{"id":697,"date":"2017-10-21T11:25:56","date_gmt":"2017-10-21T10:25:56","guid":{"rendered":"http:\/\/attacmaroc.org\/fr\/?p=697"},"modified":"2020-08-20T15:31:17","modified_gmt":"2020-08-20T14:31:17","slug":"accaparement-des-terres-et-de-leau-au-maroc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/2017\/10\/21\/accaparement-des-terres-et-de-leau-au-maroc\/","title":{"rendered":"Accaparement des terres et de l\u2019eau au Maroc"},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: center;\"><strong>Accaparement des terres et de l\u2019eau au Maroc<\/strong><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La question de l\u2019accaparement des terres et de l\u2019eau est devenue un probl\u00e8me lancinant qui affecte les communaut\u00e9s rurales et la petite paysannerie, pratiquement partout dans le monde. A cela plusieurs explications : l\u2019avanc\u00e9e urbaine sur les terres rurales et la sp\u00e9culation fonci\u00e8re qui l\u2019accompagne, la mise en oeuvre de mega-projets touristiques, miniers, \u00e9nerg\u00e9tiques, etc. et bien \u00e9videmment et surtout, le fait que l\u2019agriculture est de moins en moins l\u2019affaire des agriculteurs, grands ou petits, mais celle des investisseurs pour qui la terre et l\u2019eau n\u2019ont d\u2019autre valeur que d\u2019\u00eatre une simple source de profit. Le Maroc n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 ce fl\u00e9au. Je voudrais ici en donner quelques exemples.<\/p>\n<p><strong>Les Oulad Dlim<\/strong><\/p>\n<p>Quelques personnes s\u2019\u00e9taient d\u00e9plac\u00e9es, h\u00e9las pas assez nombreux, pour tenter d\u2019arr\u00eater, en d\u00e9cembre 2013, les pelleteuses venues d\u00e9truire les quelques maisons et les quelques cultures restantes appartenant aux membres de la tribu des Ouled Dlim, sur leur territoire Guich, \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie Sud de Rabat. Ces terres leur avaient \u00e9t\u00e9 conc\u00e9d\u00e9es \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 par le Sultan Moulay Abderrahmane en\u00a01838 en \u00e9change de leur protection militaire. Depuis, les Oulad Dlim se sont mu\u00e9s sur ces terres en petits agriculteurs, pratiquant le mara\u00eechage, ou g\u00e9rant des p\u00e9pini\u00e8res pour les jardins des villas environnantes, constituant une enclave rurale dans une zone de sp\u00e9culation immobili\u00e8re intense. Que valent alors quelques dizaines de petits paysans face aux app\u00e9tits des promoteurs immobiliers\u00a0? Leurs terres collectives sont pourtant \u00abinali\u00e9nables\u00a0, insaisissables, imprescriptibles\u00a0\u00bb, selon le dahir de 1919, toujours en vigueur. Mais le Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, sous la tutelle duquel sont plac\u00e9es ces terres, qu\u2019il est suppos\u00e9 prot\u00e9ger, d\u00e9ploie alors ses forces de r\u00e9pression et \u00e9vacue manu militari le terrain, mettant ainsi fin \u00e0 plusieurs d\u00e9cennies de lutte durant lesquelles les Oulad Dlim ont tent\u00e9 de r\u00e9sister pas \u00e0 pas aux bulldozers.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/1.png\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-698 aligncenter\" src=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/1-300x167.png\" alt=\"\" width=\"462\" height=\"257\" srcset=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/1-300x167.png 300w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/1.png 601w\" sizes=\"(max-width: 462px) 100vw, 462px\" \/><\/a><\/p>\n<p>L\u2019avanc\u00e9e rapide de l\u2019urbanisation (selon une \u00e9tude men\u00e9e en 2004 par le Ministe\u0300re de l\u2019Agriculture et de la Pe\u0302che Maritime, la superficie totale des terres agricoles consomme\u0301es par l\u2019urbanisation sera a\u0300 l\u2019horizon 2025 de pre\u0300s de 90 000 ha, avec un rythme moyen d\u2019environ 4500 ha par an) peut donc se faire par expulsion violente de petits agriculteurs vivant sur leurs terres (collectives, comme dans le cas des Oulad Dlim, ou priv\u00e9es).\u00a0 Ce processus a \u00e9t\u00e9 facilit\u00e9 d\u00e8s l\u2019\u00e9poque de la colonisation par une l\u00e9gislation ambigu\u00eb, par la Tutelle du Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur sur les terres collectives (permettant notamment de faire jouer la notion d\u2019utilit\u00e9 publique pour la construction de logements sociaux), par la dissociation des terres collectives de culture, qui peuvent d\u00e9sormais \u00eatre privatis\u00e9es au b\u00e9n\u00e9fice des \u2018ayant-droits\u2019<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> des terres de parcours, suppos\u00e9es rest\u00e9es, en principe (mais nous verrons plus loin qu\u2019il n\u2019en est rien) inali\u00e9nables. Or d\u00e8s que ces terres de culture sont privatis\u00e9es, elles entrent de facto dans le march\u00e9 du foncier et peuvent donc \u00eatre