{"id":497,"date":"2016-08-30T08:56:16","date_gmt":"2016-08-30T07:56:16","guid":{"rendered":"http:\/\/attacmaroc.org\/fr\/?p=497"},"modified":"2020-08-20T15:32:46","modified_gmt":"2020-08-20T14:32:46","slug":"que-signifie-de-se-battre-pour-la-justice-climatique-au-maghreb","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/2016\/08\/30\/que-signifie-de-se-battre-pour-la-justice-climatique-au-maghreb\/","title":{"rendered":"Que signifie de se battre pour la Justice climatique au Maghreb ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>Que signifie de se battre pour la Justice climatique au Maghreb\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Hamza Hamouchene<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/1.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\" size-medium wp-image-499 aligncenter\" src=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/1-300x200.jpg\" alt=\"1\" width=\"300\" height=\"200\" data-wp-pid=\"499\" srcset=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/1-300x200.jpg 300w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/1-768x512.jpg 768w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/1-600x400.jpg 600w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/1.jpg 960w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Manifestation \u00e0 Ain Salah, Alg\u00e9rie, en f\u00e9vrier 2015. Cr\u00e9dit photo\u00a0: Bboy Lee.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je vais commencer par dire que je ne crois pas \u00e0 la\u00a0 neutralit\u00e9 des discours. C\u2019est pourquoi j\u2019ai pris l\u2019habitude de pr\u00e9ciser clairement, d\u00e8s le d\u00e9part, ma position politique et id\u00e9ologique. Mon point de vue n\u2019est pas\u00a0 celui de l\u2019un de ces universitaires et ces soi-disant experts qui choisissent d&rsquo;\u00eatre neutres face aux injustices et \u00e0 l&rsquo;oppression et qui le justifient en se pr\u00e9tendant objectifs afin d&rsquo;\u00eatre accept\u00e9s par le discours dominant et autres structures du pouvoir. Mon point de vue est celui d&rsquo;un militant, qui je l&rsquo;esp\u00e8re est progressiste, radical et d\u00e9colonial, dans le sens o\u00f9 il est anti-syst\u00e9mique et se situe r\u00e9solument dans une solidarit\u00e9 active avec les opprim\u00e9s et les \u00abdamn\u00e9s de la terre\u00bb dans leurs luttes pour parvenir \u00e0 la justice sociale.<\/p>\n<p>Je vais aborder trois th\u00e8mes dans cet article. Je donnerai pour commencer une id\u00e9e des<\/p>\n<p>crises \u00e9cologiques et climatiques que vit la r\u00e9gion du Maghreb (Alg\u00e9rie, Maroc, Tunisie) pour ensuite montrer comment elle a adopt\u00e9 la n\u00e9olib\u00e9ralisation de la gouvernance environnementale. Je finirai par une critique de certains concepts de \u00a0\u201cjustice\u201d utilis\u00e9s pour parler des injustices \u00a0existantes dans la fa\u00e7on de faire face aux d\u00e9gradations environnementales et au r\u00e9chauffement climatique global de nature anthropique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Les crises \u00e9cologiques et climatiques dans la r\u00e9gion du Maghreb<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le changement climatique anthropique est d\u00e9j\u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 au Maghreb et il sape la base socio-\u00e9conomique et \u00e9cologique de la vie dans la r\u00e9gion. La Tunisie, l&rsquo;Alg\u00e9rie et le Maroc ont connu de fortes vagues de chaleur pendant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2015 et une s\u00e9cheresse est\u00a0 en cours \u00a0cette ann\u00e9e (2016), qui a \u00e9t\u00e9 catastrophique pour l&rsquo;agriculture (en particulier pour les petits paysans marocains). Le d\u00e9sert s\u2019\u00e9tend et absorbe les terres environnantes, exer\u00e7ant ainsi une pression \u00e9norme sur des ressources en eau d\u00e9j\u00e0 limit\u00e9es. L\u2019intrusion d\u2019eau de mer \u00a0dans les r\u00e9serves d&rsquo;eau souterraine, ainsi que la surexploitation des eaux souterraines placeront ces pays parmi \u00a0ceux qui souffrent de stress hydrique absolu<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les effets du changement climatique et de la crise climatique sont aggrav\u00e9s par la d\u00e9gradation de l&rsquo;environnement et l&rsquo;\u00e9puisement des ressources naturelles caus\u00e9s par un mod\u00e8le productiviste de d\u00e9veloppement qui repose sur les industries extractives : p\u00e9trole et gaz en Alg\u00e9rie (et dans une moindre mesure en Tunisie), mines de phosphate (Tunisie et Maroc), autres exploitations mini\u00e8res comme l\u2019argent, l\u2019or et le mangan\u00e8se au Maroc, et sur le mod\u00e8le agro-industriel grand consommateur d&rsquo;eau associ\u00e9 au tourisme (en Tunisie et au Maroc).