{"id":1458,"date":"2023-05-23T12:11:56","date_gmt":"2023-05-23T11:11:56","guid":{"rendered":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/?p=1458"},"modified":"2023-05-23T12:12:43","modified_gmt":"2023-05-23T11:12:43","slug":"entretien-avec-jawad-mousakbale-membre-du-secretariat-national-de-attac-cadtm-maroc-sur-la-situation-economiquesociale-et-politique-au-maroc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/2023\/05\/23\/entretien-avec-jawad-mousakbale-membre-du-secretariat-national-de-attac-cadtm-maroc-sur-la-situation-economiquesociale-et-politique-au-maroc\/","title":{"rendered":"Entretien avec Jawad MOUSTAKBALE membre du secr\u00e9tariat national de ATTAC\/CADTM MAROC sur la situation \u00e9conomique,sociale et politique au Maroc"},"content":{"rendered":"\n<p>Source&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/mocbxl.be\/maroc-les-luttes-sociales-face-a-larrogance-du-regime-autoritaire\/\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\">CIEP-Moc Bruxelles<\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Maroc&nbsp;: les luttes sociales face \u00e0 l\u2019arrogance du r\u00e9gime autoritaire<\/h2>\n\n\n\n<p>Jawad Moustakbal milite pour l\u2019association ATTAC\/CADTM Maroc. Nous l\u2019avons rencontr\u00e9 pour \u00e9voquer avec lui la situation sociale et politique dans le pays et les perspectives des mouvements populaires.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Interview r\u00e9alis\u00e9e par Gilles Maufroy CIEP-MOC Bruxelles<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mouvements&nbsp;: Peux-tu rappeler les caract\u00e9ristiques essentielles du r\u00e9gime politique marocain&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jawad Moustakbal&nbsp;:&nbsp;<\/strong>Le syst\u00e8me politique au Maroc est une monarchie dans laquelle tous les pouvoirs sont aux mains du roi&nbsp;: l\u00e9gislatif, ex\u00e9cutif, judiciaire, police, arm\u00e9e, etc. Le roi pr\u00e9side le conseil des ministres. L\u2019essentiel des choix strat\u00e9giques au niveau politique et \u00e9conomique passent par le palais ou ses conseillers. Les institutions servent \u00e0 approuver des choix faits par le roi et son entourage. Il y a eu peu de moments o\u00f9 la monarchie a d\u00fb faire des concessions et partager un peu de pouvoir, sous pression de grandes mobilisations comme en 2011 avec le Mouvement du 20 f\u00e9vrier, dans le contexte du processus r\u00e9volutionnaire dans la r\u00e9gion avec la chute de Ben Ali et Moubarak. Le r\u00e9gime a eu la trouille et il a r\u00e9pondu. Dans la constitution pr\u00e9c\u00e9dente, le roi nommait le premier ministre peu importe le r\u00e9sultat \u00e9lectoral. Depuis 2011 il doit choisir au sein du parti qui a eu le meilleur score \u00e9lectoral.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le choix du premier ministre reste entre les mains du roi et en 2017 c\u2019est le premier ministre sortant du PJD (islamo-conservateur), Benkiran, qui en a fait les frais. De plus, le mariage entre le pouvoir et l\u2019argent au Maroc est vraiment organique&nbsp;: on ne peut pas \u00eatre riche au Maroc sans \u00eatre bien vu par le pouvoir central. Et une fois que tu es riche, tu as acc\u00e8s au pouvoir et tu n\u2019es pas oblig\u00e9 d\u2019ob\u00e9ir aux lois et r\u00e8glements au niveau social, environnemental, etc. M\u00eame les multinationales qui viennent au Maroc ont compris \u00e7a et se sont adapt\u00e9es, contentes d\u2019avoir le \u00ab&nbsp;guichet unique&nbsp;\u00bb du Palais. Une fois que tu passes par-l\u00e0, c\u2019est bon. Le roi est l\u2019acteur \u00e9conomique principal, le plus grand banquier priv\u00e9, avec deux tiers du secteur. Ce pouvoir \u00e9conomique est aussi utilis\u00e9 pour discipliner et influencer les d\u00e9cisions \u00e9conomiques. Le roi est le premier agriculteur, avec le Domaine royal qui contr\u00f4le l\u2019essentiel des terres fertiles. Il