{"id":328,"date":"2015-11-24T01:52:11","date_gmt":"2015-11-24T00:52:11","guid":{"rendered":"http:\/\/attacmaroc.org\/fr\/?p=328"},"modified":"2020-08-20T15:33:24","modified_gmt":"2020-08-20T14:33:24","slug":"la-lutte-pour-la-survie-et-la-justice-climatique-en-afrique-du-nord","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/2015\/11\/24\/la-lutte-pour-la-survie-et-la-justice-climatique-en-afrique-du-nord\/","title":{"rendered":"La lutte pour la survie et la justice climatique en Afrique du Nord"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">La lutte pour la survie et la justice climatique en Afrique du Nord<br \/>\nPar Hamza Hamouchene et Mika Minio-Paluello<\/p>\n<p>Le changement climatique aura des effets d\u00e9vastateurs sur l\u2019Afrique du Nord. Il y aura des morts et des millions de personnes seront forc\u00e9es de migrer. Le d\u00e9sert ne cesse de s\u2019\u00e9tendre. Les r\u00e9coltes sont mauvaises et les p\u00eacheurs sont entrain de perdre leurs moyens de subsistance. Les pluies deviendront de plus en plus irr\u00e9guli\u00e8res, les ressources en eaux diminueront et les temp\u00eates seront plus violentes. Les \u00e9t\u00e9s seront tr\u00e8s chauds et les hivers tr\u00e8s froids. La s\u00e9cheresse contraint d\u00e9j\u00e0 les villageois \u00e0 abandonner leurs foyers et l\u2019\u00e9l\u00e9vation du niveau de la mer est en train de d\u00e9truire les terres fertiles. La chute de la production alimentaire et le tarissement des ressources en eau menaceront m\u00eame les m\u00e9gapoles comme le Caire, Casablanca et Alger. Les prochaines vingt ann\u00e9es vont transformer fondamentalement la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Ceci n\u2019est pas un fait naturel. Le changement climatique est une guerre de classe, une guerre \u00e9rig\u00e9e par les riches contre les classes ouvri\u00e8res, les petits paysans et les pauvres. Ces derniers portent le fardeau \u00e0 la place des privil\u00e9gi\u00e9s. La violence du changement climatique est caus\u00e9e par le choix de l\u2019exploitation continue des combustibles fossiles, une d\u00e9cision prise par les multinationales et les gouvernements occidentaux avec les \u00e9lites et militaires locaux. C\u2019est le r\u00e9sultat de plus d\u2019un si\u00e8cle de capitalisme et de colonialisme. Mais ces d\u00e9cisions sont constamment renouvel\u00e9es \u00e0 Bruxelles, Washington DC et Duba\u00ef et plus localement \u00e0 H\u00e9liopolis, Lazoghly et Kattameya, Ben Aknoun, Hydra et La Marsa.<\/p>\n<p>La survie des g\u00e9n\u00e9rations futures d\u00e9pendra de l\u2019abandon de l\u2019exploitation des combustibles fossiles et de l\u2019adaptation au climat qui est d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 en train de changer. Des milliards de dollars seront d\u00e9pens\u00e9s pour essayer de s\u2019adapter : trouver de nouvelles sources en eau, restructurer l\u2019agriculture et r\u00e9orienter la production vers de nouvelles cultures, construire des digues pour repousser les eaux sal\u00e9es et changer la forme et le style d\u2019urbanisme des villes. Mais, cette adaptation serait dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de quelle cat\u00e9gorie de population ? Les m\u00eames structures autoritaires des pouvoirs qui ont, en premier lieu, caus\u00e9 ces changements climatiques sont en train de pr\u00e9coniser une strat\u00e9gie pour assurer leur protection et faire davantage de profits. Les institutions n\u00e9olib\u00e9rales se prononcent clairement sur leur transition climatique tandis que la gauche et les mouvements d\u00e9mocratiques restent pour la plus part muets sur ce sujet. La question qui se pose : quelles seront les communaut\u00e9s exclues des cercles ferm\u00e9s et bien prot\u00e9g\u00e9s de ces changements climatiques durs et p\u00e9nibles?<\/p>\n<p>Comment le changement climatique transformera-t-il l\u2019Afrique du Nord ?<\/p>\n<p>Le changement climatique provoqu\u00e9 par l\u2019\u00eatre humain est d\u00e9j\u00e0 bien une r\u00e9alit\u00e9 en Afrique du Nord. Cette r\u00e9alit\u00e9 est en train de saper et d\u2019affaiblir les bases socio-\u00e9conomiques et \u00e9cologiques de la vie dans la r\u00e9gion et finira par imposer un changement des syst\u00e8mes politiques.<\/p>\n<p>Les r\u00e9centes s\u00e9cheresses prolong\u00e9es en Alg\u00e9rie et en Syrie ont constitu\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements climatiques chaotiques qui ont d\u00e9pass\u00e9 et submerg\u00e9 la capacit\u00e9 des Etats et de leurs structures sociales et institutionnelles actuelles, pourtant con\u00e7ues pour s\u2019en occuper. Les s\u00e9cheresses s\u00e9v\u00e8res \u00e0 l\u2019est de la Syrie ont d\u00e9truit les moyens de subsistance de 800 000 personnes et ont d\u00e9cim\u00e9 85% du b\u00e9tail. 160 villages entiers ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s avant 2011. Les changements dans le cycle hydrologique r\u00e9duiront l\u2019approvisionnement en eau douce ainsi que la production agricole. Cela signifie avoir recours \u00e0 davantage d\u2019importations alimentaires de denr\u00e9es de base et des prix plus \u00e9lev\u00e9s dans les pays qui en sont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pendants, comme l\u2019Egypte. De plus en plus nombreux seront ceux qui conna\u00eetront la faim et la famine.