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Outre la pollution, la destruction de l&rsquo;environnement et \u00a0la pr\u00e9valence de certaines maladies, comme le cancer, j&rsquo;ai vu au cours de mes enqu\u00eates sur des sites d\u2019extraction mini\u00e8re et de combustibles fossiles, ce que David Harvey appelle \u00abl\u2019accumulation par d\u00e9possession\u00bb<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a> et ce que Samir Amin d\u00e9crit comme \u00able d\u00e9veloppement du sous-d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Il est possible d&rsquo;affirmer que la pauvret\u00e9 dans ces r\u00e9gions est li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;existence de ressources naturelles importantes. Il y en a de nombreux exemples\u00a0: les villes gazi\u00e8res et p\u00e9troli\u00e8res\u00a0 de Ain Salah et Hassi Messaoud en Alg\u00e9rie, les bassins phosphatiers de Gafsa et Gab\u00e8s en Tunisie, la ville industrielle de Safi ou la mine d\u2019argent du village d\u2019Imider au Maroc.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Tel est le paradoxe de l&rsquo;extractivisme sous le capitalisme o\u00f9 des zones de sacrifice sont cr\u00e9\u00e9es dans le but de maintenir l&rsquo;accumulation du capital. Quand je dis zones de sacrifice, c\u2019est vraiment cela que je veux dire. Ain Salah en Alg\u00e9rie, est l&rsquo;une des plus riches villes de gaz sur le continent africain, mais c\u2019est une ville laide avec une tr\u00e8s mauvaise infrastructure. Les habitants appellent le seul \u00a0h\u00f4pital qu&rsquo;ils ont \u00abl&rsquo;h\u00f4pital de la mort\u00bb. Gabes en Tunisie est la seule oasis m\u00e9diterran\u00e9enne c\u00f4ti\u00e8re au monde, surnomm\u00e9e\u00a0 \u00ab\u00a0le paradis sur terre\u00a0\u00bb, avant l&rsquo;installation dans les ann\u00e9es 1970 d&rsquo;une usine chimique sur ses rives pour traiter le phosphate. Cette usine a provoqu\u00e9 un v\u00e9ritable \u00e9cocide dans l&rsquo;oasis,\u00a0 pillant ses eaux,\u00a0 polluant l&rsquo;air et la mer et tuant certaines esp\u00e8ces de sa faune et de sa flore. Certains parlent m\u00eame de terrorisme environnemental dans le contexte actuel d\u2019un discours anti-terroriste tr\u00e8s satur\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C&rsquo;est quoi exactement l&rsquo;extractivisme?\u00a0 \u00a0Le terme se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 ces activit\u00e9s qui d\u00e9placent de grandes quantit\u00e9s de ressources naturelles sans les traiter (ou trait\u00e9es \u00e0 un degr\u00e9 limit\u00e9), en particulier pour l&rsquo;exportation. L\u2019extractivisme ne se limite pas aux \u00a0min\u00e9raux ou au p\u00e9trole. Il est \u00e9galement pr\u00e9sent dans l&rsquo;agriculture, la sylviculture, la p\u00eache et m\u00eame le tourisme qui demandent une utilisation intensive de l\u2019eau. J\u2019\u00e9tais constern\u00e9 de voir la construction de terrains de golf dans des r\u00e9gions arides et semi-arides au Maroc. Fanon a eu raison dans sa critique du tourisme, qu&rsquo;il consid\u00e9rait comme une industrie post-coloniale par excellence o\u00f9 nos \u00e9lites sont devenues \u00abdes organisateurs de f\u00eates\u00bb pour leurs homologues occidentaux au milieu d\u2019une pauvret\u00e9 accablante.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le extractiviste de d\u00e9veloppement a \u00e9t\u00e9 dans la pratique un m\u00e9canisme de pillage et de d\u00e9pendance et d\u2019appropriation n\u00e9ocoloniales. Il a \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre sans tenir compte de la soutenabilit\u00e9 (durabilit\u00e9?) des projets ni m\u00eame de l\u2019\u00e9puisement des ressources<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Aujourd\u2019hui, la d\u00e9pendance des m\u00e9tropoles via l\u2019exploitation et\u00a0 l\u2019exportation de mat\u00e9riaux bruts, est pratiquement rest\u00e9e\u00a0 la m\u00eame dans les pays du Maghreb, \u00e0 l\u2019exception de quelques aspects \u00a0de l&rsquo;extractivisme traditionnel qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9s par une intervention accrue de l&rsquo;\u00c9tat dans ces activit\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Vous devez penser que j\u2019exag\u00e8re mais j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9 et attrist\u00e9 d\u2019entendre fr\u00e9quemment tant au Maroc qu\u2019en Alg\u00e9rie et en Tunisie, des comparaisons faites entre les ravages des industries post-coloniales avec ceux de l\u2019\u00e9poque\u00a0 coloniale. Et dans certains cas, il \u00e9tait m\u00eame sugg\u00e9r\u00e9 que les colonialistes fran\u00e7ais \u00e9taient plus cl\u00e9ments. De mon point de vue, ces comparaisons sont une remise en cause d&rsquo;un colonialisme interne, rendu possible par un mod\u00e8le extractiviste de d\u00e9veloppement qui d\u00e9poss\u00e8de les populations et leur fait payer les co\u00fbts socio-environnementaux qui en r\u00e9sultent.