{"id":260,"date":"2015-08-10T21:10:12","date_gmt":"2015-08-10T20:10:12","guid":{"rendered":"http:\/\/attacmaroc.org\/fr\/?p=260"},"modified":"2020-08-20T15:33:44","modified_gmt":"2020-08-20T14:33:44","slug":"260","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/2015\/08\/10\/260\/","title":{"rendered":"La dette publique marocaine est insoutenable"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La dette publique marocaine est insoutenable<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Omar Aziki, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral d\u2019ATTAC Maroc, membre du r\u00e9seau CADTM<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La Banque centrale marocaine, Bank al-Maghrib (BAM), a publi\u00e9 fin juillet 2015 son rapport annuel qu\u2019elle a pr\u00e9sent\u00e9 devant le roi. Ce document pr\u00e9sente la situation \u00e9conomique, financi\u00e8re et mon\u00e9taire du Maroc, en lien avec son environnement international. Le rapport passe en revue \u00e9galement les r\u00e9alisations de l\u2019institution, notamment sa supervision du secteur financier. Le rapport aborde \u00e9galement la question de la dette publique<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. BAM pr\u00e9voit qu\u2019elle va augmenter pour l\u2019ann\u00e9e 2016, et analyse la capacit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie marocaine \u00e0 supporter le service de la dette pour la p\u00e9riode 2015-2019.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>L\u2019endettement augmente <\/strong><\/p>\n<p>Le rapport constate l\u2019augmentation continue de la dette publique. Fin 2014, son encours repr\u00e9sente 741 milliards de DH (environs de 74 milliards d\u2019euros)<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, soit environ 81% du PIB marocain, la dette ayant repris sa tendance \u00e0 la hausse d\u00e8s 2008. La crise du capitalisme mondial (2007-08) a pr\u00e9cipit\u00e9 le retour \u00e0 l\u2019endettement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/kl-Copier.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\" size-medium wp-image-261 aligncenter\" src=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/kl-Copier-300x145.jpg\" alt=\"kl (Copier)\" width=\"300\" height=\"145\" data-wp-pid=\"261\" srcset=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/kl-Copier-300x145.jpg 300w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/kl-Copier-768x372.jpg 768w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/kl-Copier.jpg 1024w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/kl-Copier-600x291.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>La crise alimentaire, la baisse de la demande internationale, la hausse des prix des produits p\u00e9troliers, le tarissement des sources des devises (IDE, tourisme et transferts des MRE), ces facteurs contribuent \u00e0 la crise de l\u2019\u00e9conomie nationale.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, les besoins en devises augmentent et le Maroc d\u00e9cide d\u2019emprunter sur le march\u00e9 financier international. Cons\u00e9quence de ce choix, ce secteur repr\u00e9sente d\u00e9sormais 25% de l\u2019encours de la dette ext\u00e9rieure marocaine, alors qu\u2019il ne constituait que 11% en 2010.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/hg-Copier.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\" size-medium wp-image-262 aligncenter\" src=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/hg-Copier-300x217.jpg\" alt=\"hg (Copier)\" width=\"300\" height=\"217\" data-wp-pid=\"262\" srcset=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/hg-Copier-300x217.jpg 300w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/hg-Copier-768x554.jpg 768w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/hg-Copier.jpg 1024w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/hg-Copier-600x433.