{"id":867,"date":"2018-08-07T23:26:49","date_gmt":"2018-08-07T22:26:49","guid":{"rendered":"http:\/\/attacmaroc.org\/fr\/?p=867"},"modified":"2020-08-20T15:29:41","modified_gmt":"2020-08-20T14:29:41","slug":"maroc-du-hirak-au-boycott-un-meme-combat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/2018\/08\/07\/maroc-du-hirak-au-boycott-un-meme-combat\/","title":{"rendered":"Maroc : du hirak au boycott, un m\u00eame combat ?"},"content":{"rendered":"<p>Les mobilisations populaires qui ont marqu\u00e9 le Maroc lors des soul\u00e8vements arabes de 2011 n\u2019ont remport\u00e9 aucune victoire significative. La Constitution a \u00e9t\u00e9 amend\u00e9e, le Parlement a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9, mais les fondamentaux de la vie politique, \u00e9conomique et sociale du pays sont rest\u00e9s intacts. Toutefois, apr\u00e8s une courte p\u00e9riode de reflux in\u00e9vitable, le mouvement social est reparti de plus belle et ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es ont connu des luttes impressionnantes, tant par leur nombre, leur caract\u00e8re massif, que par leur dur\u00e9e et leur d\u00e9termination. Embl\u00e9matiques ont \u00e9t\u00e9 notamment celles du Rif, dans le Nord du Maroc et de Jerada, dans l\u2019Est du pays. Depuis quelques mois, c\u2019est le boycott de trois soci\u00e9t\u00e9s qui a pris le relais.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Des mobilisations populaires impressionnantes <\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Le Hirak<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> du Rif<\/strong><\/p>\n<p>A Al Hoceima, le mouvement est parti fin octobre 2016, d\u2019un accident\u00a0: un marchand de poisson meurt broy\u00e9 dans une benne \u00e0 ordure, \u00a0en tentant de r\u00e9cup\u00e9rer sa marchandise confisqu\u00e9e par la police. Cette mort atroce transforme Mohcine Fikri en symbole de toutes les humiliations impos\u00e9es \u00e0 cette r\u00e9gion depuis l\u2019Ind\u00e9pendance du Maroc. \u00a0Tr\u00e8s rapidement, un cahier revendicatif minimal est mis sur pied, pour exiger des h\u00f4pitaux, des \u00e9coles, des routes, des emplois, bref, des services publics de base, et la fin de la marginalisation de la r\u00e9gion,\u00a0 mais ressurgissent aussi des dossiers non \u00e9lucid\u00e9s, tel celui de 5 jeunes, morts dans l\u2019incendie d\u2019une banque en 2011, et de vieux conflits ayant oppos\u00e9 \u00e0 plusieurs moments de son histoire la population du Rif au Makhzen, l\u2019administration centrale du pays.<\/p>\n<p>Ce qui est impressionnant dans ce mouvement, le Hirak, c\u2019est sa capacit\u00e9 \u00e0 mobiliser pratiquement l\u2019ensemble de la population non seulement dans la ville d\u2019Al Hoceima, mais dans toute la r\u00e9gion. C\u2019est aussi son souci de s\u2019auto-organiser, loin des r\u00e9cup\u00e9rations possibles de tous les corps constitu\u00e9s, administration, partis, syndicats, associations.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est sans doute pas un hasard si, apr\u00e8s des mois de tergiversations, le pouvoir qui avait reconnu les d\u00e9faillances de la gestion de la r\u00e9gion,\u00a0 limog\u00e9 quelques ministres et hauts fonctionnaires coupables d\u2019inaction, de corruption ou de pr\u00e9varication,\u00a0 tent\u00e9 de d\u00e9samorcer le mouvement par le dialogue, les menaces ou les provocations, est finalement pass\u00e9 \u00e0 la r\u00e9pression violente au moment o\u00f9 le mouvement, le hirak, convoquait l\u2019ensemble de la population marocaine \u00e0 se solidariser avec lui dans une marche nationale \u00e0 Al Hoceima m\u00eame, le 20 juillet 2017. Le risque de contagion et de contamination devenait \u00e9vident, avec la fin de l\u2019isolement dans lequel le Hirak s\u2019\u00e9tait