Poursuivons la lutte pour la souveraineté populaire et la justice sociale et environnementale
Les élections législatives se tiendront dans notre pays le 23 septembre 2026, dans un contexte marqué par l’aggravation de la cherté de la vie, du chômage et de la précarité, par la dégradation des services d’éducation, de santé, de logement et de transport, par l’épuisement des ressources en eau et des richesses naturelles, ainsi que par l’aggravation des inégalités sociales et territoriales. Cette situation coïncide avec la poursuite des restrictions à la liberté d’expression, d’association et de manifestation, ainsi qu’avec la perte de confiance d’une majorité de citoyennes et de citoyens envers les institutions élues.
La véritable question, occultée par les campagnes électorales, va bien au-delà des résultats du scrutin et du nombre de sièges que chaque parti pourrait remporter. Elle concerne ceux qui détiennent le pouvoir de décision politique et économique, qui contrôlent les richesses et les ressources, ainsi que les intérêts au profit desquels les politiques publiques sont élaborées. Cette question renvoie à un enjeu fondamental : la reconquête, par le peuple, de son droit à l’autodétermination et de sa capacité à participer effectivement à l’orientation des choix politiques et économiques qui déterminent ses conditions de vie.
La démocratie ne se réduit pas aux élections
La démocratie ne saurait se réduire à un scrutin périodique ni à la course à l’obtention de sièges au sein d’institutions aux prérogatives limitées, alors que les décisions stratégiques échappent au contrôle populaire, voire aux institutions élues. Or, les partis représentés au Parlement ne s’opposent pas aux grands choix économiques et sociaux ; au contraire, ils contribuent à leur mise en œuvre car ils reflètent, à des degrés divers, les intérêts des classes possédantes et de celles qui tirent profit du système en place.
Une véritable démocratie implique la souveraineté du peuple sur les décisions et la richesse, la séparation effective des pouvoirs, l’indépendance du pouvoir judiciaire, l’égalité totale, la liberté d’association, de presse, de manifestation et de grève, ainsi que le droit des citoyennes et des citoyens de contrôler les responsables, de leur demander des comptes et de modifier les politiques qui nuisent aux intérêts du peuple. Il ne peut y avoir de démocratie tant que se poursuivent l’incarcération de personnes pour leurs opinions et de militants des mouvements sociaux, ou l’impunité en matière d’enlèvements et de violations graves, ou encore le refus d’un retour sûr et digne aux exilés politiques.
Afin de fonder un véritable pouvoir populaire, l’association ATTAC CADTM Maroc défend l’élection d’une assemblée constituante démocratique, avec la participation des forces sociales, syndicales, de la jeunesse et des femmes, ainsi que des mouvements de protestation, chargée d’élaborer une constitution populaire dans laquelle le peuple serait la source du pouvoir, le décideur et l’instance de contrôle des richesses et des politiques publiques.
Le modèle de développement libéral : la poursuite de l’accumulation des profits au bénéfice d’une minorité par le pillage et l’exploitation de la majorité
Au lendemain des élections du 8 septembre 2021, l’association ATTAC CADTM Maroc a publié une note générale sur le rapport de la Commission spéciale sur le modèle de développement. Cette note constituait une réponse politique directe à l’illusion électorale qui dissocie le changement de gouvernement de la permanence des choix décidés en dehors de la volonté populaire. Elle affirmait que ce qu’on a appelé le « nouveau modèle de développement » ne fait que renouveler les conditions de perpétuation des politiques néolibérales et d’accélération de leur mise en œuvre.
Ce modèle repose sur l’érection de la croissance, de la compétitivité et de l’attraction de l’investissement privé en finalités centrales ; sur l’approfondissement de l’intégration de l’économie marocaine au marché mondial et aux accords de libre-échange dans une logique de dépendance ; sur la transformation du Maroc en plateforme d’exportation au service de l’expansion des grandes entreprises ; sur l’extension du partenariat public-privé et l’ouverture de l’enseignement, de la santé et de l’eau à l’investissement et au profit ; sur la subordination de l’enseignement et de la formation aux besoins des entreprises ; et sur la généralisation de la flexibilité du travail, de la précarité et de la contractualisation.
Il s’appuie également sur un recours accru à l’endettement, sur la réduction du soutien aux produits de base, sur l’utilisation des ressources des établissements et fonds publics, et sur l’octroi d’avantages fiscaux aux entreprises. Il maintient un modèle agricole et extractif tourné vers l’exportation, qui aggrave la dépendance et épuise l’eau et les ressources naturelles. Quant à l’appel à un État fort et à un pacte national pour le développement, il vise à garantir la mise en œuvre de ces choix et à contenir la résistance sociale qu’ils suscitent.