revendues en dehors de la communaut\u00e9 ethnique. Mais souvent les agriculteurs pr\u00e9f\u00e8rent eux-m\u00eames vendre, d\u00e9courag\u00e9s par l\u2019avanc\u00e9e de l\u2019urbain sur leurs terres et all\u00e9ch\u00e9s par l\u2019explosion des prix du foncier dans le p\u00e9ri-urbain, m\u00eame s\u2019ils sont loin d\u2019\u00eatre les premiers b\u00e9n\u00e9ficiaires de la sp\u00e9culation fonci\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Les Oulad Sbita<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/2.png\"><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-699 aligncenter\" src=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/2-300x226.png\" alt=\"\" width=\"383\" height=\"289\" srcset=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/2-300x226.png 300w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/2.png 589w\" sizes=\"(max-width: 383px) 100vw, 383px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Manifestation des femmes des Oulad Sbita devant la municipalit\u00e9 de Bouknadel \u00e0 l\u2019occasion du 8 mars. \u00ab\u00a0Pas touche aux terres collectives des Oulad Sbita.\u00a0\u00bb.Photo de l\u2019auteur<\/p>\n<p>Quelques kilom\u00e8tres plus au Nord, entre la route Sal\u00e9-K\u00e9nitra et la c\u00f4te Atlantique, ce sont les Oulad Sbita qui m\u00e8nent depuis plus de 5 ans un combat contre la spoliation de leurs terres par une soci\u00e9t\u00e9 immobili\u00e8re, Addoha, pour y construire un complexe touristique, h\u00f4tels, villas, golfs, etc.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 aussi que le Paris-Saint-Germain a \u00e9tabli sur 500 ha l\u2019une de ses \u00e9coles de foot, la PSG Academy<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. \u00a0L\u2019Essec de Paris y a \u00e9galement implant\u00e9 une succursale. Frais d\u2019inscription\u00a0: 10 000 euros par an.<\/p>\n<p>Ce ne seront certainement pas les enfants des Oulad Sbita, dont les parents vivaient de mara\u00eechage et d\u2019\u00e9levage et qui ont pour la plupart d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9s de leurs terres, qui pourront s\u2019y inscrire. L\u00e0 encore la puissance de l\u2019argent fait fi des r\u00e8gles du droit et des int\u00e9r\u00eats des habitants vivant sur leurs terres. Les pelleteuses sont aussi entr\u00e9es en action, et seules subsistent encore quelques fermes et maisons dont les habitants sont sous le coup d\u2019arr\u00eat\u00e9s d\u2019expulsion.<\/p>\n<p><strong>L\u2019impact du tourisme sur le foncier<\/strong><\/p>\n<p>Le tourisme est aussi facteur important d\u2019expulsion des paysans de leurs terres et de destruction des petites exploitations paysannes.<\/p>\n<p>Le seul Plan Azur consacr\u00e9 au tourisme pr\u00e9voit l\u2019am\u00e9nagement d\u2019une douzaine de mega-sites baln\u00e9aires (dont certains sont d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9s, d\u2019autres en cours et certains en panne). Install\u00e9s chacun sur plusieurs centaines d\u2019hectares, ils vont mobiliser au total plus de 6000 ha de terrains, largement mis \u00e0 disposition du priv\u00e9 \u00e0 partir des domaines de l\u2019Etat, (plus de la moiti\u00e9 des quelques 1 million d\u2019hectares de terres agricoles poss\u00e9d\u00e9s par l\u2019Etat ont \u00e9t\u00e9 aujourd\u2019hui privatis\u00e9s) mais aussi par un processus d\u2019immatriculation de terres priv\u00e9es ou collectives pour en permettre la vente.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u2026 et sur l\u2019eau<\/p>\n<p>Ces complexes touristiques sont de v\u00e9ritables catastrophes \u00e9cologiques. Non seulement ils saccagent des paysages magnifiques et des \u00e9cosyst\u00e8mes fragiles, mais ils accaparent une eau pourtant rare dans bien des r\u00e9gions. Pas moins de 20 golfs sont pr\u00e9vus dans ces 12 projets, le nombre de piscines est incalculable. A Marrakech, il est pr\u00e9vu qu\u2019aux 8 golfs actuels s\u2019en ajoutent 11 de plus.\u00a0 Chacun d&rsquo;eux consomme annuellement l&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;une ville de 30 000 habitants<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. La plaine du Haouz, autour de Marrakech, ass\u00e9ch\u00e9e et rong\u00e9e elle aussi par la conversion des fermes en \u00e9tablissements touristiques et ryads pour \u00e9trangers ou marocains fortun\u00e9s, a aujourd\u2019hui fortement diminu\u00e9 son activit\u00e9 agricole, pourtant si importante il y a quelques d\u00e9cennies. Ainsi selon le Minist\u00e8re de l\u2019agriculture, la SAU dans le Haouz de Marrakech a diminu\u00e9 de 25 % en seulement 5 ans et il est pr\u00e9vu que la production de bl\u00e9 diminue de 40 % d\u2019ici \u00e0 2020.