{"id":2438,"date":"2026-06-08T19:14:59","date_gmt":"2026-06-08T18:14:59","guid":{"rendered":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/?p=2438"},"modified":"2026-06-08T19:14:59","modified_gmt":"2026-06-08T18:14:59","slug":"des-campagnes-marocaines-aux-champs-de-fraises-en-espagne-les-travailleuses-agricoles-face-a-lexploitation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/2026\/06\/08\/des-campagnes-marocaines-aux-champs-de-fraises-en-espagne-les-travailleuses-agricoles-face-a-lexploitation\/","title":{"rendered":"Des campagnes marocaines aux champs de fraises en Espagne\u00a0: les travailleuses agricoles face \u00e0 l\u2019exploitation"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><strong><em>Ce texte est issu de l\u2019intervention d\u2019Attac CADTM lors d\u2019une table ronde organis\u00e9e par le collectif <\/em><a href=\"https:\/\/www.instagram.com\/p\/DYfBywKs1GA\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Border Resistance<\/em><\/a><em> le 30 mai 2026 \u00e0 S\u00e9ville, sur le th\u00e8me \u00ab\u00a0Avec les travailleuses saisonni\u00e8res de Huelva et toutes les travailleuses agricoles migrantes, contre l\u2019exploitation et le racisme\u00a0\u00bb.<\/em><\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement de l\u2019agriculture d\u2019exportation au Maroc a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rablement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 par le Plan Maroc Vert, vaste programme de restructuration et de lib\u00e9ralisation du secteur agricole lanc\u00e9 en 2008. Fond\u00e9e sur une logique d\u2019int\u00e9gration comp\u00e9titive aux march\u00e9s mondiaux, cette strat\u00e9gie a favoris\u00e9 la concentration de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re, l\u2019ouverture accrue du secteur aux investissements priv\u00e9s et \u00e9trangers ainsi que l\u2019expansion de cultures \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e destin\u00e9es \u00e0 l\u2019exportation, notamment les tomates, les agrumes et les fruits rouges.<\/p>\n<p>Soutenue par d\u2019importants dispositifs publics d\u2019incitation et de subvention b\u00e9n\u00e9ficiant principalement aux grandes exploitations, cette orientation a contribu\u00e9 \u00e0 faire du Maroc un fournisseur majeur de produits agricoles pour le march\u00e9 europ\u00e9en, au prix de profondes transformations sociales et \u00e9cologiques, document\u00e9es dans l\u2019\u00e9tude d\u2019Attac CADTM Maroc <a href=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/2019\/11\/09\/pour-la-souverainete-alimentaire-au-maroc\/\"><em>Pour la souverainet\u00e9 alimentaire au Maroc<\/em><\/a> (2019). En privil\u00e9giant les cultures d\u2019exportation au d\u00e9triment des productions vivri\u00e8res, le Plan Maroc Vert a renforc\u00e9 la d\u00e9pendance alimentaire du pays \u00e0 l\u2019\u00e9gard de denr\u00e9es de base, notamment les c\u00e9r\u00e9ales, alors m\u00eame que le Maroc \u00e9tait autosuffisant dans ce domaine il y a quelques d\u00e9cennies. Parall\u00e8lement, ce mod\u00e8le de d\u00e9veloppement a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 les processus d\u2019appauvrissement de la petite paysannerie.<\/p>\n<p>En effet, la concentration des terres, l\u2019\u00e9puisement des sols ainsi que l\u2019accaparement de l\u2019eau au profit des grandes exploitations irrigu\u00e9es ont progressivement fragilis\u00e9 les conditions de subsistance et d\u2019autonomie des communaut\u00e9s rurales, tout en favorisant la constitution d\u2019une importante r\u00e9serve de main-d\u2019\u0153uvre \u00e0 bas co\u00fbt au service de l\u2019agro-industrie marocaine et europ\u00e9enne, notamment dans les r\u00e9gions agricoles du sud de l\u2019Espagne telles que Huelva. Priv\u00e9es d\u2019une part croissante de leurs moyens de subsistance, de nombreuses familles rurales se trouvent contraintes de recourir au travail salari\u00e9 pour assurer leur reproduction sociale. Les femmes occupent une place centrale dans ce processus\u00a0: en l\u2019absence d\u2019alternatives, elles s\u2019orientent massivement vers le travail agricole salari\u00e9 (En 2023, le secteur agricole employait 37 % de la population f\u00e9minine active occup\u00e9e au niveau national et pr\u00e8s de 88 % de la population f\u00e9minine active occup\u00e9e en milieu rural<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>).