{"id":433,"date":"2016-03-29T23:49:17","date_gmt":"2016-03-29T22:49:17","guid":{"rendered":"http:\/\/attacmaroc.org\/fr\/?p=433"},"modified":"2020-08-20T15:33:07","modified_gmt":"2020-08-20T14:33:07","slug":"la-centrale-solaire-de-ouarzazate-au-maroc-le-triomphe-du-capitalisme-vert-et-la-privatisation-de-la-nature","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/2016\/03\/29\/la-centrale-solaire-de-ouarzazate-au-maroc-le-triomphe-du-capitalisme-vert-et-la-privatisation-de-la-nature\/","title":{"rendered":"La centrale solaire de Ouarzazate au Maroc: le triomphe du capitalisme \u00ab vert \u00bb et la privatisation de la nature"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.jadaliyya.com\/pages\/index\/24124\/the-ouarzazate-solar-plant-in-morocco_triumphal-gr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">La centrale solaire de Ouarzazate au Maroc: le triomphe du capitalisme \u00ab\u00a0vert\u00a0\u00bb et la privatisation de la nature<\/a><br \/>\n23 mars\u00a0 2016<\/p>\n<p>par\u00a0 <a href=\"http:\/\/www.jadaliyya.com\/pages\/contributors\/116957\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Hamza Hamouchene<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/cv.png\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\" size-medium wp-image-434 aligncenter\" src=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/cv-300x212.png\" alt=\"cv\" width=\"300\" height=\"212\" data-wp-pid=\"434\" srcset=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/cv-300x212.png 300w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/cv.png 325w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>[Image r\u00e9alis\u00e9e par ordinateur montrant \u00e0 quoi va ressembler la centrale solaire NOOR. Image tir\u00e9e de MASEN\/Youtube]<\/strong>\/image-wrap<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Ouarzazate est une belle ville du Sud du Maroc, qui vaut la visite. C\u2019est une destination touristique importante et elle a \u00e9t\u00e9 surnomm\u00e9e la \u00ab\u00a0porte du d\u00e9sert\u00a0\u00bb. Elle est aussi un lieu pris\u00e9 pour les tournages cinematographiques, tels les films <em>Lawrence d\u2019Arabia<\/em>\u00a0(1962),\u00a0<em>La momie <\/em>(1999),\u00a0<em>Gladiateur<\/em>\u00a0(2000),\u00a0 <em>Le royaume des cieux<\/em>\u00a0(2005) et une partie de la s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e <em>Game of Thrones<\/em>. Ouarzazate a encore d\u2019autres choses \u00e0 offrir et son nom a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment associ\u00e9 au megaprojet solaire qui est suppos\u00e9 mettre fin \u00e0 la d\u00e9pendance du Maroc vis \u00e0 vis des importations d\u2019\u00e9nergie, de fournir de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 plus d\u2019un million de Marocains et mettre le pays sur une \u00ab\u00a0voie verte\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>A en croire le discours du \u00a0<em>makhzen<\/em> (terme qui renvoie au roi et \u00e0 l\u2019\u00e9lite qui l\u2019entoure), repris sans nuance ni reflexion critique par la plupart des media de la r\u00e9gion et du monde occidental, ce projet serait une excellente nouvelle et un grand pas vers la r\u00e9duction des \u00e9missions de carbone et la lutte contre le r\u00e9chauffement climatique. Il y a pourtant place pour un certain scepticime. Les annonces officielles d\u2019un accord \u00ab\u00a0historique\u00a0\u00bb lors de la COP 21 \u00e0 Paris sont un exemple de ce genre de propos trompeurs.<\/p>\n<p>Ma r\u00e9cente visite \u00e0 Ouarzazate m\u2019a vite pouss\u00e9 \u00e0 d\u00e9construire le discours dominant sur ce projet. Et en particulier d\u2019aller gratter sous la surface de termes tels que \u00ab\u00a0propret\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0excellence\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0r\u00e9duction des emissions de carbone\u00a0\u00bb afin d\u2019observer et d&rsquo;examiner la materialit\u00e9\u00a0 de l\u2019\u00e9nergie solaire. Le projet est \u00e9tudi\u00e9 ici sous l\u2019angle de la cr\u00e9ation d\u2019une nouvelle fili\u00e8re, dont les effets se r\u00e9v\u00e8lent peu diff\u00e9rents des activit\u00e9s mini\u00e8res d\u00e9pr\u00e9datrices existantes dans le Sud du Maroc. Comme l\u2019explique Timothy Mitchell, l\u2019analyse de mat\u00e9rialit\u00e9 d\u2019un tel projet peut aider \u00e0 identifier les dispositifs \u00e9conomiques et politiques que cette forme particuli\u00e8re d\u2019\u00e9nergie engendre ou entrave<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup><sup>[1]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>L\u2019an dernier, j\u2019ai \u00e9crit <a href=\"http:\/\/www.bastamag.net\/Desertec-vers-un-accaparement-des-sources-d-energie-renouvelable-en-Afrique-du\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">une note critique sur le projet solaire Desertec<\/a> et d\u00e9velopp\u00e9 des arguments sur les raisons de son \u00e9chec, montrant comment il \u00e9tait vici\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part. Une approche similaire est n\u00e9cessaire pour comprendre les implications politiques et socio-environnementales d\u2019un projet consid\u00e9r\u00e9 comme la plus grande centrale solaire du monde. La plupart des arguments d\u00e9velopp\u00e9s sur le projet Desertec sont toujours valables. Le propos ici n\u2019est pas d`\u00eatre s\u00e9v\u00e8re ou cynique par principe, mais de mettre l\u2019accent sur quelques questions et quelques points afin de contribuer \u00e0 donner une perspective diff\u00e9rente de celle donn\u00e9e actuellement par les media.