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table style=\"height: 188px;\" width=\"727\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"179\"><\/td>\n<td width=\"142\">\n<p style=\"text-align: center;\">2008\/2009<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"142\">\n<p style=\"text-align: center;\">2013\/2014<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"132\">\n<p style=\"text-align: center;\">Ecart %<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td rowspan=\"2\" width=\"179\">SAU TOTALE (en hectares)<\/p>\n<p>* dont SAU irrigue\u0301e<\/td>\n<td width=\"142\">\n<p style=\"text-align: center;\">1288900<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"142\">\n<p style=\"text-align: center;\">964685<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"132\">\n<p style=\"text-align: center;\">-25%<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"142\">\n<p style=\"text-align: center;\">365798<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"142\">\n<p style=\"text-align: center;\">340059<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"132\">\n<p style=\"text-align: center;\">-7%<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><a href=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/3.png\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-700 aligncenter\" src=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/3-300x226.png\" alt=\"\" width=\"388\" height=\"293\" srcset=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/3-300x226.png 300w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/3.png 581w\" sizes=\"(max-width: 388px) 100vw, 388px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00a0Terrain \u00e0 vendre dans le Haouz<\/p>\n<p>Les pr\u00e9visions pour le site de Ouarzazate lake city, situ\u00e9 au-dessus du barrage El Mansour Addahbi (qui fournit aussi les eaux pour la centrale solaire Noor, pour l\u2019agriculture commerciale implant\u00e9e dans l\u2019oasis de Zagora et ne parvient plus \u00e0 alimenter l\u2019ensemble de la vall\u00e9e de l\u2019Oued Draa, dont les derniers villages dans le d\u00e9sert sont maintenant pourvus en eau par des camions citernes et o\u00f9 les palmeraies se meurent) \u00e9taient que la consommation en eau pour ce seul site touristique d\u00e9passerait celle de la ville de Ouarzazate et de ses 105 000 habitants. Du coup, les pr\u00e9visions ont \u00e9t\u00e9 revues \u00e0 la baisse.<\/p>\n<p><strong>Les grands projets inutiles. L\u2019exemple de la centrale Noor<\/strong><\/p>\n<p>Il ne faut pas oublier dans cette liste, l\u2019impact de ce que l\u2019on appelle les \u00ab\u00a0grands projets nuisibles ou inutiles\u00a0\u00bb. Le Maroc se couvre aujourd\u2019hui de plateformes portuaires (Tanger Med), arrim\u00e9es \u00e0 des zones franches commerciales et industrielles implant\u00e9es sur place et un peu partout dans le reste du Maroc, d\u2019un dense r\u00e9seau d\u2019autoroutes, d\u2019une ligne TGV, multiplie l\u2019implantation de mega-projets d\u2019\u00e9oliennes, de centrales solaires, thermiques (charbon, gaz), etc\u2026 Tous ces projets se soldent par des accaparements de terres.<\/p>\n<p>Un cas embl\u00e9matique est celui de la centrale solaire Noor.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/4.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-701 aligncenter\" src=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/4-300x150.png\" alt=\"\" width=\"378\" height=\"189\" srcset=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/4-300x150.png 300w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/4.png 606w\" sizes=\"(max-width: 378px) 100vw, 378px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Con\u00e7u comme arrim\u00e9 au plan Desertec, vaste projet transsaharien finalement abandonn\u00e9 en particulier du fait de la ti\u00e9deur de l\u2019Union europ\u00e9enne et du retrait de la BEI de ce projet jug\u00e9 \u00ab\u00a0pharaonique\u00a0\u00bb et trop on\u00e9reux.<\/p>\n<p>500 000 panneaux solaires qui ont \u00e9t\u00e9 pos\u00e9s sur le sable \u2013 et ce n\u2019est que la premi\u00e8re tranche. 4 nouvelles centrales doivent \u00eatre construites.<\/p>\n<p><em>Accaparement des terres <\/em><\/p>\n<p>Il est fait fi des populations qui sont sur leurs terres \u2013collectives- et y exercent l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique qui les fait vivre\u00a0: l\u2019\u00e9levage extensif.<\/p>\n<p>Elles ont \u00e9t\u00e9 doublement spoli\u00e9es : quelques 3000 hectares de leurs terres collectives<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a> ont \u00e9\u00e9 expropri\u00e9es pour 1 dirham symbolique le m2. Les tribus concern\u00e9es n\u2019ont rien touch\u00e9, les sommes ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9es dans un fonds de \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb pour financer des projets pr\u00e9par\u00e9s loin des populations, et pour toute la r\u00e9gion, si tant est qu\u2019ils voient le jour. Aucune consultation pr\u00e9alable, libre et inform\u00e9e des tribus berb\u00e8res concern\u00e9es n\u2019a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Tout au plus une r\u00e9union d\u2019information.