Intervention d’Omar Aziki lors de la conférence « La lutte contre le négationnisme climatique et pour la réforme agraire dans le contexte de la crise environnementale »
Conférence de Porto Alegre, le 29 mars 2026
ATTAC CADTM Maroc publie le discours d’Omar Aziki, présenté lors de la huitième plénière tenue pendant la conférence antifa de Porto Alegre. Cette conférence a pour titre : « La lutte contre le négationnisme climatique et pour la réforme agraire dans le contexte de la crise environnementale ». Omar Aziki met en lumière les spécificités des enjeux de souveraineté alimentaire et environnementale dans la région Afrique du Nord et Moyen-Orient (région arabe), dans un contexte marqué par les guerres et les agressions impérialistes, ainsi que par le génocide contre le peuple palestinien provoqué par le gouvernement néofasciste de Netanyahou avec le soutien actif de Washington et la complicité de l’Europe et de plusieurs gouvernements arabes. Il souligne également les défis auxquels sont confrontées les populations, notamment en matière d’accès à la terre, à l’eau et aux ressources naturelles, ainsi que les limites des politiques agricoles dominantes.
Il appelle à la construction d’un large mouvement contre le fascisme et l’impérialisme, ainsi qu’à une nouvelle solidarité entre les peuples, en vue d’une transformation globale et radicale, féministe et écosocialiste.
Je tiens tout d’abord à remercier les organisateurrice(s) de cette conférence, notamment nos camarades au Brésil, qui nous ont permis d’être présents ici parmi vous pour discuter et échanger nos expériences sur la lutte contre le fascisme et l’impérialisme.
Je suis syndicaliste dans le secteur agricole et je travaille notamment à l’organisation des ouvriers et ouvrières agricoles dans le secteur de l’agrobusiness tourné vers l’exportation.
Je militais dans un syndicat affilié à La Via Campesina, avec lequel nous avons beaucoup coordonné nos actions. À partir de juillet 2017, nous avons initié le Réseau de l’Afrique du Nord pour la souveraineté alimentaire, qui s’appelle maintenant Siyada (Siyada en arabe signifie souveraineté), et qui est aujourd’hui présent avec plusieurs organisations dans plusieurs pays de la région arabophone.
Je suis également secrétaire général d’ATTAC CADTM Maroc, qui est membre du réseau international CADTM (Comité pour l’abolition des dettes illégitimes). Nous assumons une partie des tâches du secrétariat international du réseau CADTM avec le CADTM Belgique.
Je viens du Maroc, qui est un pays africain. Le continent africain est bien connu pour être victime du changement climatique, alors que ses émissions de gaz à effet de serre sont très faibles. Ce continent connaît aussi un mouvement très important d’accaparement des terres par les multinationales et par les grandes puissances du Nord.
Je suis aussi membre du réseau CADTM en Afrique, qui est présent dans une quinzaine de pays avec une vingtaine d’organisations, et qui est d’ailleurs présent avec nous dans cette conférence avec une importante délégation.
Le Maroc se situe en Afrique du Nord, mais nous sommes aussi fortement liés, pour des raisons historiques et linguistiques, à la région appelée Afrique du Nord et Moyen-Orient, ou plus globalement la région arabe. Cette partie du continent subit directement ce qui se passe au Moyen-Orient, qui est le noyau du capitalisme fossile mondial et qui abrite de grandes réserves d’énergie fossile, notamment le pétrole. C’est pour cela que cette région est aussi au cœur des guerres impérialistes.
Le génocide sioniste à Gaza, avec ses répercussions géopolitiques et ses ramifications planétaires, détermine la situation politique, économique, sociale et environnementale dans cette région.
Les agressions impérialistes en cours contre l’Iran et la destruction des infrastructures pétrolières provoquent le dégagement de nuages très toxiques, exposant et contaminant les populations.
Ces guerres entraînent la destruction des terres agricoles, sources essentielles de nutrition, ainsi que des ressources en eau. La destruction de l’eau potable est également utilisée comme instrument de guerre particulièrement brutal dans une région considérée comme l’une des plus désertiques au monde.
Il est alors très difficile de parler de la question agraire et de la souveraineté alimentaire dans ces pays en situation de guerre (Palestine, Liban, Irak, Yémen, Syrie, Soudan, Libye), où les populations fuient les conflits dans des mouvements de migration de masse et subissent des famines particulièrement graves, largement sous-estimées.