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>Le Maroc et sa relation de d\u00e9pendance <\/strong><\/p>\n<p>BAM s\u2019attend \u00e0 une hausse de l\u2019endettement du Maroc en 2016, mais pr\u00e9voit une baisse entre 2017 et 2019. Ce sc\u00e9nario table sur la r\u00e9duction du d\u00e9ficit public et l\u2019am\u00e9lioration du taux de croissance. Cette projection pr\u00e9voit \u00ab\u00a0une moyenne de croissance de 4,6%, une inflation \u00e0 1,9% et un d\u00e9ficit public \u00e0 3%\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>Ces pr\u00e9visions ne r\u00e9sistent pas au pessimisme actuel sur les possibilit\u00e9s d\u2019une reprise \u00e9conomique. La crise du capitalisme mondial a des effets directs sur l\u2019\u00e9conomie marocaine. Les faillites et la fermeture des unit\u00e9s industrielles, les licenciements massifs, la hausse du ch\u00f4mage, la g\u00e9n\u00e9ralisation des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 ont atteint un niveau in\u00e9gal\u00e9, sp\u00e9cialement dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s. Ces facteurs amplifient la r\u00e9cession en cours de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique. C\u2019est d\u2019ailleurs le diagnostic fourni par la Banque centrale dans les premi\u00e8res pages de son rapport. L\u2019investissement et la croissance sont encore tr\u00e8s faibles dans la zone Euro, alors que la dette publique explose.<\/p>\n<p>Cette crise est support\u00e9e lourdement par les pays de Sud\u00a0de l\u2019Europe. La situation en Gr\u00e8ce illustre cette situation. Les acquis sociaux sont dangereusement attaqu\u00e9s depuis plusieurs ann\u00e9es dans ce pays. Le peuple grec subit une offensive de type colonial, dirig\u00e9e par la Commission europ\u00e9enne (CE), la Banque centrale europ\u00e9enne (BCE) et le Fonds mon\u00e9taire international (FMI).<\/p>\n<p>Cette situation dans les pays du Nord n\u2019est pas sans d\u00e9g\u00e2ts dans les pays du Sud comme le Maroc. Notre \u00e9conomie est int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la zone Euro. Dans cette relation de d\u00e9pendance, le Maroc se trouve dans une position de faiblesse. L\u2019\u00e9conomie du pays est totalement inf\u00e9od\u00e9e au capitalisme international et aux grandes puissances.<\/p>\n<p>A cela s\u2019ajoutent les effets des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 men\u00e9es au Maroc. Ils induisent indiscutablement un ralentissement de la croissance \u00e9conomique. L\u2019endettement entrave le d\u00e9veloppement. Le service de la dette est de 163 milliards de DH en 2013, soit 50% du Budget g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Etat, ce qui \u00e9quivaut au montant des recettes fiscales ou encore \u00a0\u00e0 trois fois le budget de l\u2019investissement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La dette publique marocaine est insoutenable <\/strong><\/p>\n<p>Le rapport de BAM se fonde pour juger de la soutenabilit\u00e9 de la dette sur des projections d\u2019indicateurs macro-\u00e9conomiques recommand\u00e9s par le FMI et la Banque mondiale. La sauvegarde des \u00a0\u00e9quilibres entre ces m\u00eames indicateurs avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine du Programme d\u2019ajustement structurel (PAS) mis en \u0153uvre au Maroc dans les ann\u00e9es 1980-1990. Ce sinistre programme n\u2019a fait qu\u2019appauvrir la majorit\u00e9 des classes populaires. Pour se conformer \u00e0 ces \u00e9quilibres, le gouvernement actuel r\u00e9duit les d\u00e9penses publiques et fait pression sur les salaires et les retraites. Ces mesures sont prises pour atteindre des objectifs fix\u00e9s par le FMI en mati\u00e8re de d\u00e9ficit et de remboursement de la dette. C\u2019est la m\u00eame logique qui pr\u00e9vaut, toute proportion gard\u00e9e, contre le peuple grec qui se trouve asphyxi\u00e9 par les cr\u00e9anciers.<\/p>\n<p>Toujours selon les projections de BAM, la dette du tr\u00e9sor devrait \u00eatre ramen\u00e9e \u00e0 62,1% du PIB en 2019. Dans le cas de la r\u00e9alisation de ce sc\u00e9nario, cette baisse n\u2019atteindra pas le niveau d\u2019avant la crise. Lors de la p\u00e9riode 2007-2012, la dette du tr\u00e9sor repr\u00e9sentait 50,4% du PIB en moyenne pour ces six ans.<\/p>\n<p>En outre, le poids de la dette r\u00e9elle, en incluant la dette garantie par l\u2019Etat contract\u00e9e par les entreprises publiques, est de 81%. Cette dette est insoutenable et insupportable. \u00a0La soutenabilit\u00e9 de la dette ne peut \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 des projections \u00e9conomiques abstraites. Le remboursement de la dette est une hypoth\u00e8que qui p\u00e8se sur les 34 millions de Marocains. Ces citoyens payent directement cette dette avec la sueur de leur front, leurs salaires, l\u2019avenir de leurs enfants. Chaque marocain paie chaque ann\u00e9es au titre du service de la dette 5000 DH\/marocain. Qu\u2019il soit un enfant, une personne \u00e2g\u00e9e, un ch\u00f4meur, femme, toutes les cat\u00e9gories de la population paient cette dette.