<\/p>\n<p><em>Accaparement de l\u2019eau<\/em><\/p>\n<p>Le choix s\u2019est port\u00e9 sur la technologie la plus gourmande en eau (\u00e9nergie solaire thermique \u00e0 concentration (ESC) avec refroidissement par voie humide et non sur la technologie photovolta\u00efque (PV) qui ne demande que peu d\u2019eau. Et ce dans une r\u00e9gion qui conna\u00eet un stress hydrique permanent. 2 \u00e0 3 millions de m3\/an seront utilis\u00e9s<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat en est que cette \u00e9nergie est plus ch\u00e8re que toutes les autres sources d\u2019\u00e9nergie et va priver les populations locales et les cheptels d\u2019une eau d\u00e9j\u00e0 rare.<\/p>\n<p>Mais tout ce qui vient d\u2019\u00eatre d\u00e9crit pr\u00e9c\u00e9demment n\u2019est rien compar\u00e9 \u00e0 l\u2019impact du \u2018Plan vert\u2019, feuille de route des r\u00e9formes engag\u00e9es dans le domaine de l\u2019agriculture au Maroc. Les Marocains pourront-ils payer cette \u00e9nergie ch\u00e8re ou bien va-t-elle \u00eatre subventionn\u00e9e pour garantir les b\u00e9n\u00e9fices des entreprises\u00a0?<\/p>\n<p>On voit donc \u00e0 quel point l\u2019accaparement des terres est au c\u0153ur des politiques de \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb mises en place par l\u2019Etat marocain.<\/p>\n<p>Mais tout ce que je viens de d\u00e9crire pr\u00e9c\u00e9demment n\u2019est rien compar\u00e9 \u00e0 l\u2019impact du \u00ab\u00a0Plan vert\u00a0\u00bb, feuille de route des r\u00e9formes engag\u00e9es dans le domaine de l\u2019agriculture au Maroc.<\/p>\n<p><strong>Le Plan vert<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/5.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-702 aligncenter\" src=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/5-300x155.png\" alt=\"\" width=\"481\" height=\"249\" srcset=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/5-300x155.png 300w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/5.png 602w\" sizes=\"(max-width: 481px) 100vw, 481px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Adopt\u00e9 en 2008, le Plan vert est la feuille de route de la lib\u00e9ralisation du secteur agricole au Maroc. Il organise la mise en \u0153uvre d\u2019une agriculture de plus en plus tourn\u00e9e vers l\u2019exportation et de moins sur les besoins alimentaires de la population marocaine qui ach\u00e8te de plus en plus de produits import\u00e9s.<\/p>\n<p>Il repose sur deux piliers, le pilier 1 consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019agriculture dite \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb et le pilier 2 consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019agriculture \u00ab\u00a0solidaire\u00a0\u00bb (qualificatif utilis\u00e9 pour d\u00e9signer la petite agriculture familiale.<\/p>\n<p>Entre ces deux piliers, une relation de d\u00e9pendance est mise en place, d\u00e9sign\u00e9e sous le nom \u00ab\u00a0d\u2019agr\u00e9gat\u00a0\u00bb o\u00f9 les petits exploitants deviennent un cha\u00eenon de la cha\u00eene de valeur de l\u2019agrobusiness. Et s\u2019ils ne peuvent pas suivre, ils n\u2019ont plus alors d\u2019autre choix que de vendre leurs terres.<\/p>\n<p>Ce plan prend appui sur l\u2019accord agricole Maroc-UE, sign\u00e9 en 2012, qui fixe les priorit\u00e9s et les quotas d\u2019import\/export entre les deux r\u00e9gions et pr\u00e9voit notamment l\u2019abandon progressif de la c\u00e9r\u00e9aliculture afin de permettre \u00e0 l\u2019UE de vendre sa production au Maroc (l\u2019argument, faisant fi de toute notion de souverainet\u00e9 alimentaire, est la faible productivit\u00e9 de la c\u00e9r\u00e9aliculture marocaine).<\/p>\n<p>Ce plan est dot\u00e9 d\u2019un fonds de 95 milliards de\u00a0dirhams dont 20 milliards seront destin\u00e9s \u00e0 la petite agriculture et 75 milliards au secteur \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il est pr\u00e9vu que 750 000 ha soient mis \u00e0 la disposition des \u00ab\u00a0op\u00e9rateurs priv\u00e9s\u00a0\u00bb (locations \u00e0 long terme dans le cadres de partenariats publics-priv\u00e9s) \u00e0 raison de 70 000 ha par an. C\u2019est donc un accaparement des terres planifi\u00e9 qui sous-tend la r\u00e9alisation du Plan vert. Et c\u2019est le stock de terres collectives, habous<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a> \u00a0et des domaines qui va en fournir une grande partie. Toute une litt\u00e9rature s\u2019est d\u00e9ploy\u00e9e pour montrer comment la petite propri\u00e9t\u00e9 et l\u2019\u00e9levage extensif conduisent \u00e0 une sous-utilisation et \u00e0 une d\u00e9gradation des terres, afin \u00e9videmment de justifier leurs privatisations au profit d\u2019une agriculture \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb, suppos\u00e9e intensifier la production et prot\u00e9ger l\u2019environnement.