<\/p>\n<p>Dans le Souss, principale r\u00e9gion agricole du Maroc souvent qualifi\u00e9e de \u00ab potager de l\u2019Europe \u00bb, mais \u00e9galement dans le Gharb et le Loukkos o\u00f9 se situe la production de fruits rouges destin\u00e9s \u00e0 l\u2019exportation, l\u2019exploitation du travail f\u00e9minin constitue un rouage essentiel du mod\u00e8le agro-exportateur. La comp\u00e9titivit\u00e9 de la production marocaine sur les march\u00e9s europ\u00e9ens repose en grande partie sur la disponibilit\u00e9 d\u2019une main-d\u2019\u0153uvre f\u00e9minine abondante, flexible et faiblement r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e. Alors m\u00eame qu\u2019elles occupent une place centrale dans l\u2019un des principaux secteurs d\u2019exportation du pays, les travailleuses agricoles sont confront\u00e9es \u00e0 des formes multiples et imbriqu\u00e9es de pr\u00e9carit\u00e9 et de violence<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Le travail agricole f\u00e9minin est marqu\u00e9 par une forte instabilit\u00e9 de l\u2019emploi. Les travailleuses sont g\u00e9n\u00e9ralement recrut\u00e9es de mani\u00e8re temporaire, souvent \u00e0 la journ\u00e9e ou \u00e0 la t\u00e2che, ce qui les prive de toute s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique et limite leur capacit\u00e9 \u00e0 faire valoir leurs droits. Cette pr\u00e9carit\u00e9 est renforc\u00e9e par la pr\u00e9pond\u00e9rance de l\u2019interm\u00e9diation dans le recrutement et le transport (syst\u00e8me du \u00ab Mawqef \u00bb). En externalisant ces fonctions, les employeurs se d\u00e9chargent d\u2019une partie de leurs obligations l\u00e9gales et contribuent \u00e0 entretenir un syst\u00e8me dans lequel les travailleuses demeurent fortement d\u00e9pendantes de ces acteurs interm\u00e9diaires.<\/p>\n<p>Les conditions de transport constituent un autre aspect majeur de cette exploitation. Les d\u00e9placements quotidiens vers les exploitations s\u2019effectuent fr\u00e9quemment dans des conditions dangereuses, \u00e0 l\u2019origine d\u2019accidents r\u00e9currents parfois mortels. \u00c0 cela s\u2019ajoute le non-respect g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de la l\u00e9gislation du travail, particuli\u00e8rement \u00e0 l\u2019\u00e9gard des travailleuses saisonni\u00e8res. Nombre d\u2019entre elles travaillent sans contrat formel et per\u00e7oivent des r\u00e9mun\u00e9rations inf\u00e9rieures au salaire minimum l\u00e9gal (qui s\u2019inscrit lui-m\u00eame dans cadre discriminatoire, puisque le salaire minimum agricole demeure inf\u00e9rieur \u00e0 celui appliqu\u00e9 dans les autres secteurs d\u2019activit\u00e9). Les revenus tir\u00e9s du travail agricole restent ainsi largement insuffisants pour assurer la satisfaction des besoins fondamentaux des m\u00e9nages, en particulier pour les femmes ayant des personnes \u00e0 charge, les contraignant ainsi \u00e0 s\u2019endetter aupr\u00e8s des proches, ou aupr\u00e8s des organismes de microcr\u00e9dit qui appliquent des taux usuraires. La vuln\u00e9rabilit\u00e9 des travailleuses est \u00e9galement accentu\u00e9e par l\u2019acc\u00e8s limit\u00e9 \u00e0 la protection sociale, malgr\u00e9 la p\u00e9nibilit\u00e9 des t\u00e2ches effectu\u00e9es et l\u2019exposition r\u00e9guli\u00e8re \u00e0 des produits phytosanitaires toxiques et canc\u00e9rig\u00e8nes.<\/p>\n<p>\u00c0 ces formes d\u2019exploitation \u00e9conomique s\u2019ajoutent enfin des violences de genre sp\u00e9cifiques. La position subordonn\u00e9e qu\u2019occupent les femmes dans l\u2019organisation du travail agricole les expose \u00e0 diverses formes de harc\u00e8lement, d\u2019intimidation et de violences sexuelles exerc\u00e9es par les interm\u00e9diaires, les contrema\u00eetres ou les employeurs.