poss\u00e8de le secteur \u00e9nerg\u00e9tique, notamment les \u00e9oliennes, en partenariat avec des entreprises \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quelle est la situation politique au Maroc apr\u00e8s les \u00e9lections de septembre&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>JM&nbsp;:<\/strong>&nbsp;La structure du r\u00e9gime relativise l\u2019importance du r\u00e9sultat \u00e9lectoral. On a vu que les derni\u00e8res \u00e9lections ont consacr\u00e9 la victoire du Parti des Ind\u00e9pendants. C\u2019est un peu la page de 2011 qui est tourn\u00e9e par le r\u00e9gime, qui se sent pousser des ailes. Ainsi, on retrouve \u00e0 la t\u00eate du gouvernement un grand patron milliardaire, qui symbolise l\u2019arrogance de la classe dominante, son sentiment de toute-puissance&nbsp;: \u00ab&nbsp;rien ne peut nous arr\u00eater et si vous d\u00e9sob\u00e9issez ce sera la r\u00e9pression&nbsp;\u00bb. Le mod\u00e8le dans la r\u00e9gion aujourd\u2019hui, pour eux, c\u2019est le mar\u00e9chal Sissi qui dirige l\u2019Egypte d\u2019une main de fer, avec une r\u00e9pression sanguinaire, non seulement contre les Fr\u00e8res musulmans mais aussi contre les jeunes qui ont fait la r\u00e9volution&nbsp;: il y a plus de prisonniers politiques en Egypte en 2021 que sous Moubarak.<\/p>\n\n\n\n<p>On assiste donc \u00e0 une revanche de ceux d\u2019en haut, apr\u00e8s les mobilisations des ann\u00e9es 2010. Le gouvernement PJD \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une concession du pouvoir qui ne voulait pas de ce parti. Les mobilisations avaient forc\u00e9 le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur \u00e0 laisser le PJD monter au gouvernement. Cela a servi au r\u00e9gime pour calmer la population. Les citoyen.ne.s ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 un gouvernement islamiste mod\u00e9r\u00e9 pour un changement en \u00e9vitant un sc\u00e9nario catastrophe comme en Syrie avec tous les sacrifices pour le mouvement populaire. C\u2019\u00e9tait un choix \u00ab&nbsp;pragmatique&nbsp;\u00bb, mais \u00e7a n\u2019a pas fonctionn\u00e9&nbsp;: le PJD a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9 au pouvoir, docile, puis dig\u00e9r\u00e9 et recrach\u00e9, humili\u00e9, parce que son utilit\u00e9 politique avait expir\u00e9. Aujourd\u2019hui c\u2019est le r\u00e8gne des grands patrons, les pr\u00e9tendus \u00ab&nbsp;champions nationaux&nbsp;\u00bb cr\u00e9\u00e9s de toute pi\u00e8ce par le r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>O\u00f9 en est l\u2019\u00e9conomie marocaine&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>JM&nbsp;:<\/strong>&nbsp;Sur le plan macro-\u00e9conomique, il y avait d\u00e9j\u00e0 une crise avant la pand\u00e9mie. Mais la pand\u00e9mie a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e pour mettre en \u0153uvre une \u00ab&nbsp;th\u00e9rapie de choc&nbsp;\u00bb en profitant du d\u00e9sarroi dans la population. La r\u00e9pression a fortement augment\u00e9, elle s\u2019est normalis\u00e9e. On a vu des repr\u00e9sentant.e.s des autorit\u00e9s frapper des gens sous pr\u00e9texte de \u00ab&nbsp;prot\u00e9ger la sant\u00e9 publique&nbsp;\u00bb. Des opposant.e.s ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9.e.s&nbsp;: youtubeurs, rappeurs, etc. Les politiques n\u00e9olib\u00e9rales ont \u00e9t\u00e9 encore renforc\u00e9es. D\u00e8s avril 2020, la loi de finances a \u00e9t\u00e9 r\u00e9form\u00e9e pour permettre au gouvernement de s\u2019endetter plus mais \u00e9galement de prendre toutes les \u00ab&nbsp;mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb (sic) n\u00e9cessaires pour faire face \u00e0 la crise. La&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.cadtm.org\/Dette-970\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>dette<\/em><\/a>&nbsp;publique a d\u00e9pass\u00e9 les 