<\/p>\n<p>Le d\u00e9sert est en progression croissante, s\u2019\u00e9talant de plus en plus sur les terres avoisinantes. Une pression immense s\u2019exercera sur les rares ressources en eau, \u00e9tant donn\u00e9 que la demande augmente plus rapidement que la croissance d\u00e9mographique. L\u2019approvisionnement chutera \u00e0 cause des changements dans les pr\u00e9cipitations des pluies et l\u2019intrusion de l\u2019eau de mer dans les r\u00e9serves d\u2019eaux potables souterraines. Ces ph\u00e9nom\u00e8nes sont les r\u00e9sultats du changement climatique ainsi que de l\u2019usage excessif des eaux souterraines. Cette situation risque de mettre les pays du monde arabe au-dessous du niveau de pauvret\u00e9 absolue en eau, qui se situe \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de 500 m3 par personne.<br \/>\nLa mont\u00e9e des niveaux de mers est actuellement en train de forcer les paysans \u00e0 quitter leurs terres en Tunisie, au Maroc et en Egypte. L\u2019eau sal\u00e9e d\u00e9truit les champs fertiles du Delta du Nil en Egypte et du Delta de la Moulouya au Maroc, mena\u00e7ant d\u2019inonder et d\u2019\u00e9roder de vastes \u00e9tendues de peuplements c\u00f4tiers, y compris des villes comme Alexandrie et Tripoli. Les mers elles-m\u00eames sont touch\u00e9es par ce changement climatique. En effet, l\u2019absorption de quantit\u00e9s de plus en plus importantes de dioxyde de carbone les rend plus acides, tuant ainsi les r\u00e9cifs coralliens. Cela va influer n\u00e9gativement sur la biodiversit\u00e9 dans la mer Rouge, d\u00e9truisant ainsi les moyens de subsistance de dizaines de milliers de personnes qui travaillent dans les secteurs de la p\u00eache et du tourisme.<br \/>\nLa chaleur estivale s\u2019intensifiera. L\u2019augmentation des temp\u00e9ratures et leurs effets \u00ab stressants \u00bb vont faire des milliers de morts, particuli\u00e8rement les travailleurs ruraux qui ne peuvent pas \u00e9viter les travaux lourds et les activit\u00e9s d\u2019ext\u00e9rieur. La fr\u00e9quence et l\u2019intensit\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements m\u00e9t\u00e9orologiques seront extr\u00eames et plus importantes. Les temp\u00eates de poussi\u00e8re et les inondations dues au froid glacial menacent les citadins les plus pauvres, surtout les millions de migrants qui vivent dans des zones d\u2019habitation informelle aux alentours des villes. Les r\u00e9fugi\u00e9s seront les moins bien-prot\u00e9g\u00e9s, y compris les Soudanais en Egypte, les Maliens en Alg\u00e9rie, les Libyens en Tunisie et les Syriens au Liban. Faute d\u2019am\u00e9liorations majeures, les traditions et l\u2019infrastructure urbaine actuelles qui comprennent les syst\u00e8mes de drainage, les services d\u2019urgence et les structures qui assurent le partage des ressources d\u2019eaux, ne pourront pas \u00eatre en mesure de faire face \u00e0 tous ces probl\u00e8mes.<br \/>\nLe r\u00e9chauffement climatique induit plus de maladies \u00e0 cause des pathog\u00e8nes d\u2019origine hydrique qui sont propag\u00e9s par des insectes venant des r\u00e9gions tropicales, atteignant ainsi des millions de gens qui n\u2019ont \u00e9t\u00e9 jamais expos\u00e9s. Le paludisme (malaria) et autres maladies se d\u00e9placeront vers le Nord, mena\u00e7ant et les humains et le b\u00e9tail. Les parasites qui sont d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents en Afrique du Nord \u00e9largiront leur zone d\u2019action, par exemple, les \u00ab leishmanies \u00bb risquent de doubler leur aire g\u00e9ographique au Maroc dans les prochaines ann\u00e9es.<br \/>\nLe chaos climatique co\u00fbte d\u00e9j\u00e0 des millions de vies et des milliards de dollars. La revue m\u00e9dicale \u00ab The Lancet \u00bb soutient que \u00ab la survie de collectivit\u00e9s enti\u00e8res est en jeu \u00bb dans le monde arabe.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9chec des dirigeants politiques<\/p>\n<p>Le changement climatique est attribuable \u00e0 la combustion des carburants fossiles, \u00e0 la d\u00e9forestation et \u00e0 des pratiques agricoles non-durables et insoutenables, encourag\u00e9es par l\u2019industrie agro-alimentaire. Le dioxyde de carbone et le m\u00e9thane, qui sont rejet\u00e9s dans l\u2019atmosph\u00e8re, sont des produits d\u00e9riv\u00e9s de l\u2019activit\u00e9 industrielle des hydrocarbures. Le p\u00e9trole comme le gaz, le charbon et les min\u00e9raux sont extraits et consomm\u00e9s \u00e0 grande \u00e9chelle pour d\u00e9gager des profits qui serviront les pouvoirs d\u2019\u00c9tat. C\u2019est le capitalisme extractiviste sous lequel nous vivons.<\/p>\n<p>Les \u00e9manations des dioxydes de carbone CO2 proviennent de la combustion des hydrocarbures &#8211; que ce soit en voiture, dans la cuisine ou au sein d\u2019une usine &#8211; et du dioxyde de carbone (CO2) est rel\u00e2ch\u00e9 dans l\u2019atmosph\u00e8re. L\u2019accumulation du CO2 r\u00e9chauffe notre plan\u00e8te. Il existe maintenant un consensus solide au sein de la communaut\u00e9 scientifique qui soutient que si la temp\u00e9rature moyenne mondiale augmente de plus de 2 degr\u00e9s Celsius au cours du 21\u00e8me si\u00e8cle, les changements du climat sur notre plan\u00e8te seront \u00e0 grande \u00e9chelle, irr\u00e9versibles et catastrophiques. Le temps presse et les possibilit\u00e9s d\u2019agir se r\u00e9duisent !