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/2.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"  wp-image-498 aligncenter\" src=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/2-300x169.jpg\" alt=\"2\" width=\"332\" height=\"187\" data-wp-pid=\"498\" srcset=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/2-300x169.jpg 300w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/2-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/2-768x432.jpg 768w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/2-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/2-2048x1152.jpg 2048w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/2-390x220.jpg 390w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/2-600x338.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 332px) 100vw, 332px\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>L\u2019usine chimique de phosphate \u00e0 Gabes, Tunisie a \u00e9t\u00e9 construite sur le rivage de l\u2019oasis c\u00f4ti\u00e8re au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970. Cette photo montre la pollution de l\u2019air et de l\u2019eau de mer.\u00a0 Cr\u00e9dit photo: Hamza Hamouchene, Mars 2016<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les habitants de ces r\u00e9gions ont des dol\u00e9ances anciennes qui ont parfois fait irruption dans des soul\u00e8vements. M\u00eame chose dans les cas de Ain Salah, en Alg\u00e9rie o\u00f9 les gens se sont soulev\u00e9s massivement en 2015 contre les plans de fracturation hydraulique de \u00a0leurs terres et de pollution de leurs eaux\u00a0; de l&rsquo;\u00e9mergence du mouvement de ch\u00f4meurs en 2013 \u00e0 Ouragla, pr\u00e8s de la riche ville p\u00e9troli\u00e8re \u00a0de Hassi Messaoud\u00a0; du soul\u00e8vement de 2008 du bassin minier de Gafsa, en Tunisie\u00a0 (qui a d\u00fb affronter une r\u00e9pression sanglante de la part du r\u00e9gime de Ben Ali); \u00a0et \u00a0de la lutte toujours en cours de la communaut\u00e9 d\u2019Imider au Maroc contre le Holding royal de la mine d&rsquo;argent qui s\u2019approprie leurs ressources naturelles (y compris l\u2019eau) \u00a0et appauvrit la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La gestion n\u00e9olib\u00e9rale de l&rsquo;environnement au Maghreb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Face \u00e0 toutes ces injustices et destructions, la question qu&rsquo;il faut se poser est: qui est en train de formuler un discours \u00e9cologique et une r\u00e9ponse a la crise climatique au Maghreb?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Des institutions comme la Banque mondiale, la GIZ allemande et les agences de l&rsquo;Union europ\u00e9enne sont omnipr\u00e9sentes, elles organisent des \u00e9v\u00e9nements, publient des rapports dans les trois pays, on les entend partout. Ils soulignent \u00a0certains des dangers d&rsquo;un monde plus chaud, plaident pour des actions urgentes, \u00a0pour davantage d&rsquo;\u00e9nergie renouvelable et plans d&rsquo;adaptation. Compte tenu du manque d\u2019alternatives, elles semblent avoir des positions relativement radicales par rapport \u00e0 la position des gouvernements locaux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cependant, ces institutions sont politiquement align\u00e9es sur ceux qui ont le pouvoir. Aussi leurs analyses du changement climatique et de la crise \u00e9cologique n\u2019int\u00e8grent-elles pas les questions de classe, de justice, de pouvoir ou l&rsquo;histoire coloniale. Il n&rsquo;y a aucune r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la responsabilit\u00e9 historique de l&rsquo;Occident industrialis\u00e9 dans le changement climatique, aux crimes de compagnies p\u00e9troli\u00e8res comme BP et Shell, ou \u00e0 la dette climatique envers le Sud.