<\/p>\n<p>Ce m\u00e9canisme renforce donc la concentration des terres au profit d\u2019investisseurs nationaux et internationaux, l\u2019orientation vers des productions \u00e0 haute valeur ajout\u00e9e, notamment dans l\u2019arboriculture et l\u2019agriculture sous serres (l\u00e9gumes, tomates, fruits\u00a0 rouges\u2026). Il renforce \u00e9galement l\u2019agriculture irrigu\u00e9e au d\u00e9triment de l\u2019agriculture bour (non irrigu\u00e9e) et une appropriation immod\u00e9r\u00e9e de l\u2019eau. Cela entraine non seulement une multiplication des barrages, mais aussi l\u2019installation de stations de dessalement de l\u2019eau de mer, notamment pour les p\u00e9rim\u00e8tres irrigu\u00e9s install\u00e9s au Sahara (Dakhla et sa r\u00e9gion).\u00a0 Une nouveau programme d\u2019investissement de 2,6 milliards de dirhams a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9 le 10 aout dernier, dont une partie sera consacr\u00e9 \u00e0 la mise en place d\u2019une zone irrigu\u00e9e de 1000 ha en plein d\u00e9sert pour la production notamment de fourrages qui n\u00e9cessitera<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Des ouvrages de creusement et d\u2019\u00e9quipement de forages profond, de construction d\u2019une station de filtration et de dessalement, d\u2019am\u00e9nagement d\u2019un r\u00e9seau d\u2019assainissement et de pistes, d\u2019\u00e9quipement interne des parcelles en goutte \u00e0 goutte et de construction d\u2019une cl\u00f4ture autour du p\u00e9rim\u00e8tre afin de r\u00e9duire l\u2019effet du vent et d\u2019att\u00e9nuer l\u2019ensablement.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a><\/p>\n<p>Quant aux mesures prises soi-disant \u00ab\u00a0en faveur\u00a0\u00bb des \u00e9leveurs (pilier 2), elles visent en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 un passage d\u2019un \u00e9levage extensif de cam\u00e9lid\u00e9s et caprins adapt\u00e9s \u00e0 cette r\u00e9gion d\u00e9sertique, \u00e0 un \u00e9levage intensif pour la production de viandes rouges et de lait, qui ne pourra gu\u00e8re \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 par les \u00e9leveurs locaux, ne disposant ni des comp\u00e9tences techniques ni des capacit\u00e9s d\u2019investissement pour effectuer un tel virage. Sous couvert de \u00ab\u00a0solidarit\u00e9\u00a0\u00bb, c\u2019est donc une exclusion des tribus d\u2019\u00e9leveurs nomades qui se profile et leur probable s\u00e9dentarisation comme ouvriers agricoles ou dans les banlieues urbaines.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019un des aspects de \u00ab\u00a0l\u2019accumulation par d\u00e9possession\u00a0\u00bb, qui consiste \u00e0 cl\u00f4turer les biens publics au profit d\u2019int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s \u00e0 but lucratif.<\/p>\n<p><strong>Le fonds vert <\/strong><\/p>\n<p>Cette m\u00eame logique est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les projets pr\u00e9sent\u00e9s par le Maroc pour acc\u00e9der au Fonds vert pour le climat de l\u2019ONU, m\u00e9canisme financier de\u00a0 la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), cr\u00e9\u00e9 lors de la 15\u00b0 COP de Copenhague (2009) et op\u00e9rationnelle depuis la 17\u00b0 COP tenue \u00e0 Durban en 2011. Ce Fonds a pour objectifs de limiter ou de r\u00e9duire les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre dans les pays en d\u00e9veloppement et d\u2019aider les communaut\u00e9s vuln\u00e9rables \u00e0 s\u2019adapter aux impacts d\u00e9j\u00e0 ressentis des changements climatiques. Ainsi, sur les 3 projets aujourd\u2019hui retenus pour le Maroc, au moins un pose d\u2019\u00e9normes probl\u00e8mes\u00a0: celui pr\u00e9vu dans la r\u00e9gion de Boudnib, dans le Tafilalet.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/6.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-703 aligncenter\" src=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/6-300x201.png\" alt=\"\" width=\"597\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/6-300x201.png 300w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/6.png 627w\" sizes=\"(max-width: 597px) 100vw, 597px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">L\u2019oasis de Boudnib et les plateaux environnants. Un stress hydrique structurel<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il pr\u00e9voit en effet l\u2019irrigation et de 5 000 ha hors oasis en Partenariat Public Priv\u00e9. \u00a0Adoss\u00e9 \u00e0 la construction (en cours) du barrage de Kadoussa, il pr\u00e9voit en effet de permettre l\u2019irrigation de grandes exploitations agricoles pour une production destin\u00e9e \u00e0 l\u2019exportation en dehors de l\u2019espace oasien, qui est jusqu\u2019\u00e0 il y a peu \u00e9tait le seul espace cultivable, tout en continuant \u00e0 assurer l\u2019approvisionnement en eau de l\u2019agriculture oasienne (800 \u00e0 1000 ha). En effet, r\u00e9cemment des investisseurs sont arriv\u00e9s dans la r\u00e9gion et ont implant\u00e9 des exploitations sur d\u2019importantes surfaces pour y produire des dattes (madjhoul) et des olives (programmes incitatifs dans le cadre des accords agricoles UE\/Maroc)\u00a0 destin\u00e9es \u00e0 l\u2019exportation. Ces cultures sont possibles en pompant dans les eaux souterraines.