lui-m\u00eame cantonn\u00e9. Depuis le 20 juillet 2017, o\u00f9 les manifestants ont tenu bon, dispers\u00e9s en petits groupes dans toute la ville, malgr\u00e9 le d\u00e9luge de bombes lacrymog\u00e8nes et de matraques qui s\u2019est abattu sur eux, toute la r\u00e9gion est en \u00e9tat de si\u00e8ge, l\u2019arm\u00e9e, la police, la gendarmerie contr\u00f4le tous les acc\u00e8s et toutes les rues des villes et des villages. Ce sont plus de 500 personnes qui ont \u00e9t\u00e9 \u00a0d\u00e9f\u00e9r\u00e9es devant les tribunaux de la r\u00e9gion mais aussi d\u2019autres villes du Maroc, telle Casablanca, o\u00f9 les juges ont distribu\u00e9 \u00e0 la louche les condamnations dont les plus fortes -20 ans de prison ferme- \u00a0sont tomb\u00e9es ce 26 juin 2018. Selon les calculs de l\u2019un des manifestants de la marche de solidarit\u00e9 qui a r\u00e9uni plusieurs dizaines de milliers de personnes \u00e0 Rabat ce 15 juillet 2018 (dont de tr\u00e8s nombreux Rifains qui malgr\u00e9 la distance ont fait le d\u00e9placement pour avoir enfin la possibilit\u00e9 de s\u2019exprimer \u00e0 nouveau dans la rue), ce seraient quelques 1033 ann\u00e9es de prison qui auraient \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9es \u00e0 l\u2019encontre des d\u00e9tenus rifains.<\/p>\n<p><strong>Le hirak de Jerada<\/strong><\/p>\n<p>Cette situation n\u2019a pas d\u00e9courag\u00e9 pour autant un autre mouvement, prenant lui aussi le nom de Hirak, de prendre son essor \u00e0 Jerada, ancienne ville mini\u00e8re proche de la fronti\u00e8re alg\u00e9rienne. Le 22 d\u00e9cembre 2017, c\u2019est la mort de deux artisans-mineurs (qui poursuivent l\u2019extraction artisanale du charbon, apr\u00e8s la fermeture de la mine en 2000) ensevelis, dans le boyau non s\u00e9curis\u00e9 o\u00f9 ils travaillaient, qui met le feu aux poudres. La population sort massivement dans la rue, \u00e9labore selon un processus tr\u00e8s participatif un cahier de revendications portant lui aussi sur la cr\u00e9ation d\u2019emplois, l\u2019acc\u00e8s aux services publics et le d\u00e9veloppement de la r\u00e9gion. Et il aura fallu l\u00e0 aussi une r\u00e9pression massive, l\u2019arrestation et la condamnation de dizaines de personnes pour venir \u00e0 bout de ce mouvement qui a maintenu la ville et sa r\u00e9gion en \u00e9bullition, dans des marches et des meetings massifs et imposants, pendant plus de trois mois.<\/p>\n<p>D\u2019autres villes et bourgades ont connu des mouvements de protestation contre le d\u00e9mant\u00e8lement des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9ducation, de sant\u00e9, l\u2019accaparement des terres et de l\u2019eau, pour l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi, \u00e0 l\u2019eau, aux services publics, surtout dans le Sud et l\u2019Est marocain. Imposante est aussi la lutte des enseignants contractuels qui se battent contre la pr\u00e9carisation des statuts et le d\u00e9mant\u00e8lement de la fonction publique.<\/p>\n<p>L\u2019ensemble de ces mouvements sont fortement influenc\u00e9s par les slogans mis en avant lors des manifestations de 2011, de r\u00e9affirmation de la volont\u00e9 populaire, de sa souverainet\u00e9 (le peuple veut, vive le peuple) contre la hogra (le m\u00e9pris), l\u2019humiliation, et pour la libert\u00e9, la dignit\u00e9, la justice sociale.