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La vision d&rsquo;avenir propos\u00e9e par ces institutions s\u2019inscrit dans des \u00e9conomies domin\u00e9es par le profit priv\u00e9 et des privatisations suppl\u00e9mentaires de l&rsquo;eau, de la terre et m\u00eame de l&rsquo;atmosph\u00e8re . Le dernier \u00e9pisode en date de cette aventure est ce qu&rsquo;on appelle les partenariats public-priv\u00e9 (PPP) qui sont promus dans tous les secteurs, y compris le plan d&rsquo;\u00e9nergie renouvelable marocain. Ces privatisations qui apparaissent sous la rubrique du \u00abcapitalisme vert\u00bb sont \u00e9galement observ\u00e9es dans le mod\u00e8le agricole de ces pays, en particulier du Maroc o\u00f9 domine l&rsquo;agro-industrie pour\u00a0 l&rsquo;exportation, grande utilisatrice d\u2019eau.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ces institutions h\u00e9g\u00e9moniques ont les ressources financi\u00e8res et humaines leur permettant de modeler et \u00a0coopter les soci\u00e9t\u00e9s civiles locales qu\u2019elles financent et aident pour la cr\u00e9ation de nombreuses organisations environnementales. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9 de voir le grand nombre de ces associations et organisations qui pr\u00e9tendent travailler sur les questions environnementales en Tunisie et au Maroc. A ma connaissance, la plupart d&rsquo;entre elles sont \u00a0\u00ab\u00a0apolitiques\u00a0\u00bb\u00a0 et recherchent activement et de fa\u00e7on souvent opportuniste des fonds \u00e9trangers et de l\u2019Union europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne qui a parfois \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 \u00abONGisation du monde\u00a0\u00bb et qui est cens\u00e9 \u00abrenforcer la soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb ,contribue \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;un secteur de la soci\u00e9t\u00e9 civile artificiel et non-ind\u00e9pendant qui sert \u00e0 approfondir la marchandisation et la privatisation du social. A titre d\u2019exemple, il est important de mentionner ici l&rsquo;\u00e9mergence de certaines mafias environnementales o\u00f9 certaines organisations pr\u00e9tendument vertes li\u00e9es au secteur immobilier qui font campagne pour la fermeture de l&rsquo;usine de produits chimiques de Sfax, en Tunisie, de fa\u00e7on \u00e0 pouvoir utiliser les terrains pour leur plus grand b\u00e9n\u00e9fice.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\u00e9coloniser les concepts de justice: peuvent-ils s\u2019appliquer au Maghreb?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je voudrais maintenant parler un peu de la partie d\u00e9coloniale de mon travail qui a \u00e9t\u00e9 une tentative de d\u00e9construire certains concepts que j&rsquo;ai utilis\u00e9s. Les conversations que j\u2019ai eues avec les gens au Maghreb m\u2019ont amen\u00e9 \u00e0 penser que \u00a0le concept de \u00abjustice climatique\u00bb leur est \u00e9tranger et inintelligible. Il ne s\u2019agit pas d&rsquo;une lacune des \u00ab\u00a0Orientaux\u00a0\u00bb mais ce concept est \u00e9tranger et n&rsquo;a pas de racines (du moins pas encore) dans la r\u00e9gion. La traduction en arabe fait vraiment bizarre et n\u2019\u00e9voque rien pour les habitants. M\u00eame le concept de \u00abjustice environnementale\u00bb est peu utilis\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les ONG occidentales \u00a0utilisent ces concepts et d&rsquo;autres comme: la justice \u00e9nerg\u00e9tique et d\u00e9mocratique, la justice alimentaire ou commerciale. J&rsquo;ai m\u00eame entendu parler de justice cognitive, ce qui semble tr\u00e8s int\u00e9ressant. On peut comprendre que ces ONG viennent avec ces termes pour aborder certaines questions sous l&rsquo;angle \u00a0de la justice et de la d\u00e9mocratie dans le but d&rsquo;attirer un public, mais je pense qu&rsquo;il y a des risques \u00e0 suivre cette voie. Cette tendance \u00e0 fragmenter des notions telles que la justice et la d\u00e9mocratie pourrait donner l&rsquo;illusion que l&rsquo;on peut atteindre la justice (ou la d\u00e9mocratie) dans un domaine mais pas dans un autre sans remettre en question l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me capitaliste qui g\u00e9n\u00e8re ces injustices, li\u00e9es entre elles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, les militants, les intellectuels et les organisations du Maghreb travaillant sur les questions du changement climatique et de la d\u00e9gradation de l&rsquo;environnement n\u2019utilisent pas ces concepts. Et dans les rares cas o\u00f9 ils sont utilis\u00e9s, c\u2019est l&rsquo;exception plut\u00f4t que la r\u00e8gle. Dans certains cas, ils sont import\u00e9s d&rsquo;Europe sans r\u00e9flexion critique et d\u00e9finitions appropri\u00e9es. Il est