100% du&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.cadtm.org\/PIB-Produit-interieur-brut\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>PIB<\/em><\/a>. Le&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.cadtm.org\/Service-de-la-dette,1026\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>service de la dette<\/em><\/a>&nbsp;absorbe un tiers de notre budget national et nous sommes dans une spirale d\u2019endettement o\u00f9 l\u2019on s\u2019endette pour rembourser nos dettes. Le Maroc y perd de la souverainet\u00e9&nbsp;: tout cet endettement est conditionn\u00e9 \u00e0 l\u2019application de plus de politiques n\u00e9olib\u00e9rales, de privatisations, de d\u00e9sengagement de l\u2019Etat de l\u2019\u00e9ducation, de la sant\u00e9\u2026malgr\u00e9 la pand\u00e9mie. Les dettes elles-m\u00eames servent \u00e0 certains types de projets&nbsp;: ceux qui pr\u00eatent deviennent les d\u00e9cideurs. Ceux qui gouvernent semblent n\u2019en avoir rien \u00e0 faire de la souverainet\u00e9 populaire ou nationale, ils sont soumis aux int\u00e9r\u00eats des multinationales et en tirent profit.<\/p>\n\n\n\n<p>La plupart des grands projets actuels regroupent des entreprises des riches marocains et des entreprises multinationales, principalement fran\u00e7aises, pour accumuler des richesses. Par exemple, Engie qui a privatis\u00e9 la distribution de l\u2019eau et l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 Casablanca et produit de l\u2019\u00e9nergie fossile dans d\u2019autres provinces en partenariat avec une entreprise royale. Le premier ministre Akhannouch est propri\u00e9taire du groupe Akwa, associ\u00e9 \u00e0 Siemens pour un projet d\u2019\u00e9nergie solaire. L\u2019autoritarisme sert les multinationales et le n\u00e9ocolonialisme pour obtenir les permis, les terrains \u00e0 prix brad\u00e9, des exemptions d\u2019imp\u00f4ts, outrepasser les lois etc. Les grandes familles du Maroc s\u2019y associent pour amasser de l\u2019argent et b\u00e9n\u00e9ficient aussi des privatisations, comme l\u2019entreprise d\u2019acier reprise par le fonds d\u2019investissement priv\u00e9 de la famille royale, Al Mada. Les lib\u00e9ralisations aussi leur ont profit\u00e9. C\u2019est le cas d\u2019Akhannouch encore une fois qui a tir\u00e9 parti avec ses entreprises de la lev\u00e9e du contr\u00f4le des prix sur le secteur de l\u2019\u00e9nergie par le gouvernement PJD en 2014\u2026avec des surprofits d\u00e9passant la norme pour un montant avoisinant les 2 milliards d\u2019euros&nbsp;! Pareil avec la seule raffinerie de p\u00e9trole du pays&nbsp;: symbole d\u2019ind\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique dans les ann\u00e9es 1960 et privatis\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 au profit d\u2019un saoudien. Apr\u00e8s 25 ans de privatisation, le propri\u00e9taire est parti avec 40 milliards d\u2019euros de dettes envers l\u2019Etat et elle a ferm\u00e9, provoquant le licenciement de 600 travailleur.se.s. Le Maroc est maintenant compl\u00e8tement d\u00e9pendant de la fluctuation des prix des carburants sur les march\u00e9s mondiaux. La hausse des prix est tr\u00e8s forte ces derniers mois, qui explique les derni\u00e8res luttes sociales.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les conditions de vie des classes populaires ont-elles subi une d\u00e9gradation avec la pand\u00e9mie&nbsp;? Y a-t-il eu des r\u00e9actions populaires&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>JM&nbsp;:<\/strong>&nbsp;La pand\u00e9mie a \u00e9t\u00e9 suivie d\u2019une attaque tous azimuts des classes dominantes, tr\u00e8s violente&nbsp;: on a enferm\u00e9 les gens dans des conditions inconcevables, avec des aides infimes et tr\u00e8s temporaires. 