<\/p>\n<p>Ce qui semble \u00eatre le point commun de tous les reportages et articles \u00e9crits sur la centrale solaire est l\u2019affirmation profond\u00e9ment erron\u00e9e que toute avanc\u00e9e vers une \u00e9nergie renouvelable doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme bienvenue. Et que toute diminution de l\u2019usage des combustibles fossiles, ind\u00e9pendamment de la fa\u00e7on dont elle est effectu\u00e9e, permettra d\u2019\u00e9viter la crise climatique. Il faut le dire clairement et d\u2019entr\u00e9e de jeu\u00a0: la crise climatique \u00e0 laquelle nous sommes confront\u00e9s n\u2019est pas attribuable aux combustibles fossiles en soi, mais plut\u00f4t \u00e0 leur utilisation non durable et nuisible pour alimenter la machine capitaliste. En d\u2019autres termes, c\u2019est le capitalisme qui est\u00a0 la cause et si nous voulons \u00eatre s\u00e9rieux dans notre lutte contre la crise climatique (qui n\u2019est que l\u2019un des aspects de la crise du capitalisme), nous ne pouvons pas \u00e9luder la question d\u2019un changement \u00a0radical dans nos fa\u00e7ons de produire et de distribuer les choses, ainsi que dans nos modes de consommation. Et nous ne pouvons pas ignorer les questions fondamentales de l\u2019\u00e9quit\u00e9 et de la justice. Il ressort de tout cela qu\u2019un simple passage de l\u2019\u00e9nergie fossile \u00e0 l\u2019\u00e9nergie renouvelable, tout en restant dans le cadre capitaliste de marchandisation et privatisation de la nature au profit de quelques uns, ne r\u00e9soudra pas le probl\u00e8me. De fait, si nous continuons dans la m\u00eame voie, nous finirons par exacerber les probl\u00e8mes ou en cr\u00e9er tout une s\u00e9rie d\u2019autres, autour des questions de propri\u00e9t\u00e9 de la terre et des ressources naturelles.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Accaparement vert et \u00e9conomie de la r\u00e9paration<\/strong><\/p>\n<p>Le fait que le projet d\u2019\u00e9nergie solaire concentr\u00e9e (ESC) de Ouarzazate implique l\u2019acquisition de 3000 hectares de terres collectives pour produire de l\u2019\u00e9nergie, dont une partie sera export\u00e9e vers l\u2019Europe, conduit directement \u00e0 la notion d\u2019accaparement vert (green grabbing) comme cadre d\u2019analyse<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup><sup>[2]<\/sup><\/sup><\/a> . L\u2019accaparement vert se d\u00e9finit comme l\u2019apropriation de la terre et des ressources \u00e0 des fins pr\u00e9tenduement environnementales. Il implique le tranfert de propri\u00e9t\u00e9, des droits d\u2019utilisation et du contr\u00f4le des ressources qui \u00e9taient auparavant de propri\u00e9t\u00e9 publique ou priv\u00e9e \u2013ou pour lesquelles la question de la propri\u00e9t\u00e9 ne se posait m\u00eame pas-\u00a0 \u00a0des pauvres ou de tous, pauvres inclus, aux mains des puissants. Cette question de l\u2019appropriation est au c\u0153ur des deux processus, qui sont li\u00e9s, de l\u2019accumulation et de la d\u00e9possession<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup><sup>[3]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment \u00ab\u00a0vert\u00a0\u00bb est devenu partie int\u00e9grante du business et de l\u2019\u00e9conomie de la croissance dominante. Cette mutation est en partie li\u00e9e au tournant n\u00e9olib\u00e9ral et \u00e0 la ne\u00f3lib\u00e9ralisation des espaces de gouvernance de l\u2019environnement ainsi qu\u2019\u00e0 la privatisation et la marchandisation de la nature<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup><sup>[4]<\/sup><\/sup><\/a>. L\u2019accaparement vert a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 le reflet de ce que Fairhead et al. ont appel\u00e9 l\u2019 \u00ab\u00a0\u00e9conomie de la r\u00e9paration\u00a0\u00bb. Le plan solaire marocain fait partie de cette \u00e9conomie qui \u00ab\u00a0a \u00e9t\u00e9 introduite subrepticement sous la rubrique \u00ab\u00a0durabilit\u00e9\u00a0\u00bb, mais dont la logique est claire\u00a0: les pratiques non durables <em>ici<\/em> peuvent \u00eatre r\u00e9par\u00e9es par des pratqiues durables <em>ailleurs, chac<\/em>une des natures \u00e9tant subordonn\u00e9e \u00e0 l\u2019autre\u00a0\u00bb. Cela appara\u00eet clairement dans les discours gouvernementaux visant \u00e0 promouvoir un programme vert mondial reposant sur l\u2019exploitation des ressources nationales. Mais ils s\u2019appuient aussi sur un autre discours environnemental qui qualifie les terres rurales du Sud de marginales et sous-utilis\u00e9es et par cons\u00e9quent disponibles pour l\u2019investissement dans l\u2019\u00e9nergie verte<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><sup><sup>[5]<\/sup><\/sup><\/a>. Cette cr\u00e9ation \u00e0 usage productiviste de la marginalit\u00e9 et de la d\u00e9gradation a une longue histoire qui remonte \u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale fran\u00e7aise. C\u2019est \u00e0 ce moment l\u00e0 que le discours sur la d\u00e9gradation a \u00e9t\u00e9 construit pour justifier tout \u00e0 la fois la d\u00e9possession pure et simple de la terre et la mise en place de dispositions institutionnelles sur la base du principe que l&rsquo;\u00e9levage extensif \u00e9tait au mieux improductif, et au pire destructeur<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><sup><sup>[6]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Ces discours continuent de fa\u00e7onner l&rsquo;\u00e9conomie politique des terres de parcours au Maroc. Ils contribuent aussi \u00e0 \u00e9liminer les propri\u00e9taires de petits troupeaux du secteur et \u00e0 permettre la concentration des richesses dans quelques mains, tandis que le march\u00e9 du b\u00e9tail se marchandise et que les s\u00e9cheresses deviennent chroniques.<\/p>\n<p>C\u2019est exactement ce qui s\u2019est pass\u00e9 sur le plateau choisi pour accueillir la centrale de Ouarzazate, que le cadre discursif a rendu \u00ab\u00a0marginal\u00a0\u00bb et ouvert \u00e0 de nouveaux usages du march\u00e9 \u00ab\u00a0vert\u00a0\u00bb\u00a0: production d\u2019\u00e9nergie solaire dans ce cas au d\u00e9triment d\u2019un autre usage de la terre -le pastoralisme- consid\u00e9r\u00e9 comme improductif par les d\u00e9cideurs. Cela s&rsquo;est traduit par une vente du terrain realis\u00e9e \u00e0 tr\u00e8s bas prix.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Les modalit\u00e9s de l\u2019accaparement des terres<\/em><\/p>\n<p>Il est important de commencer par un examen chronologique de l\u2019accaparement des terres et du dialogue communautaire<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\"><sup><sup>[7]<\/sup><\/sup><\/a>. L\u2019<em>Office<\/em> <em>\u00a0National de l&rsquo;Electricit\u00e9<\/em> (ONE) a d\u2019abord visit\u00e9 le site pr\u00e8s de Ouarzazate en 2007. Cela a abouti \u00e0 l\u2019annonce du plan solaire en 2009. Les repr\u00e9sentants des terres collectives, trois pour la communaut\u00e9 d\u2019A\u00eft Oukrour, ont donn\u00e9 leur accord formel pour la vente en janvier 2010. La vente a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e en octobre 2010, juste avant la visite royale un peu plus tard dans le mois pour donner le coup d\u2019envoi officiel du projet de Ouarzazate<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\"><sup><sup>[8]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Les