<\/p>\n<p><strong>Le boycott \u00e9conomique<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est sans doute ce dernier aspect, l\u2019aspiration \u00e0 la justice sociale, qui explique le succ\u00e8s sans pr\u00e9c\u00e9dent d\u2019un appel anonyme au boycott de trois produits (lait, essence, eau min\u00e9rale),\u00a0 de trois soci\u00e9t\u00e9s \u00a0(Danone, Afriquia et les Eaux d\u2019Oulmes) lanc\u00e9 \u00e0 partir de facebook le 20 avril 2018. \u00a0Le PDG de Danone a ainsi annonc\u00e9 que la soci\u00e9t\u00e9 envisageait de r\u00e9duire de 30% la collecte de lait, en raison de la m\u00e9vente li\u00e9e au boycott. Chiffres r\u00e9els ou volont\u00e9 de faire porter au mouvement la culpabilit\u00e9 d\u2019une crise chez les petits \u00e9leveurs\u00a0? De m\u00eame, le site Marocleaks fait \u00e9tat du d\u00e9montage de certaines stations Afriquia, li\u00e9 \u00e0 la baisse de leur fr\u00e9quentation, et la presse se fait \u00e9cho de la chute sensible des ventes de bouteilles de Sidi Ali dans les \u00e9piceries, caf\u00e9s et supermarch\u00e9s. Selon une enqu\u00eate men\u00e9e \u00e0 la fin du mois de mai par l\u2019hebdomadaire Telquel, 42% des consommateurs suivraient les consignes du boycott<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Il est \u00e9videmment difficile d\u2019analyser un mouvement de ce type, parti de nulle part et repris de fa\u00e7on isol\u00e9e par chaque \u00ab\u00a0citoyen-boycotteur\u00a0\u00bb, qui donne \u00e0 son geste le sens qu\u2019il veut bien lui donner. De nombreux journalistes ont voulu voir dans ce mouvement une mobilisation contre les hausses de prix. Il est vrai que le Maroc a connu plusieurs \u00ab\u00a0r\u00e9voltes du pain\u00a0\u00bb, notamment en juin 1981, janvier 1984 et d\u00e9cembre 1990, \u00a0contre la hausse des prix des principaux produits de consommation et des services de base. \u00a0Il est vrai que les difficult\u00e9s de la plupart des Marocains \u00e0 joindre les deux bouts les rendent tr\u00e8s sensibles \u00e0 toute variation des prix.<\/p>\n<p>Entre 2006 et 2008 des coordinations contre les hausses des prix et la d\u00e9t\u00e9rioration des services publics s\u2019\u00e9taient constitu\u00e9es dans la plupart des villes du pays.\u00a0 Toutefois, les produits boycott\u00e9s, \u00e0 l\u2019exception de l\u2019essence, n\u2019ont pas augment\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es et le Maroc parvient \u00e0 contenir son taux d\u2019inflation en dessous des 2%. De plus, les produits boycott\u00e9s ne sont pas ceux que consomment prioritairement les Marocains les plus pauvres, dont l\u2019alimentation est concentr\u00e9e autour du bl\u00e9, de l\u2019huile, du sucre et du th\u00e9. Ils ne consomment ni eau min\u00e9rale et n\u2019ont en g\u00e9n\u00e9ral pas de voiture.<\/p>\n<p>Sans doute inspir\u00e9 par la campagne BDS\u00a0 de boycott, d\u00e9sinvestissement et sanctions \u00a0vis \u00e0 vis des entreprises li\u00e9es \u00e0 la colonisation isra\u00e9lienne, ce mouvement de boycott vise clairement \u00e0 frapper les entreprises et leurs principaux actionnaires l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a fait le plus mal \u00e0 des individus avides d\u2019argent, au regard est perp\u00e9tuellement riv\u00e9 aux montants de leurs comptes en banques et \u00e0 la courbe des b\u00e9n\u00e9fices de leurs entreprises.<\/p>\n<p>Rappelons bri\u00e8vement l\u2019histoire la soci\u00e9t\u00e9 Centrale Danone Maroc. Cr\u00e9\u00e9e en 1939, sous la colonisation fran\u00e7aise, elle est devenue en 1953 la premi\u00e8re franchise Danone \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Nationalis\u00e9e apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, elle a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des entreprises publiques privatis\u00e9es au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 et c\u00e9d\u00e9e \u00e0 la Holding royale ONA, devenue par la suite SNI. Depuis 2012, Danone a progressivement rachet\u00e9 des parts \u00e0 la SNI pour atteint de 90,9% de participation en 2014. Cette histoire ressemble \u00e9trangement \u00e0 celles d\u2019autres multinationales fran\u00e7aises, telles la Lyonnaise des eaux ou Veolia, qui de la m\u00eame fa\u00e7on, s\u2019\u00e9taient install\u00e9es au Maroc avec la colonisation, ont \u00e9t\u00e9 nationalis\u00e9es avec l\u2019Ind\u00e9pendance puis sont revenues en force sur le march\u00e9 marocain avec l\u2019application des politiques n\u00e9olib\u00e9rales et la privatisation des entreprises publiques.