<\/p>\n<p>Le service de la dette absorbe une partie importante des ressources n\u00e9cessaires pour les besoins en \u00e9ducation, sant\u00e9, logement d\u00e9cent, investissement dans les infrastructures publiques de base, les programmes n\u00e9cessaires \u00e0 la croissance \u00e9conomique et au d\u00e9veloppement social, \u2026C\u2019est pour cette raison que la dette publique est insoutenable et insupportable. Son paiement approfondit la crise sociale dont souffre notre peuple et pour cette raison il faut exiger la suspension de son paiement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Mobilisation populaire et audace politique\u00a0 \u00a0<\/strong><\/p>\n<p>En Gr\u00e8ce, la Commission pour la v\u00e9rit\u00e9 sur la dette grecque a montr\u00e9 les aspects ill\u00e9gitimes, ill\u00e9gaux, insoutenables et odieux<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a> de la dette de ce pays. Elle a recommand\u00e9 aux autorit\u00e9s grecques le non-paiement de ces parties. Dans son rapport, on peut lire\u00a0: \u00ab\u00a0<em>S\u2019agissant des dettes insoutenables, tout \u00c9tat est juridiquement fond\u00e9 \u00e0 utiliser l\u2019argument de l\u2019\u00e9tat de n\u00e9cessit\u00e9 qui permet \u00e0 un \u00c9tat confront\u00e9 \u00e0 situation exceptionnelle de<\/em><em>\u2028<\/em><em> sauvegarder un de ses int\u00e9r\u00eats essentiels menac\u00e9 par un p\u00e9ril grave et imminent. Dans une telle situation, il peut s\u2019affranchir de l\u2019ex\u00e9cution d\u2019une obligation internationale telle que le<\/em><em>\u2028<\/em><em> respect d\u2019un contrat de pr\u00eat. Enfin, les \u00c9tats disposent du droit de se d\u00e9clarer unilat\u00e9ralement insolvables lorsque le service de leur dette est insoutenable, sachant que dans ce cas ils ne commettent aucun acte ill\u00e9gal et sont affranchis de toute responsabilit\u00e9\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>Pour atteindre cet objectif, deux choses sont n\u00e9cessaires\u00a0: la mobilisation populaire et de l\u2019audace politique. Le pr\u00e9sident \u00e9quatorien avait cette audace en d\u00e9cidant de mani\u00e8re unilat\u00e9rale la suspension du paiement de la dette de son pays. Il s\u2019est appuy\u00e9 sur les conclusions du rapport de la commission d\u2019audit de la dette dans ce pays<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, mise en place en 2007.<\/p>\n<p>Attac\/Cadtm Maroc s\u2019appuie sur ces exp\u00e9riences pour mobiliser autour de cette question. Notre objectif premier est la constitution d\u2019une commission d\u2019audit compos\u00e9e d\u2019une large coalition pour lancer un audit citoyen de la dette publique marocaine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li>Aziki<\/li>\n<\/ol>\n<p>8 aout 2015<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> CADTM, comit\u00e9 pour l\u2019annulation de la dette du tiers monde <a href=\"http:\/\/www.attacmaroc.org\">www.attacmaroc.org<\/a>\u00a0 &amp; <a href=\"http:\/\/www.cadtm.org\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.cadtm.org<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> BAM, rapport annuel 2014, juillet 2015. http:\/\/www.bkam.ma<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> 1 euro = 10,79 dirhams marocain<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Rapport BAM, 2015, p.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> D\u00e9finition des dettes ill\u00e9gitimes, ill\u00e9gales, odieuses et insoutenables, 30 mai, voir\u00a0: http:\/\/cadtm.org\/Definition-des-dettes-illegitimes<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Synth\u00e8se du rapport de la Commission pour la v\u00e9rit\u00e9 sur la dette grecque, 18 juin, voir\u00a0: http:\/\/cadtm.org\/Synthese-du-rapport-de-la<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Le CADTM a \u00e9t\u00e9 un membre actif \u00a0des commissions grecque et \u00e9quatorienne. Nous rappelons qu\u2019ATTAC Maroc assure le secr\u00e9tariat partag\u00e9 de ce r\u00e9seau international avec nos camarades du CADTM Belgique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; La dette publique marocaine est insoutenable &nbsp; Omar Aziki, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral d\u2019ATTAC Maroc, membre du r\u00e9seau CADTM[1] &nbsp; La Banque centrale marocaine, Bank al-Maghrib (BAM), a publi\u00e9 fin juillet 2015 son rapport annuel qu\u2019elle a pr\u00e9sent\u00e9 devant le roi. 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