24 millions de marocain.e.s vivent dans un \u00e9tat de n\u00e9cessit\u00e9. La profondeur de la crise sociale a \u00e9t\u00e9 d\u00e9voil\u00e9e, parce qu\u2019il n\u2019y a pas de statistiques fiables du ch\u00f4mage par exemple, puisqu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019indemnit\u00e9s. Beaucoup de gens ont des \u00ab&nbsp;pseudo-jobs&nbsp;\u00bb. La violence de la r\u00e9pression a \u00e9t\u00e9 terrible vis-\u00e0-vis des masses pauvres. Face \u00e0 cela, les \u00e9lites, y compris parfois \u00e0 gauche, ont justifi\u00e9 cette r\u00e9pression au nom de la sant\u00e9 publique, avec quasiment un racisme de classe vis-\u00e0-vis des pauvres \u00ab&nbsp;qui ne respectent rien&nbsp;\u00bb, s\u2019entassent sur les march\u00e9s. Certain.e.s \u00e0 gauche n\u2019ont pas compris la gravit\u00e9 de la situation, que le pouvoir central a pu instrumentaliser contre tout le monde. Ce qui a facilit\u00e9 cette attaque, c\u2019est la faiblesse du mouvement syndical et le degr\u00e9 d\u2019int\u00e9gration de la bureaucratie syndicale au r\u00e9gime. La centrale historique, l\u2019UMT (union marocaine des travailleur.se.s), qui fut l\u2019une des plus importantes de l\u2019Afrique, est dirig\u00e9e par des patrons propri\u00e9taires d\u2019entreprises. Le chef de l\u2019UMT a donn\u00e9 une consigne de vote aux ouvrier.\u00e8res affili\u00e9.e.s en faveur du parti qui a gagn\u00e9 les \u00e9lections, un parti dirig\u00e9 par un milliardaire&nbsp;! En ce qui concerne la gauche&nbsp;: la gauche radicale est trop faible pour peser sur les \u00e9v\u00e8nements. Autant en 2011 c\u2019\u00e9tait une p\u00e9riode propice, autant aujourd\u2019hui la gauche, \u00e9parpill\u00e9e, est sur la d\u00e9fensive.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il y a des r\u00e9sistances populaires, avec deux types de mouvements&nbsp;: les luttes sectorielles et les mouvements spontan\u00e9s. Il y a d\u00e9j\u00e0 eu le mouvement du Rif en 2017, qui a \u00e9t\u00e9 une \u00e9tape sup\u00e9rieure qualitativement par rapport au mouvement du 20 f\u00e9vrier de 2011. Les prises de d\u00e9cision se sont faites avec la population de fa\u00e7on d\u00e9mocratique, dans des caf\u00e9s et non plus dans des locaux ferm\u00e9s. Les revendications n\u2019\u00e9taient plus exclusivement de type politique, sur la constitution, etc. Le mouvement du Rif avait des revendications clairement sociales&nbsp;: un h\u00f4pital, une route, une universit\u00e9, etc. Le d\u00e9bat sur la monarchie et la r\u00e9forme constitutionnelle est trop loin de ces pr\u00e9occupations quotidiennes des gens. A Jerada, ville mini\u00e8re, le slogan principal du mouvement \u00e9tait&nbsp;: \u00ab&nbsp;nous voulons un nouveau mod\u00e8le \u00e9conomique&nbsp;\u00bb. Ces mobilisations de 2017 s\u2019appuyaient sur l\u2019h\u00e9ritage du mouvement de 2011, avec les manifestations hebdomadaires, etc. Mais elles en ont aussi tir\u00e9 des le\u00e7ons. Une terrible r\u00e9pression a suivi&nbsp;: les leaders du mouvement ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 20 ans de prison. Des jugements terribles et ill\u00e9gaux qui ont donn\u00e9 confiance \u00e0 la classe dirigeante dans cette voie pour stopper les mouvements.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis, il y a les luttes sectorielles comme celle des enseignant.e.s contractuel.le.s. Cette politique n\u00e9olib\u00e9rale n\u2019a pas de sens parce qu\u2019on a besoin de beaucoup plus d\u2019enseignant.e.s, pas de les licencier. Plus de 60000 enseignant.e.s sont entr\u00e9.e.s en lutte. Et enfin il y a aussi les mouvements spontan\u00e9s, comme la campagne de boycott contre trois entreprises proches du pouvoir, dont celle d\u2019Akhannouch. Une forme de d\u00e9sob\u00e9issance civile qui a eu un succ\u00e8s \u00e9norme, la population a compris qu\u2019il fallait taper dans la poche des riches. Danone aussi a \u00e9t\u00e9 touch\u00e9. Les pertes pour ces groupes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9normes. Le CEO de Danone est venu deux fois au Maroc et a baiss\u00e9 les prix. Pendant la pand\u00e9mie, le pouvoir a essay\u00e9 en vain de faire passer une loi qui criminalise le fait de d\u00e9noncer publiquement une enseigne nationale.