<br \/>\nSelon les sciences du climat, les scientifiques attestent que si l\u2019humanit\u00e9 d\u00e9sire pr\u00e9server une plan\u00e8te qui ressemble \u00e0 la n\u00f4tre et o\u00f9 la civilisation s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e pour y vivre paisiblement, les niveaux de CO2 dans l\u2019atmosph\u00e8re doivent \u00eatre r\u00e9duits consid\u00e9rablement. Les niveaux actuels du CO2, estim\u00e9s \u00e0 400 parties par million (ppm) doivent baisser au dessous de 350 ppm, bien que de nombreux experts soutiennent que tout niveau sup\u00e9rieur \u00e0 300 ppm est trop dangereux. Toute augmentation suppl\u00e9mentaire risque de d\u00e9clencher des points de bascule climatiques comme la fonte du perg\u00e9lisol (permafrost) et l\u2019effondrement de la couche de glace du Groenland. Quand on atteindra un point de bascule (un seuil climatique), les \u00e9missions de carbone acc\u00e9l\u00e9reront le ph\u00e9nom\u00e8ne et le changement climatique pourrait \u00e9chapper r\u00e9ellement \u00e0 notre contr\u00f4le. Notre survie d\u00e9pend de la d\u00e9cision de laisser 80% des r\u00e9serves prouv\u00e9es de combustibles fossiles dans le sol. Malheureusement, l\u2019extraction de plus en plus forte des hydrocarbures fossiles et leurs transformations entra\u00eenent des rejets suppl\u00e9mentaires de deux ppm de dioxyde de carbone dans l\u2019atmosph\u00e8re, chaque ann\u00e9e.<br \/>\nLes dirigeants politiques du monde entier ainsi que leurs conseillers et les m\u00e9dias se r\u00e9unissent chaque ann\u00e9e pour une autre conf\u00e9rence des parties \u00e0 la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP). Mais en d\u00e9pit de la menace globale, les gouvernements autorisent l\u2019augmentation des \u00e9missions de carbone dans l\u2019atmosph\u00e8re et permettent \u00e0 la crise de s\u2019aggraver. Le pouvoir des multinationales a d\u00e9tourn\u00e9 ces pourparlers de leurs v\u00e9ritables objectifs en s\u2019assurant de promouvoir davantage de fausses solutions, bien lucratives. Les nations industrialis\u00e9es (l\u2019Occident et la Chine) ne veulent pas assumer leur responsabilit\u00e9 alors que les puissances p\u00e9troli\u00e8res comme l\u2019Arabie saoudite essaient de manipuler le processus. Les pays d\u00e9velopp\u00e9s du Sud, bien qu\u2019ils constituent la majorit\u00e9, peinent \u00e0 provoquer un changement malgr\u00e9 tous les efforts vaillants de pays comme la Bolivie et les petits \u00c9tats insulaires.<\/p>\n<p>Une manifestation contre l\u2019exploitation du gaz de schiste \u00e0 In Salah, sud de l\u2019Alg\u00e9rie en f\u00e9vrier 2015. (Cr\u00e9dit Photo: BBOY LEE).<br \/>\nLa COP de Paris en d\u00e9cembre 2015 attirera beaucoup l\u2019attention, mais nous savons, d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, que les dirigeants politiques ne permettront pas les r\u00e9ductions n\u00e9cessaires afin d\u2019assurer la survie de l\u2019humanit\u00e9. Il faudra que les structures des pouvoirs changent. L\u2019action pour emp\u00eacher la crise climatique se tiendra dans un contexte parall\u00e8le \u00e0 d\u2019autres crises sociales.<\/p>\n<p>La crise et la pression d\u2019en bas<br \/>\nLe syst\u00e8me sous lequel nous vivons connait une crise profonde qui g\u00e9n\u00e8re plus de pauvret\u00e9, de guerres et de souffrances. La crise \u00e9conomique, qui a d\u00e9but\u00e9 en 2008, illustre parfaitement comment le capitalisme r\u00e9sout ses propres contradictions et \u00e9checs en d\u00e9poss\u00e9dant et punissant davantage la majorit\u00e9. Plusieurs gouvernements ont sauv\u00e9 les banques qui ont caus\u00e9 des ravages \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale obligeant les plus pauvres \u00e0 payer le prix fort. La crise alimentaire de 2008, ayant caus\u00e9 une famine et provoqu\u00e9 des \u00e9meutes dans le Sud, d\u00e9montre quant \u00e0 elle que notre syst\u00e8me alimentaire est d\u00e9faillant, car monopolis\u00e9 par des multinationales qui ne cessent d\u2019\u0153uvrer pour maximiser leurs profits \u00e0 travers une production exportatrice de monocultures, par l\u2019accaparement des terres, la production des agro-carburants et la sp\u00e9culation sur les produits alimentaires de base.<br \/>\nL\u2019enrichissement d\u2019une \u00e9lite qui dicte ses choix et r\u00e8gles sur toute la plan\u00e8te suscite \u00e0 maintes reprises des r\u00e9voltes et des rebellions. La vague de soul\u00e8vements arabes de l\u2019ann\u00e9e 2011 a inspir\u00e9 des milliards de gens \u00e0 travers le monde, s\u2019\u00e9tendant de la Tunisie et l\u2019Egypte aux indign\u00e9s en Espagne et en Gr\u00e8ce, aux mobilisations \u00e9tudiantes au Chili, au mouvement Occupy contre le 1%, aux r\u00e9voltes en Turquie, au Br\u00e9sil et au-del\u00e0. Chaque lutte est diff\u00e9rente et li\u00e9e \u00e0 un contexte sp\u00e9cifique mais toutes furent un d\u00e9fi contre le pouvoir de cette \u00e9lite et contre la violence d\u2019un monde n\u00e9olib\u00e9ral.<br \/>\nCeci est le contexte dans lequel nous sommes confront\u00e9s au changement climatique. La crise du climat est l\u2019incarnation de l\u2019exploitation capitaliste et imp\u00e9rialiste des peuples et de la plan\u00e8te. Laisser le choix des d\u00e9cisions, destin\u00e9es \u00e0 faire face au changement climatique, \u00e0 cette \u00e9lite insolente et immorale nous engagerait sur une voie vers la disparition de la plan\u00e8te. La lutte pour une justice climatique doit \u00eatre profond\u00e9ment d\u00e9mocratique. Elle doit impliquer les communaut\u00e9s les plus touch\u00e9es et doit \u00eatre en mesure de r\u00e9pondre aux besoins vitaux de tous. Cette lutte est une d\u00e9marche pour b\u00e2tir un futur o\u00f9 chacun de nous doit avoir suffisamment d\u2019\u00e9nergie et un environnement sain et sauvegard\u00e9 pour les futures g\u00e9n\u00e9rations. Ce futur d\u00e9sir\u00e9 serait en harmonie avec les demandes l\u00e9gitimes des soul\u00e8vements des populations en Afrique du Nord : souverainet\u00e9 et dignit\u00e9 nationale, le pain, la libert\u00e9 et la justice sociale.