<\/p>\n<p>La marque d\u2019eau min\u00e9rale Sidi Ali, l\u2019une des plus anciennes du pays, appartient elle au groupe Holmarcom, aux mains de la famille Bensalah, qui intervient dans diff\u00e9rents domaines\u00a0: \u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Finance\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">finance<\/a>,\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Agro-industrie\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">agro-Industrie<\/a>,\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Distribution_(management)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">distribution<\/a>,<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Logistique\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> logistique<\/a>, transport, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Immobilier\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">immobilier<\/a>\u2026 et figure dans le TOP5 des holdings marocaines. Elle participe de l\u2019expansion des soci\u00e9t\u00e9s marocaines vers l\u2019Afrique, promue ces derni\u00e8res ann\u00e9es par la Monarchie, avec des filiales au S\u00e9n\u00e9gal, en C\u00f4te d\u2019Ivoire et au B\u00e9nin. \u00a0\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.usinenouvelle.com\/article\/maroc-les-eaux-minerales-d-oulmes-presentent-de-bons-resultats-financiers-2013.N252639\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Les Eaux min\u00e9rales d\u2019Oulm\u00e8s<\/a>\u00ab\u00a0, dont fait partie la marque Sidi Ali est dirig\u00e9e par Miriem Bensalah, qui a \u00e9t\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.usinenouvelle.com\/article\/les-bonnes-recommandations-du-patronat-marocain-pour-le-projet-de-loi-de-finances-2016.N356720\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">pr\u00e9sidente de la Conf\u00e9d\u00e9ration du patronat marocain (CGEM) entre 2012 et mai 2018.<\/a><\/p>\n<p>Le cas de Afriquia est sans doute le plus embl\u00e9matique de la collusion du politique et de l\u2019\u00e9conomique. \u00a0Afriquia est l\u2019un des fleurons du groupe AKWA, dont l\u2019actionnaire principal est Aziz Akhennouch, ind\u00e9tr\u00f4nable ministre de l\u2019agriculture depuis 11 ans, homme fort du gouvernement depuis cette date et qui est devenu la 1<sup>\u00e8re<\/sup> fortune du Maroc (apr\u00e8s celle du Roi, hors comp\u00e9tition cette ann\u00e9e), selon le classement 2018 du magazine Forbes. Sa fortune est \u00e9valu\u00e9e \u00e0 2,2 milliards de dollars. Outre le groupe Akwa, qui intervient dans les domaines du p\u00e9trole, du gaz, de la chimie, des assurances, du tourisme, de l\u2019h\u00f4tellerie, des assurances, de la t\u00e9l\u00e9phonie, de la presse, il est \u00e9galement l\u2019un des plus importants propri\u00e9taires terriens du pays. Sa femme, class\u00e9e dans le TOP 10 des femmes arabes les plus puissantes par l\u2019hebdomadaire Arabian business, est elle aussi \u00e0 la t\u00eate d\u2019une autre importante holding, le groupe AKSAL.<\/p>\n<p>Le cas Afriquia est par ailleurs au c\u0153ur d\u2019un scandale d\u00e9voil\u00e9 par une enqu\u00eate parlementaire concernant les prix de l\u2019essence \u00e0 la pompe. Ce rapport, rendu public en mai 2018, montre qu\u2019apr\u00e8s la lib\u00e9ralisation des prix des hydrocarbures intervenue le 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 2015, les marges b\u00e9n\u00e9ficiaires des compagnies p\u00e9troli\u00e8res de distribution ont litt\u00e9ralement explos\u00e9.