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui est int\u00e9ressant aussi, c\u2019est le processus de politisation en profondeur de la soci\u00e9t\u00e9. Par exemple, les ultras des clubs de foot, sport tr\u00e8s populaire, ont des slogans de plus en plus politiques, sociaux, contre la hogra, l\u2019humiliation ressentie par les gens, contre les gens du pouvoir. Maintenant dans les manifs on reprend leurs slogans, alors qu\u2019avant on les prenait pour des couches d\u00e9politis\u00e9es. Ils expriment une rage dans la soci\u00e9t\u00e9. On a vu aussi une grande d\u00e9termination, malgr\u00e9 la r\u00e9pression, dans les r\u00e9centes mobilisations contre le passe sanitaire et le co\u00fbt de la vie. C\u2019est une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, qui n\u2019avait que 7 ou 8 ans en 2011. Ce sont des mouvements spontan\u00e9s qui s\u2019appuient sur les r\u00e9seaux sociaux. L\u2019autoritarisme au Maroc est fort, la d\u00e9cision du passe a \u00e9t\u00e9 prise en un soir. Le m\u00e9pris des d\u00e9cideurs, leur violence envers la population, va produire une r\u00e9sistance comparable&nbsp;: les gens ont la rage. Les formes d\u2019organisation changent. Les ultras ont l\u2019habitude de g\u00e9rer la violence polici\u00e8re par exemple, leurs tactiques peuvent inspirer d\u2019autres. Tout cela est assez prometteur. La gauche doit \u00eatre parmi ces gens, les \u00e9couter, apprendre d\u2019eux, y compris dans la mani\u00e8re de communiquer simplement le d\u00e9sarroi, les besoins et la rage. Nous devons connecter tous ces mouvements et apporter nos exp\u00e9riences des d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes au service de ces mouvements, ne pas se prendre pour une avant-garde autoproclam\u00e9e et donneuse de le\u00e7ons.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quelle est l\u2019activit\u00e9 d\u2019ATTAC\/CADTM Maroc&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>JM&nbsp;:&nbsp;<\/strong>Nous existons depuis 2000. Nous sommes pr\u00e9sent.e.s dans une douzaine de villes. Nous travaillons principalement sur l\u2019analyse des choix \u00e9conomiques du pays, mais aussi dans le soutien aux luttes sociales, contre les privatisations, pour la souverainet\u00e9 alimentaire et le service public. Nous avons fait une enqu\u00eate avec les paysans sur l\u2019impact de la politique agricole, suivie de rencontres r\u00e9gionales pour discuter des r\u00e9sultats, rassembl\u00e9s dans un livre qui d\u00e9monte l\u2019orientation exportatrice et son impact n\u00e9gatif sur les petits paysans. Nous d\u00e9fendons la justice environnementale, contre la mainmise des multinationales sur les ressources. Nous travaillons, notamment les camarades femmes, sur la dette et le micro-cr\u00e9dit, o\u00f9 les pauvres financent les riches et les banques, \u00e0 des taux allant jusqu\u2019\u00e0 30%. Ce syst\u00e8me pr\u00e9tend sortir les gens de la pauvret\u00e9 mais fait le contraire. Nous sommes actifs en Afrique de l\u2019Ouest et dans la coordination Afrique du Nord et Moyen-Orient pour le CADTM, en soutenant des r\u00e9seaux sur la souverainet\u00e9 alimentaire par exemple, mais aussi l\u2019\u00e9ducation politique, de l\u2019Alg\u00e9rie jusqu\u2019au Soudan, avec des militant.e.s actif.ve.s dans les luttes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Peux-tu nous dire quelques mots sur la r\u00e9pression au Maroc et les besoins de solidarit\u00e9 internationale&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>JM&nbsp;:<\/strong>&nbsp;La r\u00e9pression des journalistes, l\u2019arrestation sur base d\u2019opinions politiques de rappeurs, de youtubeurs, s\u2019int\u00e8gre dans le climat de r\u00e9pression tous azimuts. C\u2019est la partie \u00e9merg\u00e9e de l\u2019iceberg. Les attaques ont vis\u00e9 en particulier le peu