habitants des communaut\u00e9s environnantes n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s du processus de s\u00e9lection du site et il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu dans les conditions de vente qu\u2019ils soient consult\u00e9s. Cela est d\u00fb \u00e0 l&rsquo;existence de diverses lois trompeuses d\u2019origine coloniale ayant servi \u00e0 concentrer la propri\u00e9t\u00e9 des terres collectives aux mains d&rsquo;un seul repr\u00e9sentant des terres, qui est en g\u00e9neral sous l&rsquo;influence de puissants notables r\u00e9gionaux. De ce fait, les citoyens ordinaires n\u2019\u00e9taient pas au courant de ce qui \u00e9tait en train de se passer lorsque le topographe est arriv\u00e9. C\u2019est pourquoi ils ont commenc\u00e9 \u00e0 poser des questions qui sont rest\u00e9es pour la plupart sans r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re r\u00e9union publique concernant l\u2019implantation de la centrale solaire a eu lieu en novembre 2010, un mois apr\u00e8s l\u2019annonce par le roi du projet de Ouarzazate. La r\u00e9union a consist\u00e9 en une pr\u00e9sentation formelle de l\u2019\u00e9tude d\u2019impact environnemental dans l\u2019h\u00f4tel 5 \u00e9toiles, le plus luxueux de Ouarzazate, devant un public constitu\u00e9 de fonctionnaires gouvernementaux, repr\u00e9sentants d\u2019ONGs, associations de d\u00e9veloppement villageoises et repr\u00e9sentants de la population locale. Les habitants eux-m\u00eames, en revanche, ont \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9s de faire entendre leurs points de vue. De telles r\u00e9unions, v\u00e9ritables mascarades de \u00ab\u00a0consultation populaire\u00a0\u00bb n\u2019ont servi qu\u2019\u00e0 informer les communaut\u00e9s locales d\u2019un fait accompli et non pas \u00e0 rechercher leur accord<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\"><sup><sup>[9]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Le prix de vente des terres collectives \u00e0 l\u2019Etat a \u00e9t\u00e9 d\u2019un dirham le m2 (environ 10 centimes d\u2019euros, partant du fait de la \u00ab\u00a0marginalit\u00e9\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0non-productivit\u00e9\u00a0\u00bb de ces terres). A titre de comparaison, le prix de vente ou de loyer des terres collectives \u00e0 Ouarzazate \u00e9tait \u00e0 ce moment-l\u00e0 de 10 \u00e0 12 dirhams le m2. Les gens n\u2019\u00e9taient pas contents de cette vente et pensaient que le prix \u00e9tait tr\u00e8s bas. L\u2019un d\u2019entre eux a fait remarquer que \u00ab\u00a0les gens du projet parlent de d\u00e9sert non utilis\u00e9, mais pour les gens d\u2019ici, ce n\u2019est pas un d\u00e9sert, ce sont des p\u00e2turages. C\u2019est leur territoire et leur avenir est dans cette terre. Si tu prends ma terre, tu prends mon oxyg\u00e8ne\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\"><sup><sup>[10]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>La terre avait pris de la valeur dans toute la r\u00e9gion, du fait de la sp\u00e9culation et d\u2019une demande croissante de terre pour l\u2019agrobusiness et\u00a0 les march\u00e9s commerciaux de b\u00e9tail. La terre, vendue pour \u00e0 peine un dirham marocain le m2 valait nettement plus. Et comme si les choses n\u2019allaient d\u00e9j\u00e0 pas assez mal, la population locale, dup\u00e9e, a \u00e9t\u00e9 suprise de d\u00e9couvrir que l\u2019argent de la vente ne leur serait pas remis mais serait d\u00e9pos\u00e9 dans un fond des tribus au Minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur. De surcro\u00eet, cet argent serait utilis\u00e9 pour financer des projets de d\u00e9veloppement pour toute la zone. Ils ont \u00a0donc d\u00e9couvert que la vente de leurs terres n\u2019\u00e9tait pas une vente du tout mais un simple transfert de fonds d\u2019un organisme gouvernemental \u00e0 un autre.<\/p>\n<p>Le <em>makhzen<\/em> non content d\u2019acqu\u00e9rir la terre au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019Etat marocain (les lignes de partage entre l\u2019Etat et les holdings de la famille royale sont souvent floues), l\u2019a de surcro\u00eet <a href=\"http:\/\/www.mem.gov.ma\/SiteAssets\/PdfDocumentation\/LoiMASEN.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">revendue \u00e0 l\u2019Agence marocaine pour l\u2019\u00e9nergie solaire (MASEN)<\/a>, soci\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e cr\u00e9\u00e9e avec des fonds publics en octobre 2010 dans le but sp\u00e9cifique de mener \u00e0 bien les programmes solaires marocains. Ce genre de privatisations dans le secteur de l\u2019\u00e9nergie renouvelable n\u2019est pas nouveau, puisqu\u2019en 2005, la soci\u00e9t\u00e9 royale NAREVA a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e pour prendre le monopole des march\u00e9s de l\u2019\u00e9nergie et du secteur environnemental et a fini par se tailler la part du lion dans la production d\u2019\u00e9nergie \u00e9olienne dans le pays<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\"><sup><sup>[11]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>En substance, la loi a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9e pour permettre la vente de la terre \u00e0 une entit\u00e9 priv\u00e9e par le biais d&rsquo;organismes d&rsquo;\u00c9tat. Par ce biais, le gouvernement a effectivement privatis\u00e9 et confisqu\u00e9 la souverainet\u00e9 populaire historique sur la terre et transform\u00e9 les gens en simples b\u00e9n\u00e9ficiaires du d\u00e9veloppement; d\u00e9veloppement qu\u2019ils sont litt\u00e9ralement en train de payer, si tant est\u00a0 qu&rsquo;il se concr\u00e9tise, bien s\u00fbr.<\/p>\n<p>Cette ali\u00e9nation syst\u00e9matique de terres en faveur\u00a0 de prestataires d\u00e9j\u00e0 en lice affichant leurs r\u00e9f\u00e9rences \u00ab\u00a0vertes\u00a0\u00bb refl\u00e8te comment le n\u00e9olib\u00e9ralisme restructure les interactions homme-nature et les relations socio-\u00e9conomiques agraires, les droits et l&rsquo;autorit\u00e9. Elle constitue \u00e9galement l\u2019un des aspect de \u00abl\u2019accumulation par d\u00e9possession\u00bb, qui consiste \u00e0 cl\u00f4turer les biens publics au profit d\u2019int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s \u00e0 but lucratif, ce qui entra\u00eene une plus grande injustice sociale<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\"><sup><sup>[12]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Cependant, la situation a soulev\u00e9 des contestations. Encourag\u00e9s par la dynamique du Mouvement du 20 F\u00e9vrier pour un changement radical qui a \u00e9merg\u00e9 en m\u00eame temps que les r\u00e9voltes arabes en 2011, les gens ont r\u00e9sist\u00e9 de diverses mani\u00e8res (plaintes, sit-in, lettres &#8230;). Ils se sont mobilis\u00e9s autour d\u2019anciennes dol\u00e9ances concernant la terre, l\u2019eau et leurs droits \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de projets \u00e9conomiquement rentables, comme le solaire et les mines qui pars\u00e8ment le sud du pays.