<\/p>\n<p>Ce projet est officiellement pr\u00e9sent\u00e9 comme un projet qui devrait b\u00e9n\u00e9ficier tant aux agriculteurs oasiens qu\u2019aux investisseurs du plateau. Mais il appara\u00eet \u00e0 l\u2019\u00e9vidence qu\u2019il vient r\u00e9pondre \u00e0 la demande de nouveaux acteurs dans la r\u00e9gion, d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9s dans un nouveau type de production pour l\u2019exportation, \u00e0 haute teneur financi\u00e8re et technologique. Il leur permettra notamment de cesser de pomper dans les nappes souterraines et de disposer de quantit\u00e9s d\u2019eau importantes pour d\u00e9velopper leur production.\u00a0\u00a0 La mise en culture des<\/p>\n<p>5000 ha pr\u00e9vue ne pourra se r\u00e9aliser que par l\u2019expulsion (d\u00e9j\u00e0 entam\u00e9e) des tribus nomades de leurs terres collectives o\u00f9 elles pratiquent l\u2019\u00e9levage extensif.<\/p>\n<p>Il entrainera \u00e9galement un bouleversement cons\u00e9quent des traditions ancestrales de gestion et de r\u00e9partition de l\u2019eau en milieu oasien. D\u2019autant plus qu\u2019il est pr\u00e9visible que la r\u00e9partition de l\u2019eau entre secteur \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb et secteur \u00ab\u00a0solidaire\u00a0\u00bb se fasse au d\u00e9triment de ce dernier, ayant un faible pouvoir et une faible capacit\u00e9 de pression et de n\u00e9gociation. Et il y a fort \u00e0 craindre que la gestion des eaux oasiennes ne se transforme en gestion de la p\u00e9nurie.<\/p>\n<p>Ainsi donc, ce projet suppos\u00e9 participer de la lutte contre le changement climatique, et notamment contre la d\u00e9sertification, et aider les populations les plus vuln\u00e9rables, repose de fait sur\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>L\u2019expulsion des communaut\u00e9s autochtones de leurs terres collectives et de leur activit\u00e9 pastorale.<\/li>\n<li>Le d\u00e9tournement d\u2019une partie des eaux approvisionnant les oasis au b\u00e9n\u00e9fice de zones irrigu\u00e9es artificielles b\u00e9n\u00e9ficiant \u00e0 des investisseurs \u00e9trangers \u00e0 la r\u00e9gion pour des productions intensives tourn\u00e9es vers l\u2019exportation.<\/li>\n<li>L\u2019inaccessibilit\u00e9 des points d\u2019eau traditionnels pour le b\u00e9tail<\/li>\n<li>La cl\u00f4ture (enclosure) des espaces de parcours restants.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Parall\u00e8lement on constate que rien n\u2019est dit sur la question de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau potable. De toute \u00e9vidence, ce projet tourne le dos aux populations et ne s\u2019adresse qu\u2019\u00e0 l\u2019agrobusiness.<\/p>\n<p><strong>Irrigation et PPP<\/strong><\/p>\n<p>Mais revenons sur l\u2019un des aspects de ce projet. Comme indiqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment la construction du barrage et la distribution de l\u2019eau sont r\u00e9alis\u00e9es, dans ce projet comme dans la plupart des barrages r\u00e9cents ou en projet, dans le cadre d\u2019un partenariat public priv\u00e9. Cela revient \u00e0 dire que la gestion de l\u2019eau d\u2019irrigation est d\u00e9sormais confi\u00e9e aux entreprises priv\u00e9es et que parall\u00e8lement, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 cette eau devient payant.<\/p>\n<p>Ce projet \u00e9tant pr\u00e9sent\u00e9 pour le Maroc par l\u2019Agence Fran\u00e7aise de D\u00e9veloppement, il est fort probable que des entreprises fran\u00e7aises fassent partie du montage financier.<\/p>\n<p>Le premier barrage construit en PPP est celui d\u2019El Guerdane, dans la r\u00e9gion de Taroudant au Sud du Maroc. Inaugure\u0301 en 2008, le projet alimente en eau 10 000 ha de plantations d\u2019agrumes. Le partenariat est doublement public\/priv\u00e9 puisque la soci\u00e9t\u00e9 partenaire est la SNI, holding royal qui a cr\u00e9\u00e9 pour l\u2019occasion la soci\u00e9t\u00e9 Aman Souss qui a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un pr\u00eat public au taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de 1%. C\u2019est dire si l\u2019argument qui veut que l\u2019on fasse appel au priv\u00e9 parce que l\u2019Etat n\u2019a pas les ressources financi\u00e8res pour r\u00e9aliser ces ouvrages d\u2019infrastructure est fallacieux. Et les domaines royaux font aussi partie des quelques 597 exploitations b\u00e9n\u00e9ficiaires du projet d\u2019irrigation, qui ne repr\u00e9sentent que 11% des exploitations de la zone concern\u00e9e, mais couvrent plus du quart de la SAU.