Nouvelle étude:  » L’industrialisation verte au Maroc : grandes ambitions et entraves énormes « 

Une nouvelle étude intitulée « L’industrialisation verte au Maroc : grandes ambitions et entraves énormes » a été publiée par l’Association ATTAC CADTM Maroc, en collaboration avec le Transnational Institute (TNI). Cette étude s’inscrit dans les efforts d’éducation populaire continus de l’association, des efforts analytiques menés depuis un quart de siècle, portant sur l’étude et la critique de l’histoire économique du Maroc ainsi que des politiques industrielles (anciennes et récentes) adoptées par l’État. Il s’agit d’un travail éducatif encadré par les deux slogans de l’association : « comprendre pour agir » et « une éducation populaire orientée vers l’action ».

L’étude s’inscrit également dans un contexte d’intérêt mondial croissant pour ce que l’on appelle les « nouvelles politiques industrielles » et les « politiques industrielles vertes ». Ces politiques ont été stimulées depuis la fin des années 2000 par la crise systémique du capitalisme, qui s’est manifestée avec la crise financière mondiale (2007-2008), s’est approfondie avec la crise du Covid-19 en 2020, ainsi que par les guerres commerciales entre les grandes puissances capitalistes (notamment les États-Unis et la Chine), la montée du débat sur la « démondialisation » et la volonté des grandes puissances de reprendre le contrôle de leurs bases industrielles et des chaînes de valeur et d’approvisionnement mondiales. Tout cela, combiné à la crise écologique et au réchauffement climatique croissant, a relancé les débats autour des « politiques industrielles vertes » et de la « transition vers une économie verte/décarbonée ».

Le Maroc se trouve au cœur de ces débats mondiaux. Bien qu’il ne contribue qu’à hauteur de 0,2 % des émissions de gaz à effet de serre, les effets de la crise écologique et du réchauffement climatique y sont catastrophiques (sécheresses sévères, incendies et inondations destructrices), impactant une économie fragile dont le PIB reste largement dépendant du secteur agricole.

L’étude est structurée en cinq parties :

La première partie, intitulée « Aperçu historique des politiques industrielles au Maroc», revient sur les politiques industrielles adoptées par l’État durant les années 1960 et 1970. L’État s’y est substitué au secteur privé marocain pour doter le pays d’infrastructures et d’une base industrielle, en recourant à des outils tels que la substitution aux importations, le protectionnisme et la « marocanisation ». Ces politiques ont permis la mise en place d’une base industrielle, mais dans le cadre du respect de la division internationale du travail, limitée aux industries légères de consommation. Malgré cela, ces deux décennies ont connu les taux de croissance les plus élevés de l’histoire économique du pays. Ces acquis ont été remis en cause à partir des années 1980 avec la crise de la dette et l’intervention du FMI (programme d’ajustement structurel), qui a imposé l’abandon de ces politiques, notamment la planification quinquennale, au profit de l’ouverture commerciale et de la privatisation des entreprises publiques. La conclusion de cette partie est que ces politiques visaient principalement à créer les conditions d’une accumulation primitive du capital marocain, et qu’une fois cet objectif atteint, l’État s’en est désengagé.

La deuxième partie, intitulée « Définition des nouvelles politiques industrielles/vertes », présente le concept tel qu’il est formulé dans les discours des institutions capitalistes internationales. Les crises du capitalisme ont ébranlé la crédibilité du néolibéralisme (consensus de Washington), relançant le débat sur les politiques industrielles, après une période où le marché était considéré comme seul moteur de croissance. Les résultats catastrophiques du néolibéralisme ont favorisé le retour de l’intervention étatique, notamment à la lumière des expériences d’Asie du Sud et du Sud-Est. Toutefois, les institutions financières internationales insistent sur un rôle limité de l’État, visant à corriger les défaillances du marché et à investir dans des secteurs à haut risque, notamment les investissements verts. L’État marocain a adopté cette conception dans ses politiques publiques.

La troisième partie, intitulée « Évaluation des nouvelles politiques industrielles (2005-2020) », analyse les plans d’émergence adoptés depuis 2005, fondés sur les « métiers mondiaux du Maroc » censés conduire à une transformation structurelle de l’économie. L’objectif était de passer d’une économie basée sur des secteurs à faible valeur ajoutée (agriculture, tourisme, services) à des secteurs à forte valeur ajoutée (automobile, aéronautique, électronique). Toutefois, les évaluations, y compris celles des institutions officielles, montrent que ces politiques n’ont pas permis la transformation structurelle attendue. Les progrès dans certains secteurs se sont faits au détriment d’autres (notamment le textile). De plus, ces secteurs sont dominés par des entreprises étrangères, tandis que le capital marocain reste en bas de la chaîne de valeur. Ainsi, s’il y a « beaucoup de made in Morocco », il y a « très peu de made by Morocco ». Malgré ce constat, l’État continue de suivre les mêmes orientations.

La quatrième partie, intitulée « Pleins feux sur les politiques publiques vertes au Maroc», examine les documents officiels de l’État marocain affirmant son engagement dans la lutte contre le changement climatique et la transition vers une économie bas carbone. Cependant, les résultats montrent les limites de ces engagements. Le pays reste dépendant des énergies fossiles, tandis qu’une grande partie des investissements dans les énergies renouvelables est orientée vers l’exportation vers l’Union européenne. Les politiques vertes se limitent essentiellement à la réduction des émissions de carbone, alors que la crise écologique est plus large. Certaines industries dites « vertes » restent polluantes, car elles reposent sur l’extraction minière et des chaînes de production dépendantes des énergies fossiles. Cette partie souligne également que l’industrialisation verte se heurte à des obstacles tels que le financement et le transfert de technologie, mais surtout à la résistance des élites économiques nationales, qui privilégient des investissements à rendement rapide plutôt que des projets industriels structurants.

La cinquième partie, intitulée « Conclusions et recommandations », synthétise les principales recommandations pour un développement centré sur l’humain et la nature, et pour des politiques industrielles souveraines, environnementales et équitables. Elle souligne que les politiques industrielles vertes sont influencées par les rapports de force internationaux et les inégalités structurelles. Les pays du Nord contrôlent les mécanismes de décision, tandis que les pays du Sud restent soumis aux logiques néolibérales. L’étude propose des recommandations « pour un développement au service des populations et de l’environnement », à travers des politiques industrielles souveraines, écologiques et justes. Elle insiste également sur l’importance de la coopération maghrébine, soulignant que des économies de petite taille ne peuvent, seules, atteindre un développement durable ni une transition juste.

ATTAC CADTM Maroc présente ces recommandations aux mouvements sociaux (syndicats, associations, mouvements de petits agriculteurs, partis progressistes, universitaires et Intellectuelles et intellectuels engagés) qui défendent les intérêts des classes populaires, afin d’en faire un axe de lutte et de mobilisation collectives.

 

📥 Télécharger l’étude complète en français : ici

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