<\/p>\n<p>Les politiques du climat dans le monde arabophone sont contr\u00f4l\u00e9es par les riches et les puissants<br \/>\nQui sont-ils ces participants \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019une r\u00e9ponse au changement climatique dans le monde arabophone ?<br \/>\nDes institutions comme la Banque mondiale, l\u2019Agence allemande pour la coop\u00e9ration internationale (GIZ) ainsi que les agences de l\u2019Union europ\u00e9enne s\u2019expriment avec force et se font entendre en organisant des \u00e9v\u00e8nements et en publiant des rapports. Elles invoquent les dangers d\u2019un monde r\u00e9chauff\u00e9 et soulignent la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une action urgente avec plus d\u2019\u00e9nergies renouvelables propres et des plans d\u2019adaptation. Etant donn\u00e9 le manque d\u2019alternatives, elles semblent avoir des positions relativement radicales par rapport \u00e0 la position des gouvernements locaux et particuli\u00e8rement quand elles parlent des cons\u00e9quences sur les pauvres.<br \/>\nCependant, ces institutions sont align\u00e9es politiquement avec les puissants et leurs analyses du changement climatique n\u2019int\u00e8grent pas les questions de classe, justice, pouvoir et histoire coloniale. Les solutions de la Banque mondiale sont ax\u00e9es sur le march\u00e9, sont n\u00e9olib\u00e9rales et adoptent une approche descendante (top-down). Elles redonnent le pouvoir \u00e0 ceux qui poss\u00e8dent d\u00e9j\u00e0 des fortunes sans s\u2019attaquer aux causes profondes de la crise climatique. Au lieu de promouvoir les r\u00e9ductions n\u00e9cessaires des \u00e9missions de gaz, elles offrent des permis pour des activit\u00e9s polluantes et des subventions aux multinationales et aux industries extractives.<br \/>\nLa vision du futur d\u00e9fendue par la Banque mondiale, la GIZ et une grande partie de l\u2019Union europ\u00e9enne est marqu\u00e9e par des \u00e9conomies conjugu\u00e9es au profit priv\u00e9 et \u00e0 des privatisations suppl\u00e9mentaires de l\u2019eau, des terres et m\u00eame de l\u2019atmosph\u00e8re. Aucune r\u00e9f\u00e9rence n\u2019est faite \u00e0 la responsabilit\u00e9 historique de l\u2019Occident industrialis\u00e9 dans la provocation du changement climatique. Un silence inqui\u00e9tant est entretenu sur les crimes de compagnies p\u00e9troli\u00e8res comme BP, Shell et Total ainsi que sur la dette \u00e9cologique due aux pays du Sud. Les soci\u00e9t\u00e9s nord-africaines qui vivent dans des pays, o\u00f9 la d\u00e9mocratie est absente, continueront de souffrir de l\u2019assujettissement \u00e0 l\u2019autoritarisme des \u00e9lites et multinationales qui maintiendront le statu quo.<br \/>\nLe discours traitant ce sujet est tr\u00e8s limit\u00e9 et extr\u00eamement paralysant du fait que ces institutions n\u00e9olib\u00e9rales dominent la production du savoir sur les questions du changement climatique en Afrique du Nord. La majorit\u00e9 de la litt\u00e9rature et des \u00e9crits sur le changement climatique au Moyen-Orient et Afrique du Nord n\u2019\u00e9voquent pas l\u2019oppression ou la r\u00e9sistance des peuples. Il n\u2019y a pas de place pour les peuples mais seulement pour les dirigeants et les experts autoproclam\u00e9s. Le statu quo continuera de forcer les populations \u00e0 se d\u00e9placer, de polluer les environnements et de mettre des vies en p\u00e9ril. Pour s\u2019organiser et obtenir justice, il faudrait \u00eatre capable de d\u00e9finir et de proclamer les probl\u00e8mes actuels et leurs solutions.<\/p>\n<p>Le vocabulaire de justice autour des questions climatiques<br \/>\nComment peut-on combattre quelque chose si on n\u2019est pas capable de la nommer et d\u2019articuler ce qu\u2019on d\u00e9sire \u00e0 sa place ? Alors que la \u00ab justice environnementale \u00bb est en usage en arabe, la \u00ab justice climatique \u00bb ne l\u2019est pas. Cette d\u00e9nomination est largement utilis\u00e9e en Am\u00e9rique latine et dans les pays anglophones, mais elle sonne bizarre en arabe. Nous avons besoin de changer les syst\u00e8mes \u00e9nerg\u00e9tiques autour de nous. Pouvons nous alors parler de \u00ab justice \u00e9nerg\u00e9tique \u00bb ou de \u00ab d\u00e9mocratie \u00e9nerg\u00e9tique \u00bb ?<\/p>\n<p>Crise de l\u2019eau potable \u00e0 Kasserine, Tunisie en d\u00e9cembre 2014. (Cr\u00e9dit Photo: Callum Francis Hugh et Sami Ben Gharbia de Nawaat.)<br \/>\nIl nous faudrait un vocabulaire pour parler de ces questions et pour d\u00e9crire la vision d\u2019un futur sain pour lequel nous lutterons. Simplement l\u2019action d\u2019importer des terminologies et des concepts d\u2019autrui ne marchera pas et ne trouvera pas d\u2019\u00e9chos favorables de la part des populations, si ces concepts ne sont pas issus des racines et des coutumes locales. Cependant, il est important et utile d\u2019\u00e9changer des id\u00e9es et des exp\u00e9riences avec des mouvements qui militent ailleurs dans le monde et d\u2019apprendre d\u2019eux.<br \/>\nCe livre \u00e9vite de formuler des requ\u00eates dans un cadre \u00ab s\u00e9curitaire \u00bb comme la \u00ab s\u00e9curit\u00e9 climatique \u00bb ou la \u00ab s\u00e9curit\u00e9 hydrique \u00bb ou bien la \u00ab s\u00e9curit\u00e9 alimentaire \u00bb. Un futur formul\u00e9 autour de la \u00ab s\u00e9curit\u00e9 \u00bb soumettra nos luttes \u00e0 un cadre conceptuel et imaginatif, qui, en fin de compte, renforcera le pouvoir r\u00e9pressif de l\u2019\u00c9tat, ax\u00e9 sur la s\u00e9curisation et la militarisation (voire les extraits de l\u2019article de la revue \u00ab The Lancet \u00bb).