de journalisme ind\u00e9pendant qui \u00e9tait n\u00e9 \u00e0 la fin du r\u00e8gne de Hassan II. A cette \u00e9poque quelques journaux osaient comparer le r\u00e9gime avec celui de Ben Ali, critiquer le business du roi, etc. Depuis les ann\u00e9es 2000 on a vu des attaques contre ce journalisme. Omar Radi, Soulaimane Raissouni sont le fruit de ces journalisme-l\u00e0. Les ann\u00e9es 2000 \u00e7a a \u00e9t\u00e9 les d\u00e9buts d\u2019internet, l\u2019explosion de blogs, de journaux web, etc. Le r\u00e9gime ne savait pas bien comment g\u00e9rer \u00e7a. Ils ont r\u00e9prim\u00e9 le plus possible, puis ils ont envahi internet de sites web proches du pouvoir, en particulier apr\u00e8s 2011, qui traitent essentiellement de faits divers et de distractions.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9gime, apr\u00e8s avoir d\u00e9truit les journaux ind\u00e9pendants, s\u2019est attaqu\u00e9 aux individus eux-m\u00eames, comme Omar et Soulaimane. Les rares journalistes ind\u00e9pendants qui essayaient de faire leur travail s\u00e9rieusement, sont devenus la cible. Soulaimane Raissouni \u00e9tait le dernier \u00e9ditorialiste qui osait parler des sujets sensibles, critiquer le premier ministre, supportait le boycott, le mouvement du Rif, etc. Aujourd\u2019hui, le domaine du \u00ab&nbsp;sacr\u00e9&nbsp;\u00bb, intouchable, s\u2019est \u00e9largi. Tout cela est vu par le pouvoir comme \u00ab&nbsp;franchir la ligne rouge&nbsp;\u00bb. Omar Radi travaillait lui directement sur les sujets qui montraient comment les classes dominantes accumulent les richesses en s\u2019appropriant les terres, l\u2019eau, le sable, l\u2019\u00e9nergie, etc. Son dernier sujet c\u2019est la privatisation des terres collectives, pour laquelle le pouvoir a instrumentalis\u00e9 une rh\u00e9torique en faveur de l\u2019acc\u00e8s des femmes \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. Dans la r\u00e9alit\u00e9, ce sont les riches et les multinationales qui vont en profiter. Ces journalistes payent le prix de leur engagement, mais aussi la r\u00e9gression du mouvement social et l\u2019arrogance du r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n<p>Des comit\u00e9s de solidarit\u00e9 se sont cr\u00e9\u00e9s. On arrive \u00e0 faire des sit-ins de solidarit\u00e9 \u00e0 chaque audience que ce soit pour Soulaimane ou Omar ainsi que d\u2019autres d\u00e9tenus. Par contre, la r\u00e9pression continue. Un organisateur de sit-in, qui faisait des vid\u00e9os Facebook, a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9, jug\u00e9\u2026La liste des prisonnier.\u00e8re.s d\u2019opinion s\u2019allonge. Les militant.e.s sont conscient.e.s de la n\u00e9cessit\u00e9 de mener ce combat jusqu\u2019au bout. Le moral d\u2019Omar est ok, il sait qu\u2019on essaie de l\u2019humilier et de l\u2019abattre mais il lit beaucoup, il garde le sourire. Je compte plus sur les grandes mobilisations dont on a parl\u00e9 avant pour am\u00e9liorer la situation. Enfin, au niveau international, toutes les formes de solidarit\u00e9 sont tr\u00e8s importantes parce que l\u2019image, c\u2019est ce qui inqui\u00e8te le r\u00e9gime. Il ne veut pas qu\u2019on d\u00e9voile comment il traite les citoyen.ne.s et les opposant.e.s. Donc on compte l\u00e0-dessus pour mettre la pression&nbsp;: on a d\u2019ailleurs vu le r\u00e9gime marocain s\u2019attaquer au journal l\u2019Humanit\u00e9. \u00c7a donne de la confiance et de l\u2019\u00e9nergie aux militant.e.s au Maroc.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Source&nbsp;:&nbsp;CIEP-Moc Bruxelles Maroc&nbsp;: les luttes sociales face \u00e0 l\u2019arrogance du r\u00e9gime autoritaire Jawad Moustakbal milite pour l\u2019association ATTAC\/CADTM Maroc. Nous l\u2019avons rencontr\u00e9 pour \u00e9voquer avec lui la situation sociale et politique dans le pays et les perspectives des mouvements populaires. 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