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mardi 16 juillet 2019
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Le microcrédit au Maroc : quand les pauvres financent les riches Etude de terrain et analyse du système du microcrédit

Le microcrédit au Maroc : quand les pauvres financent les riches Etude de terrain et analyse du système du microcrédit

 

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ATTAC Maroc.Etude microcrédit. PDF


INTRODUCTION

Aujourd’hui,  le  secteur  de  la  microfinance  est  confronté,  au  Maroc comme  dans  le  reste  du  monde,  à  plusieurs  défis  dont  le  plus important  tourne  autour  de  l’efficacité  de  ce  type  de  crédits  dans  la lutte contre la pauvreté et  dans  l’autonomisation des pauvres  grâce à des  ressources  financières  qui  leur  permettrait  de  développer  des  activités génératrices de revenus.  Ce type de crédits propose des prêts qui  vont  de  500  dirhams  à  50  000  dirhams  au  maximum  à  un  taux d’intérêt  effectif  moyen  de  35  %   mais  qui  peut  aller  largement  au-delà  en fonction du montant emprunté et / ou  de son échéance. Ces crédits sont accordés à des personnes qui n’ont pas accès aux services financiers classiques pour obtenir des moyens de financement.

Cette  expérience  est  apparue  pour  la  première  fois  au  Bangladesh, lorsque  l’économiste  bengalais  Muhammad  Yunus  a  fondé  la Grameen  Bank. Cette initiative a été appuyée par la Banque mondiale et le gouvernement des États-Unis notamment, et très rapidement, les microcrédits se sont répandus à travers le monde, en particulier dans les pays du Sud où les revenus sont faibles et la pauvreté élevée.  Dès ses  débuts, la  micro finance a joui d’un  large soutien universel  de  la 8 part  des  institutions  financières  internationales,  des  experts  du développement économique qui soutiennent le modèle de développement néolibéral. Elle a été considérée  comme un véhicule parfait pour aider les pauvres à surmonter  l’état de  pauvreté  à partir de  leur  propre  initiative  et  à  devenir  des  entrepreneurs  actifs contribuant au développement économique de leurs pays.

Le Maroc, tout  comme le reste des  pays les plus  pauvres du monde, a vu l’idée de microcrédit se  répandre  au  milieu  des  années  1990,  et c’est ainsi que se sont multipliées les institutions de micro finance. Il y a aujourd’hui 13 fondations qui coordonnent leurs travaux dans le cadre de la Fédération nationale des associations de microcrédits.

Ce secteur a connu, à ses débuts, un soutien financier sous forme de dons et de subventions provenant d’organismes financiers nationaux ou étrangers, tels que le Fonds Hassan II pour le développement, le Programme des Nations unies pour le développement ou l’Agence américaine de développement.  La contribution financière de l’État à ce secteur montre à quel point il a misé sur lui pour contribuer à la réduction des taux de pauvreté. Après la période de croissance qu’a connue ce secteur, que ce soit au niveau de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient ou au niveau mondial au début de la décennie 2000, en termes de nombre de clients et  de  montants  des prêts décaissés,  la micro finance  est  entrée  en  crise  du  fait  des  défaillances  de remboursement des  crédits  entre  2008 et  2011, liées  en particulier à la multiplication des crédits, l’un servant à rembourser l’autre .  Suite à cette crise des microcrédits et afin de rétablir la confiance, L’État a déployé des efforts pour développer ce secteur en modifiant le cadre réglementaire et juridique, qui permet aux fournisseurs de microcrédits de diversifier les services financiers à l’égard des emprunteurs.  Ainsi, il est devenu possible d’inclure le transfert d’argent  et  les  crédits  d’assurance,  et  d’intégrer  de  plus  en  plus  les activités financières classiques des banques.

Aujourd’hui,  sous  le  parapluie  de  la  lutte  contre  la  pauvreté,  les investisseurs  utilisent les  microcrédits  afin de convertir une partie des ressources  des  pauvres  en  profits  qu’ils  obtiennent  en  imposant  des taux d’intérêt  très élevés.  Nous sommes donc face à une activité très Rentable.

Ce  type  de  crédits  cible  pour  une  grande  part  les  femmes,  les  plus démunies  en  termes  de  ressources  et  les  plus  touchées  par  la privatisation  des  services  publics  d’une  part,  et  parce  qu’elles  travaillent  fréquemment  dans de petites activités productives  à  faible rentabilité.  De  surcroît,  habituées  à  répondre  aux  besoins  de  la famille, elles sont réputées meilleures gestionnaires de leurs fonds et mieux  respecter  leurs  engagements  à  rembourser  les  montants empruntés.  Préférer  et  cibler  les femmes  par  ce genre de  crédits  est donc  un  choix  qui  ne  vise  pas  la  réalisation  de  l’autonomie  des femmes  et  l’amélioration  de  leurs  capacités,  mais  l’exploitation  de leur  potentiel  et  de  leur  analphabétisme  et,  du  fait  que,  dans  une société patriarcale, elles sont plus soumises que les hommes.