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La privatisation de l\u2019\u00e9nergie solaire\u00a0: le r\u00f4le des Institutions financi\u00e8res internationales (IFIs)<\/strong><\/p>\n<p>Environ neuf milliards de dollars ont \u00e9t\u00e9 investis dans le complexe d&rsquo;\u00e9nergie solaire Noor \u00e0 Ouarzazate, une grande partie provenant de capitaux priv\u00e9s des institutions internationales telles que la Banque europ\u00e9enne d&rsquo;investissement, la Banque mondiale, la Banque africaine de d\u00e9veloppement, l&rsquo;Agence Fran\u00e7aise de D\u00e9veloppement, le groupe bancaire KfW, adoss\u00e9s \u00e0 des garanties publiques marocaines (au cas o\u00f9 MASEN ne pourrait pas rembourser).<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a l\u00e0 rien de suprenant\u00a0 en ce qui concerne l\u2019appui sans faille des institutions financi\u00e8res internationales (IFIs) \u00e0 ce projet au co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 et \u00e0 forte intensit\u00e9 de capital, car le Maroc se targue d&rsquo;avoir l\u2019une des \u00e9conomies les plus lib\u00e9ral(is\u00e9)es de la r\u00e9gion. Il est tr\u00e8s ouvert aux capitaux \u00e9trangers au d\u00e9triment des droits du travail, et tr\u00e8s avanc\u00e9 dans son ambition d&rsquo;\u00eatre pleinement int\u00e9gr\u00e9 dans le march\u00e9 mondial (en position de subordination, bien s\u00fbr). En fait, le Maroc a \u00e9t\u00e9 le premier pays nord-africain \u00e0 signer un programme d&rsquo;ajustement structurel (PAS) avec le Fonds mon\u00e9taire international (FMI) en 1983. Une abondante litt\u00e9rature a montr\u00e9 que \u00a0les PAS ont caus\u00e9 des ravages \u00e9conomiques et sociaux dans les pays du Sud.<\/p>\n<p>Les pr\u00eats mentionn\u00e9s ci-dessus sont partie int\u00e9grante de la strat\u00e9gie de la Banque mondiale et d&rsquo;autres institutions financi\u00e8res internationales pour le pays, o\u00f9 elles continuent de renforcer et justifier l&rsquo;orientation n\u00e9olib\u00e9rale et l&rsquo;approfondissement des politiques pro-march\u00e9. La Banque mondiale a un important programme de financement au Maroc qui couvre trois domaines sp\u00e9cifiques li\u00e9s au d\u00e9veloppement du capitalisme \u00abvert\u00bb au Maroc. Le premier de ces domaines est le soutien au Plan Maroc Vert 2008 (PMV) du gouvernement, qui d\u00e9finit le plan agricole du pays pour la p\u00e9riode 2008-2020. Le PMV vise \u00e0 quintupler la valeur des cultures orient\u00e9es vers l&rsquo;exportation et pr\u00e9voit l\u2019abandon des cultures c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res de base, la promotion de l&rsquo;investissement priv\u00e9 dans l&rsquo;agriculture et la lev\u00e9e des restrictions aux droits de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Le deuxi\u00e8me grand domaine de financement de la Banque mondiale au Maroc est \u00e0 l&rsquo;appui \u00e0 l&rsquo;Initiative nationale pour le d\u00e9veloppement humain (INDH) qui, selon certains militants et chercheurs marocains, a cr\u00e9\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 civile artificielle et non-ind\u00e9pendante qui contribue \u00e0 approfondir la marchandisation et la privatisation du social<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\"><sup><sup>[13]<\/sup><\/sup><\/a>. Le projet d&rsquo;\u00e9nergie solaire figure dans le troisi\u00e8me axe de la Banque mondiale, qui englobe une s\u00e9rie de nouvelles mesures et de pr\u00eats pour des projets sp\u00e9cifiques. Les niveaux de d\u00e9caissement de la Banque mondiale au Maroc ont atteint des niveaux record en 2011 et 2012, l\u2019accent \u00e9tant mis sur la promotion par ces pr\u00eats des partenariats public-priv\u00e9 (PPP) dans des secteurs cl\u00e9s.<\/p>\n<p>Comme cela a \u00e9t\u00e9 abondamment analys\u00e9, les PPP ne sont qu&rsquo;un euph\u00e9misme pour des privatisations pures et simples, tout en s\u2019appuyant sur des fonds et des garanties publics. Il s\u2019agit essentiellement de privatiser les profits et de nationaliser les pertes. Le complexe Noor-Ouarzazate est construit\u00a0 et sera exploit\u00e9, en tant que PPP avec un partenaire priv\u00e9, ACWA Power International, une soci\u00e9t\u00e9 saoudienne. Il est \u00e9trange que le mot \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb soit accol\u00e9 \u00e0 un tel partenariat alors que les autorit\u00e9s publiques n&rsquo;ont aucun contr\u00f4le ou ni aucune action dans le projet. C&rsquo;est une entreprise enti\u00e8rement priv\u00e9e tant au niveau de la propri\u00e9t\u00e9 que de la gestion, le makhzen transf\u00e8rant des fonds publics \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et donnant des garanties pour payer les pr\u00eats MASEN au cas o\u00f9 celui-ci ne pourrait pas payer, au risque d\u2019endetter davantage le pays et de le conduire \u00e0 la faillite.<\/p>\n<p>Le partenaire priv\u00e9 est responsable de la construction de l&rsquo;infrastructure, de la production d&rsquo;\u00e9nergie et de sa vente \u00e0 l&rsquo;Office National de l&rsquo;Electricit\u00e9 (ONE), ce dernier s\u2019engageant \u00e0 acheter l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 pour une p\u00e9riode de vingt \u00e0 trente ans. Les PPP ont \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement co\u00fbteux pour les Marocains, y compris dans le secteur de l&rsquo;\u00e9nergie, o\u00f9 les entreprises priv\u00e9es (produisant plus de cinquante pour cent de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 du pays) ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de g\u00e9n\u00e9reux contrats avec l\u2019ONE <a href=\"http:\/\/www.ritimo.org\/Projets-de-developpement-durable-au-Maroc-Proteger-l-environnement-ou-proteger\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">depuis les ann\u00e9es 1990<\/a>. Le m\u00e9contentement populaire vis-\u00e0-vis de ces entreprises et ces partenariats a refait surface r\u00e9cemment. En octobre 2015, par exemple, d&rsquo;\u00e9normes mobilisations ont eu lieu\u00a0 contre la soci\u00e9t\u00e9 Amendis dans le Nord du Maroc contre les factures \u00e9lev\u00e9es de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9. Il ne semble pas que la production de l&rsquo;\u00e9nergie solaire aille dans un autre sens\u00a0: elle sera contr\u00f4l\u00e9e par des multinationales uniquement int\u00e9ress\u00e9es \u00e0 faire d&rsquo;\u00e9normes profits au d\u00e9triment de la souverainet\u00e9 et d\u2019une vie d\u00e9cente pour les Marocains.