<br \/>\nPlusieurs articles dans ce livre r\u00e9clament la justice climatique, la justice environnementale et la d\u00e9mocratie\/justice \u00e9nerg\u00e9tique. On ne trouve pas une seule d\u00e9finition pour chacun de ces concepts, ce qui ne diminue pas leurs valeurs pour autant. Dans ces articles :<br \/>\n\u2022 la \u00ab justice climatique \u00bb consiste g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 reconnaitre la responsabilit\u00e9 historique de l\u2019Occident industrialis\u00e9 dans l\u2019av\u00e8nement du r\u00e9chauffement climatique, et ne perd pas de vue les vuln\u00e9rabilit\u00e9s disproportionn\u00e9es dont souffrent quelques pays et communaut\u00e9s. Elle admet aussi le r\u00f4le du pouvoir dans la provocation du changement climatique ainsi que dans les choix de ceux qui porteront le fardeau. La r\u00e9ponse aux changements climatiques doit prendre en compte les questions de classe, de race, du genre, de l\u2019histoire des dominations coloniales et l\u2019exploitation capitaliste qui perdure. La justice climatique signifie une rupture avec le statu quo (business as usual) qui prot\u00e8ge les \u00e9lites politiques mondiales, les multinationales et les r\u00e9gimes militaires. Son objectif est d\u2019instaurer une transformation sociale et \u00e9cologique et un processus d\u2019adaptation radicaux.<br \/>\n\u2022 la \u00ab justice environnementale \u00bb est g\u00e9n\u00e9ralement centr\u00e9e autour des besoins des communaut\u00e9s, en obligeant le secteur des combustibles fossiles et autres larges industries \u00e0 rendre des comptes, et en progressant vers une relation durable et harmonieuse avec la nature. Elle reconnait qu\u2019on ne pourrait pas s\u00e9parer les effets de la destruction de l\u2019environnement de leur impact sur les peuples. Elle admet aussi que les communaut\u00e9s d\u00e9munies sont exploit\u00e9es dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des puissants.<br \/>\n\u2022 la \u00ab d\u00e9mocratie \u00e9nerg\u00e9tique \u00bb et la \u00ab justice \u00e9nerg\u00e9tique \u00bb signifient la construction d\u2019un futur o\u00f9 l\u2019\u00e9nergie est distribu\u00e9e \u00e9quitablement, contr\u00f4l\u00e9e et g\u00e9r\u00e9e d\u00e9mocratiquement. Les sources d\u2019\u00e9nergie et les syst\u00e8mes de transmission doivent \u00eatre en \u00e9quilibre avec l\u2019environnement et les besoins des futures g\u00e9n\u00e9rations.<br \/>\nIl revient au lecteur de voir si ces concepts sont pertinents et utiles en Afrique du Nord. Les descriptions \u00e9l\u00e9mentaires fournies ci-dessus ne sont nullement exhaustives et peuvent s\u00fbrement \u00eatre enrichies par des exp\u00e9riences locales.<\/p>\n<p>Les objectifs de cette publication<br \/>\nLe but de cette publication est d\u2019introduire des perspectives nouvelles et lib\u00e9ratrices, avanc\u00e9es par des intellectuels, activistes, politiciens, organisations et groupes de base progressistes et radicaux des pays du Sud. Nous avons choisi des essais, des entretiens et des d\u00e9clarations dans lesquels les mouvements sociaux d\u00e9crivent l\u2019ennemi qu\u2019ils combattent, la mani\u00e8re dont ils s\u2019organisent et leurs revendications. Ils couvrent une large aire g\u00e9ographique, de l\u2019Equateur jusqu\u2019en Inde et de l\u2019Afrique du Sud jusqu\u2019aux Philippines. Nous avons aussi inclus six articles d\u2019Afrique du Nord, qui concernent le Maroc, l\u2019Alg\u00e9rie, l\u2019Egypte et la r\u00e9gion au sens large. Il est \u00e0 esp\u00e9rer que ce livre contribue \u00e0 l\u2019\u00e9conomie politique naissante du changement climatique en Afrique du Nord, qui examinera les relations entre les industries des combustibles fossiles, les \u00e9lites r\u00e9gionales et les capitaux internationaux.<br \/>\nNotre objectif comporte quatre volets :<br \/>\n1. Souligner l\u2019urgence de la crise climatique en Afrique du Nord et insister sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une analyse holistique et d\u2019un changement structurel.<br \/>\n2. Souligner les dangers d\u2019un environnementalisme (\u00e9cologisme) restreint et contrecarrer le discours n\u00e9olib\u00e9ral dominant autour du changement climatique, un discours qui est encourag\u00e9 et promu par la Banque mondiale et autres institutions n\u00e9olib\u00e9rales.<br \/>\n3. Soutenir la gauche en Afrique du Nord dans ses efforts pour articuler une r\u00e9ponse locale et d\u00e9mocratique face au changement climatique, une r\u00e9ponse qui int\u00e8gre des analyses d\u2019ordre politique, \u00e9conomique, social, \u00e9cologique et de classe aussi. Etant donn\u00e9 les pressions de l\u2019autoritarisme, de la r\u00e9pression massive et de la pauvret\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, il est parfaitement compr\u00e9hensible que la question du changement climatique n\u2019ait fait l\u2019objet que d\u2019une attention limit\u00e9e dans le pass\u00e9 par les mouvements sociaux en Afrique du Nord.<br \/>\n4. Donner de l\u2019espoir inspir\u00e9 des mouvements et luttes des pays du Sud, et r\u00e9futer l\u2019affirmation selon laquelle il n\u2019y a rien \u00e0 faire. La crise climatique d\u00e9coule des actions et d\u00e9cisions humaines qui peuvent \u00eatre chang\u00e9es.