{"id":420,"date":"2016-03-25T16:43:30","date_gmt":"2016-03-25T15:43:30","guid":{"rendered":"http:\/\/attacmaroc.org\/fr\/?p=420"},"modified":"2020-08-20T15:33:07","modified_gmt":"2020-08-20T14:33:07","slug":"pauvrete-en-afrique-les-non-dits-de-la-banque-mondiale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/2016\/03\/25\/pauvrete-en-afrique-les-non-dits-de-la-banque-mondiale\/","title":{"rendered":"Pauvret\u00e9 en Afrique, les non-dits de la Banque mondiale"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>Pauvret\u00e9 en Afrique, les non-dits de la Banque mondiale\u00a0 <\/strong><\/p>\n<p>SalaheddineLemaizi, membre d\u2019ATTAC CADTM Maroc et Comit\u00e9 des \u00e9tudes et de plaidoyer du CADTM Afrique.<\/p>\n<p>Un nouveau rapport de la Banque mondiale nous informe que\u00ab\u00a0le nombre d\u2019Africains vivant dans l\u2019extr\u00eame pauvret\u00e9 a consid\u00e9rablement augment\u00e9 depuis 1990\u00a0\u00bb, passant de 280 millions de personnes en 1990 vivant avec moins 1,25 $\/jour \u00e0 330 millions en 2012. Pour le porte drapeau de l\u2019id\u00e9ologie n\u00e9olib\u00e9rale dans les pays du Sud, cette \u00e9volution est due \u00e0 deux facteurs\u00a0: d\u00e9mographique et statistique.\u00ab\u00a0Des obstacles majeurs persistent, compte tenu de la croissance d\u00e9mographique rapide que conna\u00eet cette r\u00e9gion du monde\u00a0\u00bb, peut-on lire dans ce document.<\/p>\n<p>Les auteurs du rapport \u00ab\u00a0Povertyin a rising Africa\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> imputent cette progression \u00e9galement \u00e0 la faiblesse de l\u2019information statistique dans les pays de l\u2019Afrique subsaharienne. Soit. Sauf que la Banque mondiale omet de signaler un \u00ab\u00a0d\u00e9tail\u00a0\u00bb\u00a0: l\u2019augmentation du nombre de personnes vivant en situation d\u2019extr\u00eame pauvret\u00e9 et la persistance des fortes in\u00e9galit\u00e9s sur le continent sont les cons\u00e9quences directes des politiques de r\u00e9duction de la pauvret\u00e9 recommand\u00e9es par cette m\u00eame institution depuis les ann\u00e9es 90. Depuis la sortie officielle de l\u2019ajustement, ces choix n\u00e9olib\u00e9raux continuent d\u2019avoir des cons\u00e9quences dramatiques sur la vie des populations africaines.<\/p>\n<p><strong>\u00a0\u00ab\u00a0Merci\u00a0\u00bb la Banque mondiale\u00a0! <\/strong><\/p>\n<p>Certes, le pourcentage d\u2019Africains pauvres a chut\u00e9 de 56\u00a0% en 1990 \u00e0 43\u00a0% en 2012. Les taux d\u2019alphab\u00e9tisation chez les adultes ont gagn\u00e9 quatre points de pourcentage et les disparit\u00e9s entre les sexes ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9duites. L\u2019esp\u00e9rance de vie a augment\u00e9 de six ans, et la pr\u00e9valence de la malnutrition chronique chez les enfants de moins de cinq ans a baiss\u00e9 de six points de pourcentage, pour s\u2019\u00e9tablir \u00e0 39\u00a0%. Faut-il se priver de se r\u00e9jouir de ses am\u00e9liorations des conditions de vie de cette population\u00a0?<\/p>\n<p>Penser que la lutte contre la pauvret\u00e9 en Afrique gagne du terrain est un leurre. Le rythme de l\u2019\u00e9radication de la\u00a0 pauvret\u00e9 sur le continent et ses trois sous-r\u00e9gions demeure tr\u00e8s lent. L\u2019\u00e9chec des Objectifs du d\u00e9veloppement du mill\u00e9naire (OMD) s\u2019explique, en bonne partie, par la non-atteinte des objectifs fix\u00e9s en Afrique subsaharienne.