Malgré  une  période  d’activité  assez  courte,  les  institutions  de microcrédit  ont  causé  des  dommages  sociaux  et  économiques importants  à  «  leurs clients  » au niveau mondial. Au lieu d’aider les pauvres, leurs conditions de vie se sont en règle générale détériorées, en raison de leur endettement excessif ou encore de leur incapacité à rembourser leurs dettes. Ceci a exacerbé la misère des pauvres, ce qui a été mis en évidence par les vagues de suicide chez les femmes, en Inde  notamment,  et  la  souffrance  des  victimes  dans  la  plupart  des pays qui ont connu une explosion de la micro finance comme certains pays d’Amérique latine ou le Maroc.

Les  difficultés  de  remboursement  d’emprunts  excessifs  et l’application  de  taux  d’intérêt  très  élevés  au  Maroc  expliquent  la naissance  d’un  mouvement  de  victimes  des  microcrédits  à Ouarzazate, en 2011 où les emprunteurs et emprunteuses ont décidé de s’organiser pour faire face aux abus des institutions de microcrédits et exiger l’arrêt du paiement de ces dettes illégitimes.

A  travers  sa  lutte,  ce  mouvement  a  révélé  la  fausseté  de  l’objectif déclaré des institutions de la micro finance  jusque  dans la loi qui les régit, et les moyens illégaux auxquels elles ont recours dans les cas de dettes impayées. Les emprunteurs ont été soumis à diverses formes de menaces et dépouillés de leurs biens. Les femmes  en particulier  ont dû  faire  face  à  d’énormes  pressions :  certaines  ont  quitté  leurs familles, d’autres ont émigré, certaines se sont vu   forcées à  recourir  à la prostitution.  Les  organisateurs du mouvement, quant à eux,  ont été poursuivis  en  justice  par  les  tribunaux  de  Ouarzazate  qui,  dans  un premier  temps,  ont  prononcé  des  peines  sévères  pour  briser  la  lutte des victimes et arrêter la propagation de la demande d’annulation des dettes. Les  procès des victimes des  microcrédits au  Maroc ont montré comment  la  « justice »  se  range  du  côté  de  la  partie  la  plus  forte, c’est-à-dire des  institutions  de micro finance et des bailleurs de fonds, même  si,  en  raison  de  la  forte  mobilisation  des  victimes et de la solidarité internationale qu’elles ont reçue, le tribunal a finalement prononcé l’acquittement.

L’association ATTAC CADTM Maroc a soutenu la lutte des victimes du  microcrédit  et  l’a  considérée  comme  une  lutte  légitime  contre  la cupidité  des  institutions  financières et les investisseurs  qui  les contrôlent, que ce soit sur le plan national ou international. ATTAC CADTM Maroc a cherché  à  faire connaître cette lutte à l’échelle nationale et internationale  et a organisé un séminaire international sur « Les  femmes,  l’endettement  et  les  microcrédits »  ainsi  qu’une caravane internationale de solidarité en avril 2014

En outre, elle a publié deux brochures intitulées «Le microcrédit ou le business de la pauvreté » en français et « La bataille des femmes contre les microcrédits » en arabe.

La  présente  étude  entre  par  conséquent  dans  le  cadre  d’efforts continus de l’association  ATTAC  CADTM  Maroc  et  d’un travail de recherche  et  d’analyse  visant  à  établir  une  connaissance  plus approfondie sur ce sujet. Cette étude comprend, dans la première partie, les résultats d’une enquête de terrain, dont le but est l’étude de la situation sociale et économique des groupes ciblés par les microcrédits. La deuxième partie offre une analyse de la légitimité et de la légalité des contrats de microcrédits afin d’identifier la nature de la relation entre les parties contractantes, et déterminer si ces contrats sont conformes à la loi. La troisième partie fait le bilan de la micro finance au Maroc et analyse les évolutions de ce secteur et de ses objectifs.

Cette étude constitue pour l’Association ATTAC Maroc, qui est membre du réseau international du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes, un outil lui permettant d’affiner ses arguments sur la question de la micro finance, et de montrer que les microcrédits n’ont pas été mis en œuvre pour lutter contre la pauvreté, mais pour élargir l’assiette du capital financier par la confiscation des avoirs des masses paupérisées en vue d’élargir ses bénéfices.

 




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