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ces conditions, les travailleuses agricoles d\u00e9veloppent des formes d\u2019organisation collective. Dans le Souss, o\u00f9 convergent des femmes originaires de diff\u00e9rentes r\u00e9gions du pays, les mobilisations syndicales occupent une place importante dans les luttes des travailleuses agricoles pour l\u2019am\u00e9lioration des conditions de travail, la revalorisation des salaires et le respect des droits sociaux. Les revendications d\u00e9passent par ailleurs la sph\u00e8re de la production au sens strict pour englober les conditions de la reproduction sociale. Elles portent notamment sur l\u2019acc\u00e8s aux soins de sant\u00e9, aux structures de garde d\u2019enfants, \u00e0 la protection sociale ou encore sur la r\u00e9gulation des prix des biens de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9. Ces mobilisations t\u00e9moignent ainsi d\u2019une politisation croissante des enjeux li\u00e9s au travail agricole f\u00e9minin et d\u2019une remise en cause plus large des conditions sociales qui sous-tendent le mod\u00e8le agro-exportateur.<\/p>\n<p>Toutefois, dans un contexte marqu\u00e9 par l\u2019appauvrissement croissant des campagnes et par les limites d\u2019un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement fortement orient\u00e9 vers les march\u00e9s ext\u00e9rieurs qui engendre pr\u00e9carit\u00e9 et ch\u00f4mage de masse, l\u2019\u00e9migration appara\u00eet pour de nombreuses femmes rurales comme une strat\u00e9gie de survie. Pour beaucoup d\u2019entre elles, le d\u00e9part vers les exploitations de fraises de la province de Huelva repr\u00e9sente la possibilit\u00e9 d\u2019am\u00e9liorer les conditions de vie de leur famille, de rembourser des dettes accumul\u00e9es, de financer la scolarisation de leurs enfants ou, plus simplement, de faire face \u00e0 l\u2019augmentation continue du co\u00fbt de la vie au Maroc.<\/p>\n<p>Cette mobilit\u00e9 s\u2019inscrit en grande partie dans le cadre du programme de migration circulaire GECCO (Gestion collective des recrutements \u00e0 l\u2019origine), mis en place par l\u2019Espagne au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 afin de r\u00e9pondre aux besoins des secteurs confront\u00e9s \u00e0 des p\u00e9nuries de main d\u2019\u0153uvre, et dont le Maroc est le principal pourvoyeur. Une main d\u2019\u0153uvre principalement f\u00e9minine, orient\u00e9e vers les champs de fraise dans la r\u00e9gion de Huelva.<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l\u2019abondante documentation produite depuis plusieurs ann\u00e9es sur les conditions de travail et de vie des travailleuses marocaines dans l\u2019agriculture espagnole<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, notamment en ce qui concerne les discriminations, les atteintes aux droits du travail et les violences sexuelles, ce dispositif continue d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 par les autorit\u00e9s marocaines comme un mod\u00e8le de coop\u00e9ration migratoire exemplaire. L\u2019\u00c9tat marocain cherche \u00e0 \u00e9tendre ce type de coop\u00e9ration \u00e0 d\u2019autres pays europ\u00e9ens, comme le Portugal, dans le cadre d\u2019une strat\u00e9gie qui r\u00e9v\u00e8le comment la migration saisonni\u00e8re de travail est devenue pour le Royaume un instrument de gestion du ch\u00f4mage, de la pauvret\u00e9 rurale et des cons\u00e9quences sociales des politiques de lib\u00e9ralisation mises en \u0153uvre depuis plusieurs d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019Agence nationale de promotion de l\u2019emploi et des comp\u00e9tences (ANAPEC), l\u2019Etat marocain participe \u00e0 la s\u00e9lection, au recrutement et \u00e0 la mise \u00e0 disposition des travailleuses saisonni\u00e8res aupr\u00e8s des employeurs agricoles espagnols. Ce syst\u00e8me garantit \u00e0 ces derniers l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une main-d\u2019\u0153uvre flexible, faiblement r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e et structurellement vuln\u00e9rable, dont le statut migratoire limite les possibilit\u00e9s de contestation et de revendication collective.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/ouvriere-agricole.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2439 size-full\" src=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/ouvriere-agricole.jpg\" alt=\"\" width=\"605\" height=\"308\" srcset=\"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/ouvriere-agricole.jpg 605w, https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/ouvriere-agricole-300x153.