Les années qui ont suivi les élections de 2021 ont confirmé la justesse de cette analyse : le changement de la majorité gouvernementale n’a pas modifié l’essence des politiques, il l’a au contraire approfondie. La privatisation, le démantèlement des services publics, la hausse des prix, l’enfoncement du pays dans la dette, la priorité donnée aux grands projets et la poursuite de l’accaparement des terres collectives se sont poursuivis, tandis que leur coût était reporté sur les salariés, les petits paysans, les femmes, les jeunes et l’ensemble des catégories populaires. Ainsi, les élections de 2026 visent à renouveler la façade de la gestion, tandis que le modèle et les centres de décision restent à l’abri du choix et de la responsabilité populaires.
Une alternative populaire face à la dépendance et au pillage
L’alternative que défend ATTAC CATDM Maroc part du principe que le développement véritable ne se mesure pas aux chiffres de la croissance, ni aux profits des entreprises, ni à la rapidité de l’accumulation de la richesse par une minorité, mais à sa capacité à garantir une vie digne, à satisfaire les besoins fondamentaux et à préserver les droits des générations futures. C’est un développement qui se construit par le bas, avec la participation des populations, des producteurs directs et des mouvements sociaux, et dans lequel les richesses et les secteurs stratégiques sont soumis au contrôle populaire.
Cette alternative exige la suspension du remboursement de la dette et son audit en vue de l’annulation des dettes illégitimes, ainsi que la réaffectation des ressources consacrées au service de la dette vers l’enseignement, la santé, le logement, l’emploi et la protection sociale. Elle requiert également l’arrêt de la privatisation et le renforcement de services publics gratuits et de qualité ; l’abrogation des accords de libre-échange coloniaux ; le contrôle des mouvements de capitaux ; et l’édification d’une économie productive répondant aux besoins internes et réduisant la dépendance à l’égard de l’extérieur.
Nous défendons des finances publiques qui financent les projets socialement et écologiquement utiles, ainsi qu’une justice fiscale qui impose des taxes progressives sur les grandes fortunes, les grands profits et les transactions financières, combat l’évasion fiscale et allège la charge pesant sur les salariés et les catégories populaires. Nous défendons aussi la souveraineté alimentaire et hydrique par une réforme agraire globale, le soutien aux petits paysans et à l’agriculture écologique, l’orientation de la production vers les besoins des populations plutôt que vers l’exportation, et la mise des ressources naturelles sous contrôle populaire et écologique. Nous défendons également une transition énergétique juste qui rompe avec notre dépendance à l’importation du pétrole, du gaz et du charbon, brise la mainmise du secteur privé et mette fin à l’épuisement des finances de l’État et des poches des citoyennes et des citoyens.
Cette alternative implique la garantie de l’emploi stable, du salaire décent, des libertés syndicales et de l’égalité effective des femmes, ainsi que le rejet du travail précaire et de l’exploitation. La souveraineté populaire exige par ailleurs de s’affranchir des diktats des institutions financières internationales, de la domination des multinationales et des puissances impérialistes, de rejeter la normalisation et la coopération avec l’entité sioniste, et de soutenir le droit du peuple palestinien à la libération et à l’autodétermination.
Du scrutin à la construction d’une force populaire pour le changement
L’association ATTAC CADTM Maroc ne considère pas les élections comme une fin en soi, et ne voit pas dans le changement de l’équipe gouvernementale une voie pour transformer les conditions de la société. Car la bataille de la démocratie ne commence pas le jour du scrutin et ne s’achève pas avec la proclamation des résultats ; elle avance par l’organisation des salariés, des petits paysans, des femmes, des jeunes et des habitants des régions marginalisées, et par l’unification des luttes des syndicats, des mouvements sociaux, des associations militantes et des forces démocratiques et progressistes.
C’est pourquoi nous appelons à la construction d’un large front social qui impose les libertés publiques, la libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus politiques, des détenus d’opinion et des militants des mouvements sociaux, la manifestation de la vérité sur les personnes enlevées et disparues, la reddition de comptes des responsables des violations, la garantie du retour des exilés, ainsi que la défense des services publics, de la souveraineté alimentaire et hydrique, et de la justice sociale, fiscale et environnementale.
L’alternative ne viendra pas du renouvellement de la façade du pouvoir, mais du changement du rapport de force en faveur des travailleurs et des travailleuses, et de la construction d’institutions qui incarnent la volonté du peuple et garantissent son contrôle sur la décision et sur la richesse. Nous ne voulons pas d’une simple alternance dans la gestion des mêmes politiques ; nous voulons que le peuple recouvre son droit à disposer de lui-même.
Pour une assemblée constituante démocratique et une constitution populaire
Pour la liberté, la dignité et la justice sociale et environnementale
Pour des services publics gratuits et de qualité et une souveraineté alimentaire et hydrique
Pour un peuple organisé et capable d’imposer sa volonté.
Rabat, le 14 septembre 2026
Le Secrétariat national