<\/p>\n<p>.<\/p>\n<p><strong>Dettes et financiarisation de la Nature<\/strong><\/p>\n<p>Le co\u00fbt de la production d&rsquo;\u00e9nergie avec la technologie du Solaire thermique \u00e0 concentration (CSP selon son abr\u00e9viation en anglais) est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. Il est de 1,62 dirhams par kWh (kilowatt-heure), contre environ 0,8 dirham pour le photovolta\u00efque (PV). La MASEN ach\u00e8tera l&rsquo;\u00e9nergie du consortium ACWA au prix fix\u00e9 de 1,62 dirhams marocains et le revendra au prix inf\u00e9rieur de la grille de tarification \u00e0 l\u2019ONE, fonctionnant donc \u00e0 perte. <u><a href=\"http:\/\/www.economie-entreprises.com\/mustapha-bakkourypresident-du-directoire-de-masen\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Selon le pr\u00e9sident de la MASEN, Mustapha Bakkoury<\/a> <\/u>(\u00e9galement ancien secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;un des partis politiques les plus royalistes le Parti authenticit\u00e9 et modernit\u00e9, PAM), l\u2019Agence sera \u00e0 perte pendant les dix prochaines ann\u00e9es au moins jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;\u00e9cart entre le prix d&rsquo;achat et le prix de vente disparaisse en raison de l&rsquo;inflation (noter que ceci est seulement une sp\u00e9culation). Pour couvrir cette perte pour les cinq prochaines ann\u00e9es, elle a obtenu un pr\u00eat de la Banque mondiale de 200 millions de dollars, renfor\u00e7ant donc la d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis des pr\u00eats multilat\u00e9raux et de l&rsquo;aide \u00e9trang\u00e8re. Plusieurs articles ont signal\u00e9 l&rsquo;existence de certaines subventions \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie non divulgu\u00e9es par le Roi Mohammed VI, afin d&rsquo;\u00e9viter que le co\u00fbt soit transf\u00e9r\u00e9 aux consommateurs d&rsquo;\u00e9nergie. <a href=\"http:\/\/www.worldbank.org\/en\/news\/feature\/2015\/11\/20\/morocco-to-make-history-with-first-of-its-kind-solar-plant\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Un article de la Banque mondiale<\/a> a estim\u00e9 ces subventions \u00e0 31 millions de dollars par an. Mais il y a une certaine ambigu\u00eft\u00e9 quant \u00e0 la raison pour laquelle ces fonds sont n\u00e9cessaires si l&rsquo;ONE ach\u00e8te \u00e0 la MASEN au prix de la grille de tarification.<\/p>\n<p>La monarchie marocaine a con\u00e7u son plan d&rsquo;\u00e9nergie renouvelable non seulement comme une initiative de d\u00e9veloppement \u00e9conomique, mais aussi comme une politique <a href=\"http:\/\/www.mem.gov.ma\/SiteAssets\/PdfDocumentation\/LoiMASEN.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">potentiellement orient\u00e9e vers l&rsquo;exportation<\/a> ce qui lib\u00e9ralisera davantage son \u00e9conomie. Elle en attend aussi un rapprochement du pays avec l&rsquo;Union europ\u00e9enne (UE) en aidant \u00e0 augmenter le pourcentage des \u00e9nergies renouvelables dans le panier \u00e9nerg\u00e9tique de l&rsquo;UE. Ce n\u2019est pas par hasard que \u00ab\u00a0le gouvernement marocain a con\u00e7u une nouvelle strat\u00e9gie \u00e9nerg\u00e9tique en 2009 essentiellement align\u00e9e sur la trilogie \u00e9nerg\u00e9tique de l&rsquo;Union europ\u00e9enne, \u00e0 savoir la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, la comp\u00e9titivit\u00e9 et la durabilit\u00e9 environnementale\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\"><sup><sup>[14]<\/sup><\/sup><\/a>. Le Maroc a adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 un certain nombre d&rsquo;institutions et de programmes d&rsquo;\u00e9nergies renouvelables mondiaux et r\u00e9gionaux, parmi lesquels l&rsquo;Agence internationale de l&rsquo;\u00e9nergie renouvelable et le plan solaire pour la M\u00e9diterran\u00e9e. Il a \u00e9galement fait part de son int\u00e9r\u00eat \u00e0 se joindre au projet Desertec de la r\u00e9gion MENA, et enregistr\u00e9 son projet d&rsquo;\u00e9nergie renouvelable dans le cadre du <a href=\"https:\/\/cdm.unfccc.int\/Projects\/DB\/DNV-CUK1355978226.77\/view\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">M\u00e9canisme pour un d\u00e9veloppement propre (MDP)<\/a> de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Le MDP fait partie de ce que l&rsquo;on appelle le commerce du carbone et est l&rsquo;une des fausses solutions propos\u00e9es pour lutter contre le changement climatique. Les MDPs ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s pour permettre aux pays plus riches class\u00e9s comme \u00abindustrialis\u00e9s\u00bb de participer \u00e0 des initiatives de r\u00e9ductions d&rsquo;\u00e9missions \u00a0dans les pays \u00e0 bas revenus ou \u00e0 revenus interm\u00e9diaires, ce qui est\u00a0 <a href=\"http:\/\/www.ritimo.org\/La-mascarade-du-commerce-de-carbone-pourquoi-les-echanges-de-carbone-ne\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">un moyen d\u2019\u00e9viter des r\u00e9ductions directes d&rsquo;\u00e9missions<\/a>. Ce m\u00e9canisme, ainsi que d&rsquo;autres tels que la REDD (r\u00e9duction des \u00e9missions r\u00e9sultant du d\u00e9boisement et de la d\u00e9gradation des for\u00eats dans les pays en d\u00e9veloppement) et diff\u00e9rents m\u00e9canismes compensatoires participent \u00e0 donner un prix \u00e0 la nature, \u00e0 la marchandiser sous le label de \u00abcapitalisme vert\u00bb. McAfee a d\u00e9crit ce processus comme une tentative de vendre la nature afin de le sauver<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\"><sup><sup>[15]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Actuellement, on ne sait pas combien le projet va rapporter en termes de MDP, mais il faut faire attention \u00e0 la fa\u00e7on dont ce commerce \u00abvert\u00bb repose sur et reproduit la notion \u00e9conomique classique des co\u00fbts d&rsquo;opportunit\u00e9 diff\u00e9rentiels. En d&rsquo;autres termes, les contributions \u00e0 l&rsquo;am\u00e9lioration de l&rsquo;environnement mondial devraient \u00eatre recherch\u00e9es lorsque cela revient moins cher. Pourtant, comme McAfee le souligne, cela d\u00e9pend essentiellement des in\u00e9galit\u00e9s entre les propri\u00e9taires terriens les plus pauvres et les plus riches, entre les zones urbaines et rurales et entre le Sud et le Nord. Cette dependance\u00a0 renforce les in\u00e9galit\u00e9s en fin du compte.