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 605px) 100vw, 605px\" \/><\/a><\/p>\n<p>La l\u00e9gitimation de ce mod\u00e8le repose largement sur un discours mettant en avant l\u2019autonomisation \u00e9conomique des femmes rurales. La migration saisonni\u00e8re est ainsi pr\u00e9sent\u00e9e comme un vecteur d\u2019\u00e9mancipation et d\u2019inclusion \u00e9conomique, tandis que les violences et les abus signal\u00e9s sont g\u00e9n\u00e9ralement interpr\u00e9t\u00e9s comme des dysfonctionnements isol\u00e9s plut\u00f4t que comme les manifestations d\u2019un syst\u00e8me de travail marqu\u00e9 par des rapports de domination structurels. Cette lecture contribue \u00e0 d\u00e9politiser la question en d\u00e9tournant l\u2019attention des m\u00e9canismes \u00e9conomiques et institutionnels qui rendent possible l\u2019exploitation des travailleuses saisonni\u00e8res.<\/p>\n<p>Cette logique se retrouve \u00e9galement dans la promotion de dispositifs pr\u00e9sent\u00e9s comme des m\u00e9canismes de \u00ab gestion \u00e9thique \u00bb du travail saisonnier, \u00e0 l\u2019image du Plan de responsabilit\u00e9 en mati\u00e8re d&rsquo;\u00e9thique, de travail, de questions sociales et d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 (PRELSI) mis en place par Interfresa, l\u2019association patronale de la fraise et des fruits rouges en Andalousie. Souvent mis en avant comme une r\u00e9ponse aux abus les plus visibles et comme une garantie de protection des travailleuses, le PRELSI demeure rarement interrog\u00e9 dans sa dimension politique. Pourtant, son financement, sa gouvernance et ses objectifs sont \u00e9troitement li\u00e9s aux int\u00e9r\u00eats de l\u2019agrobusiness espagnol. En concentrant l\u2019attention sur la pr\u00e9vention et la gestion des abus individuels, ces m\u00e9canismes tendent \u00e0 occulter les rapports de pouvoir qui structurent le syst\u00e8me de migration circulaire lui-m\u00eame et les formes de d\u00e9pendance \u00e9conomique sur lesquelles il repose.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, les enqu\u00eates ind\u00e9pendantes men\u00e9es par des journalistes, des chercheurs, des syndicats et des organisations de d\u00e9fense des droits humains jouent un r\u00f4le essentiel dans la compr\u00e9hension de ces dynamiques. Elles permettent de mettre en \u00e9vidence le caract\u00e8re syst\u00e9mique des violences et des formes d\u2019exploitation observ\u00e9es dans les exploitations agricoles espagnoles, tout en \u00e9tablissant un lien entre ces r\u00e9alit\u00e9s et les transformations \u00e9conomiques qui affectent les campagnes marocaines. Ces travaux contribuent \u00e9galement \u00e0 ouvrir un d\u00e9bat plus large sur les politiques migratoires et sur la mani\u00e8re dont les dispositifs de migration circulaire subordonnent la mobilit\u00e9 des travailleuses et des travailleurs aux besoins du march\u00e9 du travail europ\u00e9en, dans une logique qui r\u00e9pond simultan\u00e9ment \u00e0 des imp\u00e9ratifs \u00e9conomiques et \u00e0 des objectifs s\u00e9curitaires et de contr\u00f4le des fronti\u00e8res.<\/p>\n<p>La situation des travailleuses agricoles marocaines \u00e0 Huelva ne peut d\u00e8s lors \u00eatre comprise ind\u00e9pendamment des conditions sociales, \u00e9conomiques et \u00e9cologiques qui pr\u00e9valent dans les territoires dont elles sont issues. Les violences et les formes d\u2019exploitation auxquelles elles sont confront\u00e9es en Espagne s\u2019inscrivent dans le prolongement de politiques qui, au Maroc, ont progressivement fragilis\u00e9 l\u2019agriculture paysanne, concentr\u00e9 la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re, intensifi\u00e9 la pression sur les ressources naturelles et priv\u00e9 une part croissante de la population rurale de moyens de subsistance autonomes et durables.