\u00a0 D\u00e9non\u00e7ant le fait que le rapport ne donne pas de donn\u00e9es chiffr\u00e9es sur les r\u00e9sultats des principales entreprises de distribution, nationales ou multinationales, le d\u00e9put\u00e9 de la F\u00e9d\u00e9ration de la gauche d\u00e9mocratique Omar Balafrej indique que pour certaines ces marges ont \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9es par deux voire par quatre, et qu\u2019elles se sont partag\u00e9es pour les seules ann\u00e9es 2016 et 2017 la coquette somme de 17 milliards de dirhams de b\u00e9n\u00e9fices additionnels. Nul doute qu\u2019Afriquia a eu sa part du g\u00e2teau.<\/p>\n<p>Or ce sont ces grosses fortunes qui sont point\u00e9es du doigt non seulement par cette campagne de boycott, mais aussi par les manifestants qui sortent dans la rue, et ce depuis 2011.<\/p>\n<p>Dans son \u00ab\u00a0Etat des lieux 2018 des in\u00e9galit\u00e9s au Maroc\u00a0\u00bb,<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> Oxfam souligne le fait que \u00ab\u00a0Les trois milliardaires Marocains\u00a0 (dont Aziz Akhannouch et le banquier Othman Benjelloun) les plus riches d\u00e9tiennent \u00e0 eux seuls 4,5 milliards de dollars, soit 44 milliards de dirhams. Leur richesse est telle que la croissance de leur fortune en une ann\u00e9e repr\u00e9sente autant que la consommation de 375 000 Marocain-e-s parmi les plus pauvres sur la m\u00eame p\u00e9riode.\u00a0<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>\u00bb La fortune du Roi n\u2019est pas mise ici en cause, \u00e9valu\u00e9e par le classement Forbes 2015 \u00e0 quelques 5, 7 milliards de dollars.<\/p>\n<p>Le Maroc pr\u00e9tend avoir r\u00e9duit le taux de pauvret\u00e9 \u00e0 4,8%. Pourtant le m\u00eame rapport pointe le fait que la moiti\u00e9 de la population vit avec moins de 1000 dirhams par mois (environ 100 euros), et dans les campagnes, un Marocain sur deux vit avec 70 euros \u00e0 peine (723 dh).<\/p>\n<p>Un m\u00e9morandum publi\u00e9 par l\u2019Association Attac montre comment la lib\u00e9ralisation des prix des principaux biens de consommation, la privatisation des \u00e9tablissements et entreprises publics et des services publics, la signature d\u2019accords de libre-\u00e9change\u00a0ont permis l\u2019augmentation des profits des entreprises capitalistes priv\u00e9es, nationales et multinationales, au d\u00e9triment du pouvoir d\u2019achat des citoyen-ne-s. Elle estime que \u00ab\u00a0face aux gouvernants qui concentrent les d\u00e9cisions \u00e9conomiques et politiques et violent les int\u00e9r\u00eats de la majorit\u00e9, la d\u00e9sob\u00e9issance et le boycott de leurs produits deviennent un devoir national\u00a0!\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p><strong>Mobilisations de rue v\/s r\u00e9seaux sociaux<\/strong><\/p>\n<p>Plusieurs journalistes ont point\u00e9 le fait que suite aux r\u00e9pressions massives qui ont accompagn\u00e9 les mobilisations populaires dans les diff\u00e9rentes r\u00e9gions du Maroc, dans le Rif notamment qui conna\u00eet depuis un an un v\u00e9ritable \u00e9tat de si\u00e8ge, les protestataires se seraient tourn\u00e9s vers de nouvelles formes de mobilisations, appel\u00e9es par la voie des r\u00e9seaux sociaux, afin de contourner cette r\u00e9pression. Il est vrai que les autorit\u00e9s ne sont pas parvenues \u00e0 ce jour \u00e0 d\u00e9terminer d\u2019o\u00f9 vient l\u2019appel au boycott et les menaces prononc\u00e9es \u00e0 l\u2019encontre des instigateurs \u2013inconnus- du mouvement sont rest\u00e9es lettres mortes. Au-del\u00e0 des questions de fonds, cette impunit\u00e9 n\u2019est sans doute pas pour rien dans le succ\u00e8s que conna\u00eet ce mouvement de boycott.