<\/p>\n<p>Un rapport du PNUD, de la BAD, de la Commission \u00e9conomique pour l\u2019Afrique et de l\u2019Union africaine confirme ce constat\u00a0: \u00ab\u00a0Par rapport aux autres r\u00e9gions en d\u00e9veloppement, les progr\u00e8s d\u00e9ploy\u00e9s pour lutter contre la pauvret\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 lents dans toute l\u2019Afrique. En Afrique subsaharienne, les niveaux de pauvret\u00e9 ont baiss\u00e9, passant de 56,5 % en 1990 \u00e0 48,4 % en 2010, soit une r\u00e9duction de 8 %, qui reste tout de m\u00eame loin de la cible de 28,25 % fix\u00e9e pour 2015\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Comme l\u2019indique le graphique ci-dessous, tir\u00e9 du m\u00eame rapport.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/v1.png\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"  wp-image-422 aligncenter\" src=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/v1-300x167.png\" alt=\"v\" width=\"413\" height=\"230\" data-wp-pid=\"422\" srcset=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/v1-300x167.png 300w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/v1-768x428.png 768w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/v1-600x335.png 600w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/v1.png 864w\" sizes=\"(max-width: 413px) 100vw, 413px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Sans oublier que, comme nous l\u2019avons indiqu\u00e9 en introduction, le nombre brut d\u2019Africains pauvres continue \u00e0 augmenter de fa\u00e7on tr\u00e8s sensible.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Payer la dette ou \u00e9radiquer la pauvret\u00e9\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le soi-disantessor de l\u2019\u00e9conomie africaine n\u2019a rien chang\u00e9 dans la vie des populations africaines. \u00ab\u00a0La croissance n\u2019a pas suffi \u00e0 appuyer lesefforts de r\u00e9duction de la pauvret\u00e9. Tributaires desproduits primaires, de nombreux pays, notammenten Afrique subsaharienne, sont ainsi vuln\u00e9rables\u00e0 des chocs susceptibles d\u2019interrompreles progr\u00e8s en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement \u00bb, signale ce rapport.<\/p>\n<p>Pourtant, durant une d\u00e9cennie, la croissance \u00e9conomique a \u00e9t\u00e9 au rendez-vous (une \u00a0moyenne de 5% durant la d\u00e9cennie 2000). La hausse des cours mondiaux des mati\u00e8res premi\u00e8res a gonfl\u00e9 les performances \u00e9conomiques, sans se traduire par une am\u00e9lioration significative des conditions de vie. La part qui revient au capital au d\u00e9triment du travail n\u2019a fait qu\u2019augmenter. D\u2019ailleurs, le rapport de la BM cit\u00e9 ci-dessus n\u2019a pas manqu\u00e9 de le signaler. \u00ab\u00a0L\u2019on assiste \u00e0 une augmentation du nombre de personnes tr\u00e8s fortun\u00e9es\u00a0\u00bb, note l\u2019institution. Les milliardaires Dangote, Rupert,Wiese, Mohammed VI<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> ou Sawiris ont profit\u00e9 de cette croissance africaine pour gravir les \u00e9chelons du classementde Forbes<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, sept des dix pays les plus in\u00e9galitaires au monde sont situ\u00e9s en Afrique, et principalement en Afrique australe.La BM fait deux constats sous forme d\u2019aveu d\u2019\u00e9chec\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est dans les pays fragiles que la r\u00e9duction de la pauvret\u00e9 est la plus lente\u00a0\u00bb. Ensuite : \u00ab\u00a0les habitants des pays riches en ressources naturelles sont moins bien lotis sur le plan des indicateurs de bien-\u00eatre humain\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<p>Face \u00e0 ces constats, connus de longues dates, une question se pose\u00a0: Pourquoi la\u00a0 Banque mondiale qui m\u00e8ne des politiques de r\u00e9duction de la pauvret\u00e9 sur le continent depuis deux d\u00e9cennies \u00e9choue lamentablement\u00a0? Je rappelle que depuis la soit-disant sortie de l\u2019ajustement structurel, la BM \u0153uvre, selon son slogan, pour \u00ab\u00a0un monde sans pauvret\u00e9\u00a0\u00bb. Une des r\u00e9ponses possible \u00e0 cette question est que la nature des politiques \u00e9conomiques choisies soit \u00e0 l\u2019origine de cette situation. Des choix (plut\u00f4t des diktats) li\u00e9s directement \u00e0 un mode de financement du \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb qui fait de l\u2019endettement sa pierre angulaire.