<br \/>\nCette publication n\u2019a pas la pr\u00e9tention de fournir toutes les r\u00e9ponses mais plut\u00f4t de soulever des questionnements et des d\u00e9fis. A quoi ressemble une r\u00e9ponse juste au changement climatique en Afrique du Nord ? Cela signifie-t-il une \u00e9vacuation en masse et l\u2019ouverture des fronti\u00e8res avec l\u2019Europe ? Cela signifie-t-il le paiement de la dette \u00e9cologique et une redistribution des richesses par les gouvernements europ\u00e9ens, les multinationales et les riches \u00e9lites locales ? Faudrait-il rompre radicalement avec le syst\u00e8me capitaliste ? Qu\u2019adviendra-t-il des ressources fossiles en Afrique du Nord, qui sont actuellement extraites en grande partie par les multinationales occidentales ? Qui devrait contr\u00f4ler et poss\u00e9der les \u00e9nergies renouvelables ? Nous n\u2019avons pas forcement cherch\u00e9 l\u2019uniformit\u00e9 d\u2019une position, et vous trouverez des perspectives diff\u00e9rentes et m\u00eames contradictoires, mais \u00e0 notre avis, elles offrent des points de d\u00e9part pour des discussions importantes.<\/p>\n<p>Le contenu<br \/>\nSection 1 : La violence du changement climatique<br \/>\nLe livre commence par une section qui souligne l\u2019ampleur de la menace pos\u00e9e par le changement climatique. Les extraits de \u00ab Sant\u00e9 et p\u00e9rennit\u00e9 \u00e9cologique dans le monde arabe : Une question de survie \u00bb soutiennent que la survie des communaut\u00e9s enti\u00e8res dans le monde arabe est en jeu. Le discours actuel sur la sant\u00e9, la population et le d\u00e9veloppement dans le monde arabe a largement \u00e9chou\u00e9 en omettant de communiquer la gravit\u00e9 et le sens de l\u2019urgence. Dans l\u2019article de Mika Minio-Paluello sur la violence du changement climatique en Egypte, elle r\u00e9v\u00e8le le niveau brutal de la destruction que risque ce pays. Elle souligne que la violence climatique, qui est une violence de classe, est fa\u00e7onn\u00e9e de mani\u00e8re \u00e0 ce que les d\u00e9munis paieront le prix fort et porteront le fardeau au lieu des riches et fortun\u00e9s. La survie, selon elle, d\u00e9pendra d\u2019une adaptation \u00e0 la transformation qui approche, mais cette adaptation est un processus profond\u00e9ment politique qui pourrait signifier l\u2019\u00e9mancipation ou davantage d\u2019oppression.<\/p>\n<p>Des p\u00eacheurs en Alexandrie se pr\u00e9parent pour prendre leur bateau au large. Beaucoup d\u2019entre eux sont entrain de perdre leurs moyens de subsistance \u00e0 cause du changement climatique et de la pollution. (Cr\u00e9dit Photo: Reem Labib)<br \/>\nDans l\u2019article \u00ab Un million de mutineries \u00bb, Sunita Narain d\u00e9montre que nous ne sommes pas tous dans le m\u00eame camp de lutte pour faire face au changement climatique. Alors que les riches veulent maintenir leurs modes de vie, il est imp\u00e9ratif d\u2019observer le changement climatique dans les visages des millions de gens qui ont perdu leurs maisons dans les ouragans et dans les mers dont les niveaux ne cessent de s\u2019\u00e9lever. Il convient clairement de garder \u00e0 l\u2019esprit que le sort des milliers qui ont p\u00e9ri suite \u00e0 ces changements climatiques est attribuable aux riches qui ont \u00e9chou\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire leurs \u00e9missions de gaz, dans leur poursuite de la croissance \u00e9conomique. Les solutions ne se trouvent pas dans les conf\u00e9rences des \u00e9lites mais \u00e0 travers de petites r\u00e9ponses \u00e0 de grands probl\u00e8mes qui viendraient de l\u2019environnementalisme des mouvements des d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s. Pia Ranada, \u00e9crivant des Philippines, d\u00e9crit un ph\u00e9nom\u00e8ne climatique extr\u00eame : le typhon qui a frapp\u00e9 r\u00e9cemment son pays. Elle soutient que les pays du Sud souffrent le plus du chaos climatique. Les pays d\u00e9velopp\u00e9s qui ont br\u00fbl\u00e9 une grande partie des combustibles fossiles et qui sont responsables des \u00e9missions de carbone qui en d\u00e9coulent, doivent indemniser les communaut\u00e9s et les pays touch\u00e9s par le changement climatique, en leur payant une \u00ab dette \u00e9cologique \u00bb.<br \/>\nSection 2 : Changer le syst\u00e8me pas le climat.<br \/>\nLa deuxi\u00e8me section pose trois questions : Quels sont les facteurs structurels qui contribuent au changement climatique ? Comment imaginons-nous un autre syst\u00e8me diff\u00e9rent du pr\u00e9sent ? Est-il possible de reformer et am\u00e9liorer les syst\u00e8mes politiques et \u00e9conomiques actuels pour s\u2019adapter au changement climatique ? Walden Bello, \u00e9crivant des Philippines, dans son article \u00ab Est ce que le capitalisme survivra au changement climatique ? \u00bb, soutient que l\u2019expansion du capitalisme a caus\u00e9 l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de la combustion des carburants fossiles et une d\u00e9forestation rapide, conduisant au r\u00e9chauffement plan\u00e9taire. Pour rompre avec cette trajectoire, il nous faudrait un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement \u00e9quitable et \u00e0 faible consommation et croissance, qui am\u00e9liore le bien-\u00eatre des populations et accroit le contr\u00f4le d\u00e9mocratique de la production. Naturellement, les \u00e9lites des pays du Nord ainsi que des pays du Sud vont s\u2019opposer \u00e0 cette r\u00e9ponse globale. Bello estime que nous devrions consid\u00e9rer le changement climatique comme une menace pour notre survie mais aussi comme une opportunit\u00e9 pour engendrer les reformes sociales et \u00e9conomiques, longtemps report\u00e9es. Khadija Sharife examine dans son article \u00ab Les armes secr\u00e8tes du changement climatique \u00bb comment les paradis fiscaux \u00e0 l\u2019\u00e9tranger profitent aux soci\u00e9t\u00e9s p\u00e9troli\u00e8res multinationales, aux politiciens corrompus et aux m\u00e9canismes du commerce du carbone. Tout cela au d\u00e9pend des \u00eeles comme les Seychelles et les Maldives qui pourraient dispara\u00eetre compl\u00e8tement avec la mont\u00e9e des niveaux des mers et oc\u00e9ans.