<\/p>\n<p>Au total, ce sont &#8211; 38 barrages a\u0300 but multiple (irrigation et hydro-\u00e9lectricit\u00e9\u0301 qui sont pr\u00e9vus d&rsquo;ici 2030, tous selon le principe du PPP. + mise en gestion d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e du service de l\u2019eau ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9es dans 8 p\u00e9rim\u00e8tres\u00a0: Loukkos (30\u00a0300 ha), Tadla (109\u00a0000 ha), Doukkala (104\u00a0600 ha), Gharb (113\u00a0350 ha), Moulouya (77\u00a0280 ha), Haouz (143 00 ha), Chtouka Ait Baha (14\u00a0000 ha) et Azzemour Birjdid (2\u00a0500 ha)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la pression sur l\u2019eau et le d\u00e9veloppement des cultures irrigu\u00e9es et du tourisme dans le Sud, am\u00e8nent le gouvernement \u00e0 envisager un projet de transfert des ressources hydriques Nord-Sud. Il s\u2019agirait de proc\u00e9der \u00e0 un transfert d\u2019eau des bassins de l\u2019Oued Laou, Loukkos et Sebou(dans la moiti\u00e9 Nord du Maroc) vers les r\u00e9gions de Tadla, Doukkala et Haouz, ainsi que vers laville de Marrakech elle-m\u00eame. Sur plus de 500 km. Et encore une fois en Partenariat Public-Priv\u00e9<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<br \/>\n<strong>Conclusion\u00a0:<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>L\u2019urbanisation rapide du Maroc, son industrie touristique et une agriculture productiviste d\u2019exportation entra\u00eenent de tr\u00e8s fortes pressions sur la terre et sur l\u2019eau.<\/li>\n<li>L\u2019accaparement des terres en zones p\u00e9riurbaines et non urbaines se fait surtout au d\u00e9triment des petits paysans n\u2019ayant plus acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau, ne pouvant \u00e9couler leurs produits ou cribl\u00e9s de dettes pour avoir essay\u00e9 d\u2019op\u00e9rer un virage vers l\u2019agriculture irrigu\u00e9e en sous-traitance pour les exportateurs. 165 000 petits paysans ont disparu pour la seule ann\u00e9e 2016. Ce sont aussi les domaines de l\u2019Etat et des terres collectives, qui constituent le principal stock de terres disponibles.<\/li>\n<li>La privatisation des terres collectives, au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019investisseurs nationaux ou \u00e9trangers, s\u2019accompagne d\u2019une main mise du secteur priv\u00e9 national et international sur les ressources en eau, des PPP dans le domaine des barrages et de l\u2019irrigation ( sans oublier la gestion d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e des services d\u2019eau potable dans les principales villes et certains p\u00e9rim\u00e8tres irrigu\u00e9s).<\/li>\n<li>Ces modes de mise en culture entrainent une d\u00e9gradation rapide des terres surexploit\u00e9es et un pillage des ressources hydriques, d\u00e9j\u00e0 peu abondantes au Maroc. Ils ont par cons\u00e9quent un <strong>impact \u00e9cologique extr\u00eamement n\u00e9gatif<\/strong>.<\/li>\n<li>Les solutions mises en place pour assurer la p\u00e9rennit\u00e9 de ce type d\u2019agriculture sont particuli\u00e8rement co\u00fbteuses et n\u00e9fastes :\n<ul>\n<li>multiplication des barrages et cr\u00e9ation artificielle de zones irrigu\u00e9es en lieu et place de l\u2019agriculture pluviale ou de l\u2019\u00e9levage extensif.<\/li>\n<li>multiplication des unit\u00e9s de dessalement des eaux de mer<\/li>\n<li>projet de transfert de l\u2019eau du Nord vers le Sud du Maroc.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>Elles entra\u00eenent en cons\u00e9quence<\/p>\n<ul>\n<li>Une pression accrue sur les ressources fonci\u00e8res et hydriques d\u00e9j\u00e0 rares\n<ul>\n<li>La disparition des modes de culture et d\u2019\u00e9levage des communaut\u00e9s bas\u00e9s sur une propri\u00e9t\u00e9 collective de la terre et des syst\u00e8mes ancestraux de partage des terres, des arbres et de l\u2019eau reposant sur les structures collectives traditionnelles<\/li>\n<li>La concentration des investissements sur l\u2019agriculture dite \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb au d\u00e9triment de l\u2019agriculture familiale et de l\u2019\u00e9levage extensif<\/li>\n<li>La g\u00e9n\u00e9ralisation des logiques productivistes et capitalistes dans la gestion des biens communs que sont la terre et l\u2019eau, la recherche du profit primant sur toute vell\u00e9it\u00e9 de durabilit\u00e9, les investisseurs prenant le pouvoir au d\u00e9triment des agriculteurs.<\/li>\n<li>L\u2019aggravation des disparit\u00e9s et des in\u00e9galit\u00e9s tant r\u00e9gionales que sociales qui sont autant de facteurs de d\u00e9stabilisation sociale.