<\/p>\n<p>Sur cet aspect, la publication \u00ab\u00a0Les chiffres de la dette en 2015\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>\u00e9dit\u00e9 par notre r\u00e9seau, le Comit\u00e9 pour l\u2019annulation de la dette du tiers-monde,livre des donn\u00e9es omises par la Banque mondiale. Pour les pays d\u2019Afrique subsaharienne, les montants totaux de la dette externe ont \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9s par 165 fois entre 1970 et 2012, passant de 2 milliards de dollars \u00e0 331 Mds\u00a0$ \u00e0 2012. Au coursde cette p\u00e9riode, les trente pays ont rembours\u00e9 217 fois la quantit\u00e9 initiale due en1970.<\/p>\n<p>Comme le rappelle la charte politique du CADTM, \u00ab\u00a0dans la plupart des pays du Sud, le remboursement de la dette publique repr\u00e9sente chaque ann\u00e9e une somme sup\u00e9rieure aux d\u00e9penses d\u2019\u00e9ducation, de sant\u00e9, de d\u00e9veloppement rural et de cr\u00e9ation d\u2019emploi\u00a0\u00bb. Or la pauvret\u00e9 ne se mesure pas seulement en montant des revenus ou en quantit\u00e9 de calories consomm\u00e9es, elle se mesure aussi en acc\u00e8s aux services publics de base, eau et assainissment, \u00e9lectricit\u00e9, sant\u00e9, \u00e9ducation, transports, services aujourd\u2019hui sous-budg\u00e9tis\u00e9s et largement privatis\u00e9s.En donnant la priorit\u00e9 au remboursement de la dette et \u00e0 la \u00ab\u00a0croissance\u00a0\u00bb, la Banque mondiale et les dirigeants des pays africains tournent le dos \u00e0 tout objectif d\u2019\u00e9radication de la pauvret\u00e9 sur le continent. Les peuples r\u00e9sistent et militent pour d\u2019autres alternatives bas\u00e9 sur l\u2019annulation de la dette, la redistribution des richesses et l\u2019\u00e9galit\u00e9 sociale.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">S. Lemaizi<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> A lire\u00a0:Poverty in a rising Africa\u00a0, GroupeMondiale, https:\/\/openknowledge.worldbank.org\/handle\/10986\/22575<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a><em>Rapport OMD 2015 &#8211; \u00c9valuation des progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s en Afrique pour atteindre les OMD<\/em> r\u00e9alis\u00e9 par le PNUD, de la BAD, de la Commission \u00e9conomique pour l\u2019Afrique et de l\u2019Union africaine, \u00e0 lire sur\u00a0: http:\/\/www.uneca.org\/fr\/publications\/rapport-omd-2015-%C3%A9valuation-des-progr%C3%A8s-r%C3%A9alis%C3%A9s-en-afrique-pour-atteindre-les-omd<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Pour le cas du Maroc, lire \u00ab MarocAfric \u00bb ou l\u2019investissement marocain en Afrique subsaharienne http:\/\/cadtm.org\/MarocAfric-ou-l-investissement<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a>Africa\u2019s 50 Richest, Forbes, http:\/\/www.forbes.com\/africa-billionaires\/list\/#tab:overall<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Les chiffres de la dette 2015, par le CADTM, \u00e0 consulter sur http:\/\/cadtm.org\/Les-chiffres-de-la-dette-2015,271<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pauvret\u00e9 en Afrique, les non-dits de la Banque mondiale\u00a0 SalaheddineLemaizi, membre d\u2019ATTAC CADTM Maroc et Comit\u00e9 des \u00e9tudes et de plaidoyer du CADTM Afrique. 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