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette configuration transnationale de l\u2019exploitation, les formes de r\u00e9sistance doivent elles aussi d\u00e9passer les fronti\u00e8res nationales. La construction d\u2019alliances entre organisations de travailleuses agricoles, syndicats, mouvements f\u00e9ministes, organisations paysannes et collectifs de d\u00e9fense des droits humains des deux rives de la M\u00e9diterran\u00e9e appara\u00eet comme une condition essentielle pour renforcer les r\u00e9sistances. Ces convergences doivent permettre d\u2019articuler les revendications imm\u00e9diates relatives aux salaires, aux conditions de travail, \u00e0 la protection contre les violences, \u00e0 l\u2019acc\u00e8s aux droits sociaux et \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019organisation collective avec une critique plus globale des structures \u00e9conomiques qui produisent ces in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\n<p>Une telle perspective implique \u00e9galement de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des alternatives au mod\u00e8le agricole dominant, fond\u00e9 sur l\u2019exploitation intensive du travail, des terres et des ressources naturelles au service de l\u2019accumulation capitaliste. Elle suppose de promouvoir des formes de d\u00e9veloppement centr\u00e9es sur la souverainet\u00e9 alimentaire, la justice sociale et la pr\u00e9servation des \u00e9cosyst\u00e8mes, capables de garantir aux populations rurales des conditions de vie dignes dans leurs territoires tout en r\u00e9duisant leur d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des march\u00e9s ext\u00e9rieurs. C\u2019est \u00e0 cette \u00e9chelle que peut \u00eatre envisag\u00e9e une remise en cause durable des m\u00e9canismes qui alimentent aujourd\u2019hui la pr\u00e9carisation des campagnes et l\u2019exploitation transnationale du travail agricole.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par: Ines Jabrane<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Haut-Commissariat au Plan, Annuaire statistique (2024)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Attac CADTM, <em>Les femmes face aux dangers de la mondialisation\u00a0: les travailleurs agricoles sont un mod\u00e8le<\/em> dans <em>Femmes du Maroc \u00e0 l\u2019\u00e8re de la Mondialisation<\/em> (2020).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Le bilan 2025 du programme GECCO publi\u00e9 par le Minist\u00e8re de l\u2019Inclusion, de la S\u00e9curit\u00e9 Sociale et de l\u2019Immigration fait \u00e9tat de pr\u00e8s de 26,000 travailleurs saisonniers mobilis\u00e9s sur l\u2019ann\u00e9e, dont 81% en provenance du Maroc et 92% de femmes.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Voir \u00e0 ce sujet l\u2019enqu\u00eate du journaliste Said El Mrabet <em>Les Marocaines de Huelva\u2026 \u00ab L&rsquo;esclavage des fraises \u00bb<\/em> (2025) pour le m\u00e9dia en ligne Hounna, ou l\u2019ouvrage de Chadia Arab, g\u00e9ographe et chercheuse au CNRS, \u00a0<em>Dames de fraises, doigts de f\u00e9e, les invisibles de la migration saisonni\u00e8re marocaine en Espagne <\/em>aux \u00e9ditions En toutes lettres (2018)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte est issu de l\u2019intervention d\u2019Attac CADTM lors d\u2019une table ronde organis\u00e9e par le collectif Border Resistance le 30 mai 2026 \u00e0 S\u00e9ville, sur le th\u00e8me \u00ab\u00a0Avec les travailleuses saisonni\u00e8res de Huelva et toutes les travailleuses agricoles migrantes, contre l\u2019exploitation et le racisme\u00a0\u00bb. &nbsp; Le d\u00e9veloppement de l\u2019agriculture d\u2019exportation au Maroc a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rablement [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":2440,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[15],"tags":[340,2696,2697,268],"class_list":["post-2438","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-luttes","tag-exploitation","tag-mondialisation","tag-ouvrieres-agricoles","tag-racisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2438","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2438"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2438\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2441,"href":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2438\/revisions\/2441"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2440"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2438"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2438"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2438"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}