<\/p>\n<p>Des initiatives similaires de boycott ont d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 prises dans plusieurs autres pays qui ne brillent pas par leur situation d\u00e9mocratique : la Cor\u00e9e du Nord, l\u2019Arabie Saoudite, la Jordanie\u2026 L\u2019id\u00e9e circule \u00e9galement dans les r\u00e9seaux sociaux \u00e9gyptiens.<\/p>\n<p>Mais on aurait tort de penser que les populations en col\u00e8re vont d\u00e9sormais abandonner le terrain de la rue. La r\u00e9ponse massive apport\u00e9e par les Marocains \u00e0 l\u2019appel lanc\u00e9 par les familles des d\u00e9tenus rifains \u00e0 manifester \u00e0 Rabat le 15 juillet dernier montre bien plut\u00f4t qu\u2019aucune forme de lutte ne sera n\u00e9glig\u00e9e. Et au-del\u00e0 des slogans demandant la lib\u00e9ration des d\u00e9tenus du Hirak et c\u00e9l\u00e9brant la lutte des populations rifaines, les slogans d\u00e9sormais traditionnels des manifestations post 2011, \u00ab\u00a0Vive le peuple\u00a0\u00bb, \u00ab le peuple veut la\u00a0libert\u00e9, la dignit\u00e9, la justice sociale\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 massivement cri\u00e9s. \u00a0\u00a0Face \u00e0 des aspirations aussi fondamentales, reprises depuis maintenant plus de 7 ans, on comprendra que ce n\u2019est pas la cr\u00e9ation d\u2019un Conseil de la concurrence qui permettra de calmer la col\u00e8re populaire. Le d\u00e9put\u00e9 Omar Balafrej l\u2019a bien compris qui propose comme premi\u00e8re mesure imm\u00e9diate la r\u00e9cup\u00e9ration des 17 milliards de b\u00e9n\u00e9fice ind\u00fbment engrang\u00e9s par les soci\u00e9t\u00e9s p\u00e9troli\u00e8res et leur r\u00e9version dans le budget de l\u2019Education nationale. Car c\u2019est bien de redistribution des richesses qu\u2019il s\u2019agit, de restitution au peuple des biens qui lui sont spoli\u00e9s par les accapareurs de richesses et de pouvoir\u00a0: sa terre, son eau, ses ressources naturelles, ses biens communs, ses services publics, sa souverainet\u00e9 politique et d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Face aux tours de passe-passe, aux mensonges, aux intimidations et \u00e0 la r\u00e9pression, le peuple marocain continue \u00e0 montrer sa cr\u00e9ativit\u00e9, sa d\u00e9termination et sa constance \u00e0 faire entendre la voix de la volont\u00e9 populaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 2018<\/p>\n<p>Lucile Daumas et Zaina Oubihi, membres d\u2019Attac Maroc<\/p>\n<p>Cet article a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 \u00e0 l\u2019origine en espagnol sur le site de la revue Viento Sur\u00a0: http:\/\/vientosur.info\/spip.php?article14057<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Hirak signifie Mouvement en arabe.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> https:\/\/telquel.ma\/2018\/05\/24\/infographie-42-des-marocains-ont-respecte-le-mot-dordre-de-boycott_1594487<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> https:\/\/www.le212.info\/attachment\/958142\/<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> OXFAM, Pour un syst\u00e8me \u00e9conomique qui b\u00e9n\u00e9ficie \u00e0 toutes et tous ! Un \u00e9tat des lieux des in\u00e9galit\u00e9s au Maroc, janvier 2018.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/2018\/06\/21\/memorandum-attac-maroc-soutient-le-boycott-citoyen-de-produits-de-consommation-commercialises-par-des-grands-groupes-capitalistes\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les mobilisations populaires qui ont marqu\u00e9 le Maroc lors des soul\u00e8vements arabes de 2011 n\u2019ont remport\u00e9 aucune victoire significative. La Constitution a \u00e9t\u00e9 amend\u00e9e, le Parlement a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9, mais les fondamentaux de la vie politique, \u00e9conomique et sociale du pays sont rest\u00e9s intacts. 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