<br \/>\nAlberto Costa, un \u00e9conomiste \u00e9quatorien et un ancien ministre de l\u2019\u00e9nergie et des mines, se focalise sur le mode extractiviste d\u2019accumulation comme un m\u00e9canisme de pillage colonial et n\u00e9ocolonial. Plut\u00f4t que de b\u00e9n\u00e9ficier des ressources naturelles, les pays qui en sont riches ont fini par souffrir de plus de pauvret\u00e9, de ch\u00f4mage et de pollution, d\u2019une faible agriculture et davantage de r\u00e9pression. Dans l\u2019article \u00ab Le sol pas le p\u00e9trole \u00bb, Vandana Shiva d\u00e9fie l\u2019id\u00e9e selon laquelle l\u2019industrialisation est du progr\u00e8s et remet en cause la valeur qu\u2019on donne \u00e0 la productivit\u00e9 et au rendement. Elle maintient que notre d\u00e9pendance envers les combustibles fossiles a \u00ab fossilis\u00e9 notre r\u00e9flexion \u00bb. Shiva appelle \u00e0 une transition culturelle faisant partie d\u2019une transition \u00e9nerg\u00e9tique pour arriver \u00e0 une \u00e8re au-del\u00e0 du p\u00e9trole. Dans un syst\u00e8me qu\u2019on appelle en anglais \u00ab Carbon Democracy \u00bb, un syst\u00e8me ancr\u00e9 dans la biodiversit\u00e9, tous les \u00eatres vivants auront leurs justes parts du carbone utile et nul ne sera accabl\u00e9 par une part injuste des retomb\u00e9es du changement climatique.<br \/>\nMalgr\u00e9 des d\u00e9cennies de n\u00e9gociations climatiques tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9es, les r\u00e9sultats sont un \u00e9chec : le statu quo en d\u00e9pit de la menace. Pablo Solon, qui \u00e9tait auparavant le n\u00e9gociateur en chef de la Bolivie sur la question climatique, d\u00e9crit dans son article \u00ab Le changement climatique : Toute action n\u2019est pas utile \u00bb comment les n\u00e9gociations climatiques officielles des Nations Unies ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9es par les multinationales, emp\u00eachant la prise d\u2019actions n\u00e9cessaires, afin de garantir les profits \u00e0 venir. Il avance un plan de dix points pour les mouvements sociaux, qui consiste entre autres \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019emplois li\u00e9s au climat, des mesures pour laisser 80% des combustibles fossiles dans le sol ainsi que soumettre le secteur \u00e9nerg\u00e9tique au contr\u00f4le public et communautaire.<br \/>\nSection 3 : Attention aux \u00ab fausses solutions \u00bb<br \/>\nLa troisi\u00e8me section examine comment ceux qui d\u00e9tiennent le pouvoir ont essay\u00e9 de se servir de la crise climatique pour faire des profits et exacerber les in\u00e9galit\u00e9s en poussant \u00e0 de fausses solutions. Dans l\u2019article \u00ab Desertec : Accaparement des sources d\u2019\u00e9nergie renouvelable \u00bb, Hamza Hamouchene plaide contre des projets solaires orient\u00e9s \u00e0 l\u2019exportation qui placent les int\u00e9r\u00eats des consommateurs europ\u00e9ens et des \u00e9lites locales r\u00e9pressives au-dessus des int\u00e9r\u00eats des communaut\u00e9s locales. Il souligne la menace pour les sources d\u2019eau et met Desertec dans le cadre d\u2019un commerce international favorable aux entreprises et multinationales et dans le contexte d\u2019une ru\u00e9e pour plus d\u2019influence et de ressources \u00e9nerg\u00e9tique. L\u2019article de Jawad. M sur le Maroc soul\u00e8ve des pr\u00e9occupations sur la souverainet\u00e9 nationale et le contr\u00f4le de l\u2019\u00e9nergie renouvelable par les multinationales. Jawad fait une critique du discours du \u00ab d\u00e9veloppement durable \u00bb , qui a \u00e9t\u00e9 vid\u00e9 de toute signification et a \u00e9t\u00e9 assujetti aux march\u00e9s, et se prononce contre les partenariats publics priv\u00e9s .<br \/>\n\u00c9crivant depuis l\u2019Afrique du Sud, Khadija Sharife et Patrick Bond r\u00e9v\u00e8lent l\u2019\u00e9chec du commerce du carbone et du M\u00e9canisme du D\u00e9veloppement Propre (MDP) \u00e0 r\u00e9duire les \u00e9missions. Ils exposent la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un racisme environnemental et de fausses solutions, qui permettent aux compagnies riches de continuer \u00e0 polluer pendant qu\u2019elles s\u2019assurent de plus grands profits. Le commerce du carbone est une supercherie qui am\u00e8ne beaucoup \u00e0 croire qu\u2019on pourrait contrecarrer le changement climatique sans un changement structurel. Nous devons reconnaitre que les m\u00e9canismes du march\u00e9 ne r\u00e9duiront pas suffisamment les \u00e9missions globales. Pablo Solon dans un article intitul\u00e9 \u00ab \u00c0 la crois\u00e9e des chemins entre l\u2019\u00e9conomie verte et les droits de la nature \u00bb nous pr\u00e9vient qu\u2019il ne faut pas se fier \u00e0 l\u2019\u00e9conomie verte pour notre salut. En privatisant et en poussant la marchandisation de la nature, nous courrons \u00e0 sa destruction et la n\u00f4tre avec. Solon avance sp\u00e9cifiquement une critique du programme de R\u00e9duction des Emissions imputables \u00e0 la D\u00e9forestation et \u00e0 la D\u00e9gradation des for\u00eats (REDD) qui selon lui est une autre excuse des riches pour polluer la plan\u00e8te.