certes toujours utile d&rsquo;interagir et d&rsquo;apprendre des mouvements d\u2019ailleurs, mais il est n\u00e9cessaire de toujours contextualiser les concepts et les discours et de regarder d\u2019o\u00f9 ils viennent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Avons-nous donc besoin d\u2019utiliser des termes tels que \u00abjustice climatique\u00bb pour parler de \u00a0politiques in\u00e9quitables de lutte contre les\u00a0 changements climatiques ou devons-nous repenser les concepts, leur donner un enracinement local et nous concentrer sur des questions sp\u00e9cifiques qui touchent directement les moyens de subsistance des Maghr\u00e9bins telles que la p\u00e9nurie d&rsquo;eau, la s\u00e9cheresse, la pollution industrielle et la souverainet\u00e9 sur les ressources? Je suis l\u2019un de ceux qui sont favorables \u00e0 ce dernier cas de figure.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il y a toujours un \u00e9l\u00e9ment environnemental dans les luttes sur lesquelles j\u2019ai enqu\u00eat\u00e9, mais cette dimension \u00e9tait secondaire par rapport \u00e0 des questions plus urgentes relevant des droits socio-\u00e9conomiques telles que: l&#8217;emploi, le d\u00e9veloppement de l&rsquo;infrastructure, la distribution de la richesse et une plus grande inclusion dans la prise de d\u00e9cision. Par cons\u00e9quent, les probl\u00e8mes environnementaux doivent \u00eatre analys\u00e9s de mani\u00e8re globale en tenant compte de la justice sociale, des droits et d\u2019une redistribution \u00e9quitable.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Conclusion<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Comment pouvons-nous, nous les Maghr\u00e9bins, planifier une transition juste vers des \u00e9nergies renouvelables et des moyens durables de production de notre nourriture et nos biens de consommation lorsque nos ressources naturelles sont pill\u00e9es par les multinationales et quand nos terres et notre eau sont aux mains de \u00a0l&rsquo;agro-business et d\u2019industries destructrices?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous devons lutter pour la souverainet\u00e9 et le contr\u00f4le d\u00e9mocratique sur les ressources naturelles et les syst\u00e8mes \u00e9nerg\u00e9tiques et alimentaires. Nous devons lutter contre l&rsquo;accaparement des terres et de l&rsquo;eau, lutter pour plus de transparence et contre la corruption dans les industries extractives.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Afin de concevoir et mettre en \u0153uvre une telle transition, nous avons besoin de sortir la nature des griffes des m\u00e9canismes du march\u00e9 et de recadrer le d\u00e9bat autour des questions de justice, de responsabilit\u00e9 et de biens communs hors de la logique du march\u00e9 qui compartimente, marchandise et privatise nos moyens de subsistance et notre nature.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Traduction\u00a0: Lucile Daumas<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Hamza Hamouchene et Mika Minio-Paluello. La prochaine r\u00e9volution en Afrique du Nord : la lutte pour la justice climatique 2015, Ed. Platform, Environmental Justice North Africa, Rosa Luxemburg et Ritimo (en arabe et en fran\u00e7ais).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> David Harvey, Br\u00e8ve histoire du n\u00e9olib\u00e9ralisme, Paris, Les Prairies Ordinaires, 2014<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\"><sup><sup>[3]<\/sup><\/sup><\/a> Samir Amin,\u00a0 Pour un monde multipolaire, Syllepse, 2005.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Alberto Accosta, L&rsquo;extractivisme et ses pathologies dans La prochaine r\u00e9volution en Afrique du Nord : la lutte pour la justice climatique 2015, Ed. Platform, Environmental Justice North Africa, Rosa Luxemburg et Ritimo (en <a href=\"https:\/\/ejnorthafrica.files.wordpress.com\/2015\/05\/final-pdf_next-na-revolution_climate-justice.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">arabe<\/a> et en <a href=\"https:\/\/ejnorthafrica.files.wordpress.com\/2015\/11\/justice_climatique_a5_final_singlepages.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">fran\u00e7ais<\/a>).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Que signifie de se battre pour la Justice climatique au Maghreb\u00a0? Hamza Hamouchene Manifestation \u00e0 Ain Salah, Alg\u00e9rie, en f\u00e9vrier 2015. Cr\u00e9dit photo\u00a0: Bboy Lee. &nbsp; Je vais commencer par dire que je ne crois pas \u00e0 la\u00a0 neutralit\u00e9 des discours. 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