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il n\u2019est donc pas \u00e9tonnant que le degr\u00e9 de conflictivit\u00e9 ait consid\u00e9rablement augment\u00e9 et que s\u2019\u00e9tendent et s\u2019intensifient les luttes pour la terre et pour l\u2019eau. Mais la r\u00e9pression et le contr\u00f4le exerc\u00e9s par la Monarchie sur le milieu rural depuis l\u2019Ind\u00e9pendance n\u2019ont pas permis l\u2019apparition de formes d\u2019organisation de la petite paysannerie marocaine.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, seule une petite fraction du prol\u00e9tariat agricole est parvenue, au prix de difficult\u00e9s consid\u00e9rables, \u00e0 s\u2019organiser au sein notamment de la FNSA (Souss surtout). En cons\u00e9quence, les luttes nombreuses qui se m\u00e8nent contre l\u2019accaparement des terres et de l\u2019eau se font essentiellement dans le cadre tribal, renouant par l\u00e0 avec une structure largement \u00e9rod\u00e9e au cours de l\u2019histoire r\u00e9cente du Maroc, mais qui reste bien souvent la seule encore \u00e0 m\u00eame de servir de cadre \u00e0 l\u2019expression des revendications et \u00e0 la gestion des luttes.<\/p>\n<p>Il est cependant remarquable que ce retour aux cadres traditionnels soit largement influenc\u00e9 aussi par l\u2019impact des luttes de 2011, qui ont servi de catalyseur \u00e0 l\u2019expression d\u2019un m\u00e9contentement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 et imprim\u00e9 des caract\u00e9ristiques propres aux luttes qui se m\u00e8nent aujourd\u2019hui tant en milieu urbain qu\u2019en milieu rural (au niveau des mots d\u2019ordre, du r\u00f4le des femmes et des jeunes au sein de ces mouvements,\u2026).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lucile Daumas<\/p>\n<p>Attac Maroc<\/p>\n<p>Ao\u00fbt 2017<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Cet article est tir\u00e9 d\u2019une intervention r\u00e9alis\u00e9e lors de l\u2019Universit\u00e9 des mouvements sociaux tenue \u00e0 Toulouse en aout 2017, lors d\u2019un atelier consacr\u00e9 \u00e0\u00a0: Agriculture et alimentation alternatives, co-organis\u00e9 par Attac Autriche, Attac-France, la Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne, <\/em>Miramap\/Urgency, OBV (Autriche)<em>. Depuis, des \u00ab\u00a0r\u00e9voltes de la soif\u00a0\u00bb ont \u00e9clat\u00e9 au courant du mois d\u2019octobre 2017 \u00e0 Zagora et Kalaa de-Sraghna, li\u00e9es certes \u00e0 une absence de pluies prolong\u00e9es, mais aussi \u00e0 l\u2019accaparement des eaux d\u00e9crits ci-dessus. R\u00e9ponse des autorit\u00e9s\u00a0: r\u00e9pression, arrestations et proc\u00e8s.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> A noter l\u2019ambig\u00fcit\u00e9 du mouvement des femmes soulaliyates (fortement appuy\u00e9es par des ONG de bon ton qui, r\u00e9clamant \u2013\u00e0 juste titre- leur droit \u00e0 faire partie des listes d\u2019ayant-droits lors de la melkisation des terres, n\u2019ont pas remis en cause la privatisation des terres collectives, l\u00e9gitimant ainsi implicitement ces op\u00e9rations.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> A noter que le PSG a ouvert une autre \u00e9cole \u00e0 Rabat tout pr\u00e8s des terres spoli\u00e9es aux Oulad Dlim, dans le quartier Hay Ryad.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> http:\/\/afrique.lepoint.fr\/economie\/marrakech-mise-sur-ses-golfs-verts-09-07-2016-2053350_2258.php<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> A titre de comparaison, le prix de vente ou de loyer des terres collectives \u00e0 Ouarzazate \u00e9tait \u00e0 ce moment-l\u00e0 de 10 \u00e0 12 dirhams le m2.\u00a0 Cf. Hamza Hamouchene, Centrale solaire de Ouarzazate : triomphe du capitalisme vert et privatisation de la nature https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/2016\/03\/29\/la-centrale-solaire-de-ouarzazate-au-maroc-le-triomphe-du-capitalisme-vert-et-la-privatisation-de-la-nature\/<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Comme le stipule la Convention 169 de l\u2019OIT relative aux peuples indig\u00e8nes et tribaux<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Ibid<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Bien de mainmorte, relevant du droit musulman<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> [8] http:\/\/www.sahara.gov.ma\/blog\/banniere-home\/boujdour-projet-hydro-agricole-de-1-000-ha\/<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> En savoir plus sur http:\/\/lavieeco.com\/news\/economie\/40-milliards-de-dh-pour-transferer-leau-du-nord-au-sud-du-maroc-20890.html#Mcgr6E7rwEuz3SpK.99<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Accaparement des terres et de l\u2019eau au Maroc &nbsp; La question de l\u2019accaparement des terres et de l\u2019eau est devenue un probl\u00e8me lancinant qui affecte les communaut\u00e9s rurales et la petite paysannerie, pratiquement partout dans le monde. 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