforcer la solidarité entre les différents groupes affectés et de construire un large front social, afin de mettre en place des alternatives économiques, sociales et environnementales qui rompent avec la soumission aux institutions financières internationales et qui reposent sur la souveraineté populaire, la souveraineté alimentaire et énergétique, la justice sociale, la justice fiscale et territoriale, ainsi que la protection des droits fondamentaux, tout en tenant compte des impératifs d’adaptation au changement climatique et du respect des écosystèmes et de leur capacité de régénération.
Compte tenu de tout ce qui précède, l’association ATTAC CADTM Maroc affirme que les luttes sociales qui s’intensifient dans les différentes zones marginalisées et rurales, ainsi que dans les universités et les quartiers populaires, sont l’expression d’un rejet croissant des politiques d’exclusion, de marginalisation et de répression. Elle réitère sa solidarité avec tous·tes les prisonnier·ère·s politiques et d’opinion, avec les victimes des démolitions et des expulsions forcées à Casablanca et à Rabat, avec les étudiant·e·s expulsé·e·s de l’université de Kénitra, avec les diplômé·e·s chômeur·euse·s, et avec toutes les catégories touchées par ces politiques.
ATTAC CADTM Maroc réclame :
- La suspension du remboursement de la dette publique et la mise en place d’un audit complet de celle-ci afin d’identifier ses composantes illégitimes et odieuses et de les répudier.
- Le refus de faire de la Coupe du monde 2030 un instrument d’augmentation de la dette et de restructuration entraînant le déplacement des populations au profit du capital immobilier ; et la priorité aux investissements dans les besoins sociaux fondamentaux.
- La garantie de services publics gratuits et de qualité dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la protection sociale, et l’arrêt de toute forme de privatisation.
- Le renoncement immédiat à la libéralisation des prix des carburants, l’instauration d’un mécanisme public de plafonnement et de régulation des prix, et l’ouverture d’une enquête sur les profits des lobbies en vue de leur mise sous contrôle.
- L’imposition de taxes progressives réelles sur les gros profits et les grandes fortunes, et la révision du système fiscal afin de garantir l’équité fiscale au lieu de faire porter le fardeau aux salariés et aux classes populaires.
- La fin de la mainmise des monopoles et de la spéculation par le renforcement des organismes de contrôle, et la garantie de la transparence dans les chaînes de production, d’importation et de distribution.
- L’arrêt des démolitions, des expulsions forcées et des expropriations, et la garantie du droit à un logement décent dans la même zone géographique, avec une indemnisation juste pour les personnes lésées.
- L’instauration d’une véritable justice territoriale par l’investissement public dans le monde rural et les zones marginalisées, et la garantie du droit à l’eau, à la terre, aux richesses et aux services de base.
- La garantie du droit au travail pour toutes les chômeuses et tous les chômeurs diplômés, la levée des restrictions imposées à l’Association nationale des diplômés chômeurs du Maroc et son intégration en tant que partie prenante dans les débats sur le chômage et l’emploi. À cette occasion, ATTAC CADTM Maroc félicite l’Association nationale pour le succès de son 17e congrès, qui s’est tenu à Rabat les 11 et 12 avril 2026.
L’association exige également :
- La protection des droits et libertés fondamentaux, au premier rang desquels la liberté d’expression et d’association, ainsi que la fin des poursuites politiques et de la détention des prisonnier·ère·s d’opinion, qu’ils s’expriment dans l’espace numérique ou public, et l’annulation de toutes les condamnations prononcées à l’encontre de militant·e·s et de blogueur·euse·s en raison de leurs opinions.
- La libération immédiate et inconditionnelle de tous·tes les prisonnier·ère·s d’opinion et politiques, ainsi que des personnes arrêtées dans le cadre des mouvements sociaux et des manifestations populaires, au premier rang desquels les prisonniers du Hirak du Rif. L’association Attac CADTM Maroc annonce son engagement total dans la semaine organisée pour obtenir leur libération.
- La libération immédiate de tous·tes les jeunes détenu·e·s de la génération Z, l’annulation de toutes les poursuites, l’arrêt des campagnes d’arrestation incessantes menées par l’État à leur encontre, et l’ouverture d’une enquête indépendante sur les circonstances du décès des martyrs de Laqliaa.
- L’annulation des jugements injustes prononcés à l’encontre des étudiant·e·s d’Ibn Toufail à Kénitra et la garantie de leur droit à poursuivre leurs études universitaires.
- L’arrêt de la répression contre les blogueur·euse·s, les journalistes indépendant·e·s et les militant·e·s sur les réseaux sociaux, et l’annulation des poursuites fondées sur des chefs d’accusation vagues tels que « outrage aux valeurs sacrées », « diffusion de fausses informations » ou « outrage à des fonctionnaires ».
Enfin, l’association ATTAC CADTM Maroc réitère son rejet des politiques de normalisation avec l’entité sioniste fasciste et raciste complice des agendas impérialistes, et défend la solidarité entre les peuples dans leur lutte pour leur liberté et leur autodétermination, au premier rang desquels le peuple palestinien.
Le Secrétariat national
Rabat, le 25 avril 2026