<\/p>\n<p>L&rsquo;id\u00e9e que le Maroc emprunte des milliards de dollars pour produire de l&rsquo;\u00e9nergie, dont une part sera export\u00e9e vers l&rsquo;Europe alors que la viabilit\u00e9 \u00e9conomique de l&rsquo;initiative est \u00e0 peine assur\u00e9e, soul\u00e8ve des questions sur l\u2019externalisation des risques de la strat\u00e9gie europ\u00e9ene de l&rsquo;\u00e9nergie renouvelable vers le Maroc et d&rsquo;autres \u00e9conomies en difficult\u00e9 de la r\u00e9gion. Cela revient \u00e0 ignorer ce que l\u2019on appelle la \u00abdette climatique\u00bb ou la \u00abdette \u00e9cologique\u00bb qui est due par les pays industrialis\u00e9s du Nord aux pays du Sud de la plan\u00e8te, compte tenu de la responsabilit\u00e9 historique de l&rsquo;Occident dans le changement climatique. Au lieu de cela, la dette n\u2019est consid\u00e9r\u00e9e comme l\u00e9gitime que dans l&rsquo;autre sens et joue un r\u00f4le de contr\u00f4le imp\u00e9rialiste et desubordination. Comme le fait remarquer David Harvey, des d\u00e9cennies de pr\u00eats faciles et d\u2019accroissement de l&rsquo;endettement sont souvent rapidement suivies par une \u00e9conomie politique de d\u00e9possession.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Le projet est-il v\u00e9ritablement vert? La question de l\u2019eau<\/em><\/p>\n<p>La technologie choisie pour la centrale solaire de Ouarzazate est l&rsquo;\u00e9nergie solaire thermique \u00e0 concentration (ESC) avec des collecteurs cylindro-paraboliques. Cette technologie concentre le rayonnement dans des miroirs et sur un point focal o\u00f9 un liquide visqueux est chauff\u00e9. La chaleur collect\u00e9e produit de la vapeur, qui est ensuite convertie en \u00e9lectricit\u00e9 par un g\u00e9n\u00e9rateur \u00e0 turbine.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude d\u2019impact social et environnemental realis\u00e9e par la MASEN en 2011 concluait que la technologie ESC avec collecteurs cyindro-paraboliques \u00e9tait celle qui avait le plus d\u2019impact sociaux et environnementaux sur les r\u00e9gions \u00e9tudi\u00e9es. Il semblerait que la capacit\u00e9 de stockage thermique de cette option a prim\u00e9 sur toutes autres consid\u00e9rations relatives \u00e0 cette technologie. Cette capacit\u00e9 permet la meilleure adaptation de la production d&rsquo;\u00e9nergie aux pics de demande, \u00e0 savoir la fin de l&rsquo;apr\u00e8s-midi. <a href=\"http:\/\/www.masen.org.ma\/upload\/environnement\/doc1.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le concept est simple<\/a> : on utilise l&rsquo;\u00e9nergie pour chauffer un produit (par exemple des sels fondus) pendant la journ\u00e9e, et ensuite on r\u00e9cup\u00e8re l&rsquo;\u00e9nergie thermique pour continuer \u00e0 faire fonctionner les g\u00e9n\u00e9rateurs apr\u00e8s le coucher du soleil.<\/p>\n<p>Le plus gros probl\u00e8me pos\u00e9 par cette technologie est l&rsquo;utilisation extensive de l&rsquo;eau lors de la phase de refroidissement par voie humide. Contrairement \u00e0 la technologie photovolta\u00efque (PV), l\u2019ESC a besoin de refroidissement. Cela se fait soit par condenseurs refroidis par l\u2019air (refroidissement \u00e0 sec) ou par une consommation \u00e9lev\u00e9e d&rsquo;eau (refroidissement par voie humide). La phase I du projet utilisera l&rsquo;option humide de refroidissement et la consommation d\u2019eau est estim\u00e9e \u00e0 deux \u00e0 trois millions de m\u00e8tres cubes d&rsquo;eau par an<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\"><sup><sup>[16]<\/sup><\/sup><\/a>. La consommation d&rsquo;eau sera bien moindre avec le refroidissement \u00e0 sec (pr\u00e9vu pour la phase II): entre 0,73 et 0,88 millions de m\u00e8tres cubes. Les technologies photovolta\u00efques n\u2019ont besoin d&rsquo;eau que pour le nettoyage des panneaux solaires. Ils consomment environ 200 fois moins d&rsquo;eau que la technologie ESC avec refroidissement par voie humide et quarante fois moins d&rsquo;eau que ESC avec refroidissement \u00e0 sec.<\/p>\n<p>On ne peut que remettre en question la rationalit\u00e9 d&rsquo;un tel choix dans une r\u00e9gion semi-aride comme le Maroc qui souffre de stress hydrique aigu et dont les <a href=\"http:\/\/www.wri.org\/sites\/default\/files\/aqueduct-water-stress-country-rankings-technical-note.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ressources en eau pourraient se tarir en 2040<\/a>. Compte tenu de cette situation, qui est exacerb\u00e9e par la grave s\u00e9cheresse qui s\u00e9vit actuellement (qui sera combattue par <a href=\"http:\/\/www.huffpostmaghreb.com\/2016\/02\/01\/ce-que-gouvernement-prevoit-lutte-contre-secheresse_n_9130634.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">un plan gouvernemental de relance massif et on\u00e9reux<\/a>), la question qui doit \u00eatre pos\u00e9e est : o\u00f9 va-t-on trouver l&rsquo;eau et cette utilisation de l&rsquo;eau est-elle soutenable \u00a0\u00e0 moyen et long terme? La r\u00e9ponse est que la centrale utilise d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;eau d&rsquo;un barrage situ\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9, appel\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.masen.org.ma\/upload\/environnement\/Masen_OZZ_WaterESIA_ESMP.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Al Mansour Eddahbi<\/a>. Selon les autorit\u00e9s, moins d&rsquo;un pour cent de la capacit\u00e9 moyenne du barrage sera utilis\u00e9e.<\/p>\n<p>Les apports d&rsquo;eau au barrage varient entre 54 et 1300 millions de m\u00e8tres cubes, avec une moyenne de 384 millions de m\u00e8tres cubes (sur la base des vingt-cinq derni\u00e8res ann\u00e9es). Cette eau est habituellement utilis\u00e9e pour l&rsquo;irrigation, \u00e0 raison de 180 millions de m\u00e8tres cubes par an, l&rsquo;eau potable \u00e0 raison de quatre millions de m\u00e8tres cubes par an, tandis que l&rsquo;\u00e9vaporation consomme une soixantaine de millions de m\u00e8tres cubes par an.