<br \/>\nSection 4 : S\u2019organiser pour survivre<br \/>\nLa derni\u00e8re section se consacre aux mani\u00e8res dont les peuples se mobilisent pour un avenir meilleur et diff\u00e9rent. La r\u00e9volutionnaire \u00e9gyptienne Mahie\u00acnour El-Massry nous d\u00e9crit comment le changement climatique est en train de menacer Alexandrie, sa ville natale, et nous parle de ses exp\u00e9riences sur le Delta du Nil et son travail avec les communaut\u00e9s et ouvriers qui sont sur le point de mire du changement climatique et de l\u2019exploitation des entreprises. L\u2019entretien r\u00e9alis\u00e9 par Hamza Hamouchene avec Mehdi Bsikri, journaliste et militant alg\u00e9rien, explicite pourquoi des milliers d\u2019Alg\u00e9riens ont protest\u00e9 contre les plans de fracturations hydrauliques pour extraire du gaz de schiste dans le d\u00e9sert alg\u00e9rien, et d\u00e9crit comment ils se sont mobilis\u00e9s contre le gouvernement et les multinationales p\u00e9troli\u00e8res. Un autre petit article d\u2019Alberto Acosta sous le titre \u00ab Le d\u00e9fi de l\u2019\u00c9quateur \u00bb d\u00e9veloppe le concept sud-am\u00e9ricain des \u00ab droits de la Terre-M\u00e8re \u00bb comme un moyen de d\u00e9fendre les droits des communaut\u00e9s et futures g\u00e9n\u00e9rations ainsi qu\u2019une remise en cause des privil\u00e8ges des puissants afin d\u2019assurer la survie.<br \/>\nLes mouvements sociaux \u00e0 travers le monde ont reconnu que la menace du changement climatique transforme leurs luttes. La d\u00e9claration \u00ab Le changement climatique et la lutte de classes \u00bb du National Union of Metal Workers of South Africa (NUMSA &#8211; syndicat national sud-africain de la m\u00e9tallurgie) prend fermement position sur une juste transition vers une \u00e9conomie \u00e0 faible \u00e9mission de carbone qui est bas\u00e9e sur une propri\u00e9t\u00e9 sociale, d\u00e9mocratique et contr\u00f4l\u00e9e par les travailleurs. Le syndicat s\u2019oppose \u00e0 l\u2019appropriation priv\u00e9e de la nature et consid\u00e8re que le changement climatique est une lutte majeure qui va unifier les classes ouvri\u00e8res dans le monde entier. Pour eux, \u00ab nous ne pouvons pas nous permettre d\u2019attendre nos gouvernements \u00bb pour agir. La d\u00e9claration de Margarita, sign\u00e9e par plus de cent mouvements sociaux sur l\u2019ile de Margarita au Venezuela en juillet 2014, engage \u00e0 vivre en harmonie avec les \u00e9cosyst\u00e8mes de la terre et dans le respect des droits des futures g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 h\u00e9riter d\u2019une plan\u00e8te o\u00f9 la vie est possible. Elle appelle les mouvements \u00e0 cr\u00e9er des fissures dans le syst\u00e8me actuel qui n\u2019est pas viable, \u00e0 entreprendre des actions directes pour \u00e9radiquer les \u00e9nergies sales et combattre les privatisations et l\u2019agroalimentaire. Ce radicalisme et cette conscience progressiste de l\u2019importance de l\u2019environnement pour les humains \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents dans les ann\u00e9es 1970. Nous avons inclus un article par Aur\u00e9lien Bernier \u00e0 propos de la d\u00e9claration de Cocoyoc des Nations Unies en 1974, qui a formul\u00e9 une critique radicale du \u00ab d\u00e9veloppement \u00bb , du \u00ab libre \u00e9change \u00bb et des relations Nord-Sud. Elle fut vite enterr\u00e9e et effac\u00e9e de l\u2019histoire mais elle reste pour autant pertinente et demeure tr\u00e8s urgente.<br \/>\nLes Nord-Africains dont les vies seront le plus chang\u00e9es, le plus sont les petits paysans sur le Delta du Nil, les p\u00eacheurs de Djerba, les habitants d\u2019Ain Salah et les millions qui vivent dans des habitations informelles au Caire, \u00e0 Tunis et \u00e0 Alger. Mais ils sont \u00e9cart\u00e9s et emp\u00each\u00e9s de construire leur avenir. C\u2019est plut\u00f4t des r\u00e9gimes militaires avec leurs commanditaires au Riyad, Bruxelles et Wash-ington qui formulent des plans climatiques et \u00e9nerg\u00e9tiques. Les \u00e9lites locales nanties collaborent avec les multinationales, la Banque mondiale et la Banque europ\u00e9enne pour la reconstruction et le d\u00e9veloppement. Malgr\u00e9 toutes les promesses faites, les actions de ces institutions d\u00e9montrent qu\u2019elles sont les ennemies de la justice climatique et de la survie.<br \/>\nLe changement climatique est une menace mais aussi une opportunit\u00e9 pour instaurer les reformes sociales et \u00e9conomiques qui ont \u00e9t\u00e9 longtemps diff\u00e9r\u00e9es, d\u00e9raill\u00e9es ou sabot\u00e9es par des \u00e9lites cherchant \u00e0 pr\u00e9server ou accro\u00eetre leurs privil\u00e8ges. Ce qui est diff\u00e9rent aujourd\u2019hui est que l\u2019existence m\u00eame de l\u2019humanit\u00e9 et de la plan\u00e8te d\u00e9pende du remplacement de syst\u00e8mes \u00e9conomiques bas\u00e9s sur l\u2019appropriation de la rente, sur l\u2019accumulation capitaliste et l\u2019exploitation de classes avec un syst\u00e8me ancr\u00e9 sur la justice et l\u2019\u00e9galit\u00e9.<br \/>\nL\u2019ampleur de la crise signifie qu\u2019il nous faudrait rompre radicalement avec les structures existantes du pouvoir autoritaire et n\u00e9olib\u00e9ral. L\u2019urgence laisse croire que nous manquons de temps pour changer le syst\u00e8me, mais se fier \u00e0 ceux qui nous gouvernent nous feraient faire deux pas en arri\u00e8re pour chaque pas que nous faisons en avant. Nous devons nous inspirer plut\u00f4t des mouvements sociaux et des communaut\u00e9s en ligne de mire qui r\u00e9sistent et construisent des voies d\u00e9mocratiques afin de survivre dans un monde r\u00e9chauff\u00e9.<br \/>\nCeci sera la lutte globale qui marquera le 21\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La lutte pour la survie et la justice climatique en Afrique du Nord Par Hamza Hamouchene et Mika Minio-Paluello Le changement climatique aura des effets d\u00e9vastateurs sur l\u2019Afrique du Nord. Il y aura des morts et des millions de personnes seront forc\u00e9es de migrer. Le d\u00e9sert ne cesse de s\u2019\u00e9tendre. 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