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vendredi 20 septembre 2019
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Procès du « Hirak » : criminalisation d’une lutte sociale et culturelle pacifique

Procès du « Hirak » : criminalisation d’une lutte sociale et culturelle pacifique
Procès du « Hirak » : criminalisation d’une lutte sociale et culturelle pacifique
1er mars 2018
Les inculpations liées au mouvement populaire d’ Al Hoceima ont atteint  le nombre de 500. Un nombre scandaleux sur tous les plans.  Toutes sortes de charges ont été retenues contre les inculpés, délits et y compris crimes et terrorisme. Aujourd’hui, dans les tribunaux d’Al Hoceima, Tanger, Casablanca et Salé se déroulent des abus commis au nom de la loi, contre des citoyens ayant exprimé un point de vue différent concernant les politiques publiques appliquées par l’Etat dans le Rif.
 Tout le monde est jugé : les enfants, les jeunes et les vieillards (comme c’est le cas du militant connu sous le nom de « Azi »). Les prisons du Royaume sont pleines de blessés en provenance du Rif. Le procès le plus scandaleux est celui de Casablanca où comparaissent 54 citoyens présentés comme « leaders » du Hirak et sont poursuivis dans un dossier d’atteinte à la Sécurité d’Etat qui amènera inéluctablement à des condamnations dignes du Moyen-Age. Comment en sommes-nous arrivés là ?
La criminalisation de la lutte sociale : un instrument du despotisme
Ces méthodes de domination ne sont pas nouvelles. Depuis au moins 20 ans, une pléthore de dossiers criminels ont été instruits contre des militants du mouvement social, afin de criminaliser des luttes pacifiques.  L’exemple de Sidi Ifni, en 2008, a douloureusement illustré ces abus. Après des jours de torture massive de la population, les autorités ont lancé une vaste campagne d’arrestations parmi les militants de cette ville. Dans les années suivantes, cela a été le cas des militants de Bouarfa (Sud est du Maroc), puis des habitants de Shlihat (région de Tanger), où le tortionnaire devient toujours la victime. Le droit pénal sert alors de couverture pour museler les bouches.
Aujourd’hui, avec le Rif, ce jeu apparaît au grand jour, tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Le nombre impressionnant d’inculpés montre la volonté du Makhzen de détruire tout noyau de résistance populaire dans la région. Les lourdes charges retenues contre le groupe de Casablanca servent d’épouvantail pour tous ceux qui voudraient revendiquer leurs droits et écrivent un nouveau chapitre de la répression que cette région a subie depuis l’Indépendance.
Certes il y a parmi les 54 inculpés des personnes qui ont été actives lors du Hirak, mais un nombre important, 10 au moins, ont des dossiers vides, montés dans le cadre de règlement de compte au sein des appareils locaux. Aujourd’hui, certains sont jugés parce qu’ils ont exigé le remboursement d’une dette à un policier d’Al Hoceima, ce qui n’a pas plu au fonctionnaire qui a décidé d’en punir un en l’incluant dans ce procès pénal. De façon générale, ce procès depuis son début  est un véritable scandale.
La « preuve électronique» constitue un autre élément grave du scandale de ce procès. Le juge présente aux accusés un certain nombre de messages postés dans l’espace numérique, comme autant d’arguments à charge, ce qui reflète la régression que veut imposer l’Etat dans la liberté d’expression sur Internet qui permettait au moins aux citoyens d’exprimer leur insatisfaction vis-à-vis des politiques publiques et des responsables aux différents échelons de l’État.
Aujourd’hui, des  luttes collectives sont nécessaires pour préserver cet acquis, ne pas laisser se réinstaller une peur qui avait disparu avec le printemps des peuples et permettre à tous d’exprimer librement leurs opinions. Et pour exiger la libération de tous les détenus de l’ensemble des mouvements sociaux, du Rif à Bouizakarn.
Othman al-Baidawi



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