<\/p>\n<p>M\u00eame si l&rsquo;installation solaire n\u2019utilise qu\u2019un pour cent de la capacit\u00e9 moyenne du barrage, la consommation d&rsquo;eau reste importante et peut devenir un probl\u00e8me \u00e9pineux en p\u00e9riode de s\u00e9cheresse extr\u00eame lorsque le barrage ne contient que 54 millions de m\u00e8tres cube d\u2019eau. Dans ces moments, les eaux du barrage ne sont pas suffisantes pour couvrir les besoins de l&rsquo;irrigation et en eau potable, ce qui rend l&rsquo;utilisation de l&rsquo;eau pour la centrale solaire largement probl\u00e9matique et controvers\u00e9e. Ce probl\u00e8me est encore plus important si l\u2019on prend en compte les besoins en eau de la ville de Ouarzazate, qui atteindront 840 millions de m\u00e8tres cubes d&rsquo;ici 2020, dont <a href=\"http:\/\/www.masen.org.ma\/upload\/environnement\/Masen_OZZ_WaterESIA_ESMP.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">808 seront allou\u00e9s \u00e0 l&rsquo;agriculture et trente-deux \u00e0 la fourniture d\u2019eau potable<\/a>.<\/p>\n<p>Au cours de l&rsquo;enqu\u00eate sur cette question de l&rsquo;eau, nous n\u2019avons trouv\u00e9 aucun document mentionnant la vente ou l\u2019achat d&rsquo;eau par la MASEN. De toutes fa\u00e7ons, dans une r\u00e9gion aride comme celle de Ouarzazate, cette appropriation de l&rsquo;eau pour un programme pr\u00e9tendument vert constitue un autre accaparement \u00ab\u00a0vert\u00a0\u00bb, qui va contribuer \u00e0 l\u2019intensification des dynamiques agraires en cours et\u00a0 des luttes pour la subsistance dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p><em>Les Contradictions du mod\u00e8le de d\u00e9veloppement \u00ab\u00a0durable\u00a0\u00bb au Maroc<\/em><\/p>\n<p>Le Maroc va accueillir les n\u00e9gociations sur le climat (COP22) au mois de novembre de cette ann\u00e9e et sa r\u00e9putation internationale repose sur son plan d&rsquo;\u00e9nergie renouvelable. A cet effet, le complexe solaire de Ouarzazate sera utilis\u00e9 comme un projet phare pour embellir la fa\u00e7ade \u00abverte\u00bb du makhzen et am\u00e9liorer sa r\u00e9putation internationale afin d\u2019en tirer des retomb\u00e9es politiques et strat\u00e9giques au d\u00e9triment d\u2019un changement d\u00e9mocratique radical.<\/p>\n<p>Cependant, gratter l\u00e9g\u00e8rement sous la surface nous permet de voir ce qu\u2019il y a derri\u00e8re ce discours trompeur. Si l&rsquo;Etat marocain \u00e9tait vraiment s\u00e9rieux au sujet de ses qualit\u00e9s \u00e9cologiques, pourquoi est-il en train de construire une centrale \u00e9lectrique au charbon, ce qui repr\u00e9sente <a href=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/2015\/10\/18\/la-station-thermique-a-safi-un-ecocide-en-preparation\/\">un \u00e9cocide attendu pour la ville d\u00e9j\u00e0 pollu\u00e9e de Safi<\/a> ? Pourquoi ignore-t-il \u00e9galement les effets d\u00e9vastateurs, environnementaux et sociaux de l&rsquo;industrie mini\u00e8re dans le pays ? Un exemple notable est celui de la <a href=\"http:\/\/imider96.org\/imider-messages-2016\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">longue lutte de la communaut\u00e9 d\u2019Imider<\/a> (\u00e0 140 kilom\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;est de Ouarzazate) contre une\u00a0 mine d\u2019argent, fleuron du holding royal \u00a0SNI (la mine d&rsquo;argent la plus productive d&rsquo;Afrique), qui pollue son environnement, accapare son eau et pille ses richesses.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;attrait du m\u00e9ga-projet solaire, il incombe \u00e0 la gauche radicale et au mouvement environnementaliste pour la justice climatique de d\u00e9velopper une approche critique de la propagande du makhzen et du discours international dominant autour de la gouvernance environnementale auquel elle est li\u00e9e. Les militants doivent se poser les questions pertinentes, qui permettent de \u00a0mettre l\u2019accent sur la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9nergie solaire: qui poss\u00e8de quoi? Qui fait quoi? Qui obtient quoi? Qui gagne et qui perd? Et quel\u00a0\u00a0 bien public collectif est desservi\u00a0? R\u00e9pondre \u00e0 ces questions dans une optique de justice distributive, tout en tenant compte de l\u2019h\u00e9ritage colonial et n\u00e9ocolonial et des questions de race, classe et genre, fera appara\u00eetre de nombreux parall\u00e8les entre la centrale solaire ESC et les industries extractives, qui sont plus \u00e9videmment destructrices. Comme ces industries, l\u2019occupation de l\u2019espace par la centrale solaire est probl\u00e9matique, car elle remet en cause la souverainet\u00e9 des populations sur leurs terres et les prive de leurs ressources dans le but de concentrer la valeur cr\u00e9\u00e9e aux mains des cercles pr\u00e9dateurs du makhzen et des entreprises priv\u00e9es, marocaines et non-marocaines.<\/p>\n<p>Si nous voulons concevoir et mettre en \u0153uvre des projets r\u00e9ellement verts et \u00e9quitables, nous devons arracher la nature des griffes des m\u00e9canismes du march\u00e9 et reformuler le d\u00e9bat autour des questions de justice, de reddition de comptes et de biens communs loin des logiques du march\u00e9 qui compatimentent, marchandisent et privatisent la nature et nos moyens de subsistence. Mais la question centrale, c\u2019est celle des formes d&rsquo;engagement local v\u00e9ritable et de consultations appropri\u00e9es o\u00f9 les communaut\u00e9s et les populations sont libres de donner ou de refuser leur consentement pr\u00e9alable et inform\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Bibliography<\/strong><\/p>\n<p>Banque Africaine de D\u00e9veloppement.\u00a02012 Rapport d&rsquo;Evaluation de Projet: Centrale Solaire d&rsquo;Ouarzazate-Phase I. Abidjan: Banque Africaine de D\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Beard. Jennifer.\u00a02013 Green Rentier State: A Case Study of the Renewable Energy Sector in Morocco. http:\/\/aladinrc.wrlc.org\/bitstream\/handle\/1961\/14957\/Beard,%20Jennifer%20-%20Spring%202013.pdf?sequence=1<\/p>\n<p>Castree. N.\u00a02008 Neoliberalising nature I and II: the logics of de- and re-regulation. Environment and Planning A, 40(1), 131\u201373.<\/p>\n<p>Davis, Diana K.\u00a02005 Indigenous Knowledge and the Desertification Debate: Problematising Expert Knowledge in North Africa. Geoforum 36:509-524.\u2028-2007 Resurrecting the Granary of Rome: Environmental History and French Colonial Expansion in North Africa. Athens: Ohio University Press.