Les pays qui connaissent soi-disant une certaine stabilité politique et sociale, comme le Maroc, l’Égypte ou la Tunisie, souffrent d’une dépendance alimentaire très aiguë, liée aux politiques de la Banque mondiale et du FMI qui appauvrissent la petite paysannerie.
Les peuples de la région ont mené des luttes contre ces politiques libérales de dépendance. Ils ont engagé des révoltes à partir de 2011, ce qu’on appelle le « printemps arabe », pour réclamer justice sociale, liberté et dignité. Le pain était également une revendication centrale de ces mobilisations.
Malheureusement, nous traversons actuellement une période de contre-révolution qui s’est accentuée notamment depuis la crise du Covid-19 en 2020, et dont les principaux acteurs sont :
• Le sionisme israélien, ennemi principal et fer de lance de la stratégie impérialiste des États-Unis. Il s’acharne à anéantir la lutte du peuple palestinien, symbole des mouvements de libération dans la région.
• Les différents impérialismes (États-Unis, Europe du Nord, Russie, Chine) et leurs diverses logiques d’intervention.
• Les monarchies du Golfe, remparts de la contre-révolution.
• Les régimes despotiques qui répriment les libertés et les acquis démocratiques.
• Les institutions financières internationales, à travers leurs politiques néolibérales, leur soutien aux régimes autoritaires et leur alignement sur les objectifs impérialistes.
• Les mouvements réactionnaires, dont les mouvements islamistes intégristes. Nous souhaitons apporter une nuance : nous ne nous opposons pas à l’islam en tant que religion, mais à son utilisation comme projet politique de société. Nous défendons la liberté de religion et la liberté de conscience pour toutes et tous. Nous nous opposons à l’islamisme comme projet politique de société, notamment dans sa forme institutionnelle comme en Iran. Nous soutenons les luttes des peuples contre toutes les formes d’oppression. Nous rejetons fermement l’islamophobie, en particulier lorsqu’elle est utilisée dans les discours d’extrême droite pour nourrir les amalgames entre islam, islamisme et antisémitisme, ou encore entre islam et terrorisme. Nous exprimons notre solidarité avec le peuple iranien face aux agressions extérieures et dans ses luttes pour la justice sociale, la liberté et la démocratie. Nous nous opposons en même temps au régime théocratique des mollahs.
Les répercussions douloureuses de cette contre-révolution s’ajoutent à celles de la crise globale du capitalisme et de ses guerres. La classe ouvrière, la petite paysannerie et les classes populaires souffrent d’une hausse généralisée des prix des aliments et des services, alors que les revenus diminuent drastiquement et que le chômage augmente, notamment parmi les jeunes et les femmes.
Les populations poursuivent leurs luttes malgré l’absence de perspectives politiques claires. Des mobilisations rurales existent également dans certains pays (Égypte, Tunisie, Maroc…), mais, contrairement à d’autres continents, la région arabe se caractérise par la faiblesse et la fragmentation des mouvements paysans, qui peinent à se structurer à l’échelle nationale comme régionale.
La gauche reste dominée par les courants social-libéraux. Les courants de la gauche radicale sont confrontés à d’importantes difficultés.
Dans ce contexte global, notre grand défi aujourd’hui réside dans la construction et la reconstruction d’un mouvement fort pour reconquérir nos terres, qu’elles aient été détruites par les guerres ou accaparées par les multinationales et le grand capital, ainsi que nos ressources en eau.
Notre crise alimentaire et environnementale est liée à la crise du capitalisme à l’échelle mondiale, ce qui pose de grands défis à tous les mouvements de lutte.
Nous souhaitons aujourd’hui que cette conférence de Porto Alegre marque le point de départ d’un large mouvement contre le fascisme et l’impérialisme, et pour une nouvelle solidarité entre les peuples, fondée sur la reconstruction de leurs revendications en matière de souveraineté.Nous souhaitons également qu’elle constitue un tournant pour reconstruire l’internationalisme des peuples et élargir nos luttes contre les crises multidimensionnelles du capitalisme, en vue d’une transformation globale et radicale, féministe et écosocialiste.