<\/p>\n<p>Fairhead, James, Melissa Leach, and Ian Scoones.\u00a02012 Green Grabbing: A New Appropriation of Nature? Journal of Peasant Studies 39(2):237-261.<\/p>\n<p>Hamouchene, Hamza et Minio-Paluello, Mika. La Prochaine revolution en Afrique du Nord: La lutte pour la Justice Climatique, Decembre 2015. http:\/\/ejnafrica.org\/2015\/11\/18\/livre-la-prochaine-revolution-en-afrique-du-nord-la-lutte-pour-la-justice-climatique\/<\/p>\n<p>Hanieh. Adam.\u00a02014 Shifting Priorities or Business as Usual? Continuity and Change in the post-2011: IMF and World Bank Engagement with Tunisia, Morocco and Egypt. Journal of Middle Eastern Studies, 42:1, 119-134.<\/p>\n<p>Harvey, David.\u00a02005 A Brief History of Neoliberalism. Oxford: Oxford University Press.<\/p>\n<p>Jawad. M.\u00a02012 Projets de d\u00e9veloppement durable au Maroc : Prot\u00e9ger l\u2019environnement ou prot\u00e9ger les profits ? \u00a0http:\/\/www.ritimo.org\/Projets-de-developpement-durable-au-Maroc-Proteger-l-environnement-ou-proteger<\/p>\n<p>Kouz, Khadija, Hine Cherkaoui Dekkaki, Sarah Cherel, Bertrand Maljournal, and Christine Leger.\u00a02011 Etude d\u2019Impact Environnementale et Sociale Cadre du Projet de Complexe Solaire d&rsquo;Ouarzazate. Rabat: MASEN.<\/p>\n<p>McAfee. K.\u00a01999 Selling nature to save it? Biodiversity and the rise of green developmentalism. Environment and Planning D: Society and Space 17(2), 133\u201354.\u2028-2011 Selling nature to finance development? The contradictory logic of \u00ab\u00a0global\u00a0\u00bb\u00a0environmental-services markets. Paper presented at the conference on \u00ab\u00a0Nature<sup>TM<\/sup> Inc? Questioning the Market Panacea in Environmental Policy and Conservation\u00a0\u00bb, Institute of Social Studies, The Hague, 30 June\u20132 July 2011.<\/p>\n<p>Mitchell, Timothy.\u00a02012 Carbon Democracy: Political Power in the Age of Oil. London: Verso.<\/p>\n<p>Moroccan Agency for Solar Energy (MASEN).\u00a02011 Plan d&rsquo;Acquisition de Terrain. Rabat: MASEN.\u2028-2014 Conduite d\u2019adduction d\u2019eau brute du barrage Mansour Eddahbi au r\u00e9servoir de stockage in site du complexe \u00e9nerg\u00e9tique solaire d\u2019Ouarzazate. Plan de Gestion Environnementale et Sociale (PGES).<\/p>\n<p>Nalepa, Rachel A., and Dana Marie Bauer.\u00a02012 Marginal Lands: The Role of Remote Sensing in Constructing Landscapes for Agrofuel Development. Journal of Peasant Studies 39(2):403-422.<\/p>\n<p>Rignall. Karen.\u00a02012 Theorizing Sovereighty in Empty Land: the Land Tenure Implications of Concentrated Solar Power in pre-Saharan Morocco. Land Deal Politics Initiative.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Mitchell, Timothy,<em> Carbon Democracy: Political Power in the Age of Oil,<\/em> London: Verso, 2012.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Rignall. Karen,<em>Theorizing Sovereighty in Empty Land: the Land Tenure Implications of Concentrated Solar Power in pre-Saharan Morocco<\/em>, Land Deal Politics Initiative, 2012.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Fairhead, James, Melissa Leach, and Ian Scoones, \u00ab\u00a0Green Grabbing: A New Appropriation of Nature?\u00a0\u00bb, <em>Journal of Peasant Studies<\/em> 39(2), 2013, pp. 237-261.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Castree. N., \u00ab\u00a0Neoliberalising nature I and II: the logics of de- and re-regulation\u00a0\u00bb. <em>Environment and Planning <\/em>A, 40(1), 2008, pp. 131\u201373.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Nalepa, Rachel A. et Dana Marie Bauer, \u00ab\u00a0Marginal Lands: The Role of Remote Sensing in Constructing Landscapes for Agrofuel Development\u00a0\u00bb, <em>Journal of Peasant Studies<\/em> 39(2), 2012, pp.403-422.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Voir Rigall, Karen, op.cit\u00a0 ainsi que l\u2019ouvrage de Diana Davis \u00ab\u00a0Resurrecting the Granary of Rome: Environmental History and French Colonial Expansion in North Africa\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\"><em><strong>[7]<\/strong><\/em><\/a><em> Voir d\u00e9tails dans Rignall, Karen, op. cit.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> <em>MASEN, 2011, pp. 18-20<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Voir <em>Rignall, Karen, op. cit.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> <em>Cit\u00e9 par Rignall, Karen, ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Jawad. M.\u00a0 Projets de d\u00e9veloppement durable au Maroc : prot\u00e9ger l\u2019environnement ou prot\u00e9ger les profits ?, 2015. http:\/\/www.ritimo.org\/Projets-de-developpement-durable-au-Maroc-Proteger-l-environnement-ou-proteger.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Fairhead et al., op. cit.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Hanieh. Adam.\u00a0\u00ab\u00a0Shifting Priorities or Business as Usual? Continuity and Change in the post-2011: IMF and World Bank Engagement with Tunisia, Morocco and Egypt\u00a0\u00bb, <em>Journal of Middle Eastern Studies, <\/em>42:1, 2014, pp. 119-134.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Beard. Jennifer,\u00a0 Green Rentier State: A Case Study of the Renewable Energy Sector in Morocco, 2013. http:\/\/aladinrc.wrlc.org\/bitstream\/handle\/1961\/14957\/Beard,%20Jennifer%20-%20Spring%202013.pdf?sequence=1<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> McAfee, K., \u00ab\u00a0Selling nature to save it? Biodiversity and the rise of green developmentalism\u00a0\u00bb <em>Environment and Planning,<\/em> <em>D: Society and Space<\/em> 17(2), 1999, pp. 133\u201354.\u2028-2011 Selling nature to finance development? The contradictory logic of \u00ab\u00a0global\u00a0\u00bb\u00a0environmental-services markets\u2026\u00bb,<em> Environmental Policy and Conservation,<\/em> Institute of Social Studies, The Hague, 30 June\u20132 July 2011.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Kouz, Khadija, et al. <em>Etude d\u2019Impact Environnementale et Sociale Cadre du Projet de Complexe Solaire d&rsquo;Ouarzazat<\/em>e. Rabat: MASEN, 2011.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La centrale solaire de Ouarzazate au Maroc: le triomphe du capitalisme \u00ab\u00a0vert\u00a0\u00bb et la privatisation de la nature 23 mars\u00a0 2016 par\u00a0 Hamza Hamouchene &nbsp; [Image r\u00e9alis\u00e9e par ordinateur montrant \u00e0 quoi va ressembler la centrale solaire NOOR. 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