{"id":1023,"date":"2019-11-09T12:53:08","date_gmt":"2019-11-09T11:53:08","guid":{"rendered":"http:\/\/attacmaroc.org\/fr\/?p=1023"},"modified":"2020-08-20T15:27:47","modified_gmt":"2020-08-20T14:27:47","slug":"pour-la-souverainete-alimentaire-au-maroc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/attacmaroc.org\/fr\/2019\/11\/09\/pour-la-souverainete-alimentaire-au-maroc\/","title":{"rendered":"Pour la souverainet\u00e9 alimentaire au Maroc\u00a0"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>Pour la souverainet\u00e9 alimentaire au Maroc\u00a0<\/strong><\/em><\/p>\n<p>L\u2019association ATTAC CADTM Maroc a \u00e9dit\u00e9 en arabe son \u00e9tude sur la politique agricole au Maroc et ses multiples implications sur les petit-e-s paysan-ne-s, les ouvrier-e-s agricoles, l\u2019\u00e9conomie et l\u2019environnement. Elle s\u2019intitule\u00a0:\u00a0<em><strong>\u00ab\u00a0Pour la souverainet\u00e9 alimentaire au Maroc, \u00e9tude de terrain sur la politique agricole et le pillage des ressources\u00a0\u00bb<\/strong><\/em><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><strong><em>[1]<\/em><\/strong><\/a><em><strong>. <\/strong><\/em><\/p>\n<p>Une premi\u00e8re pr\u00e9sentation nationale de ce livre a eu lieu \u00e0 Rabat le samedi 26 octobre 2019.<\/p>\n<p>Cette publication est le r\u00e9sultat d\u2019une recherche-action men\u00e9e dans cinq grandes r\u00e9gions agricoles du Maroc, \u00e0 savoir le Loukkos, Le Gharb, Tadla, Souss et Draa.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sentation des r\u00e9sultats de cette \u00e9tude intervient dans le contexte de l\u2019accentuation de la d\u00e9pendance alimentaire due aux choix n\u00e9olib\u00e9raux pr\u00f4n\u00e9s par les Institutions financi\u00e8res internationales et l\u2019Organisation mondiale du commerce. En effet, le \u00ab\u00a0Plan Maroc Vert\u00a0\u00bb vise \u00e0 soutenir le secteur de l\u2019agrobusiness exportateur et se soucie peu d\u2019assurer l\u2019alimentation \u00e0 notre population. Les subventions et les facilit\u00e9s fiscales sont con\u00e7ues pour maximaliser les profits du grand capital agraire. L\u2019appauvrissement des petits paysans s\u2019acc\u00e9l\u00e8re\u00a0; ils perdent leurs terres, leurs ressources en eau, et leur environnement se d\u00e9t\u00e9riore. La balance alimentaire est de plus en plus d\u00e9ficitaire et contribue \u00e0 un endettement public alarmant. Les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 impactent gravement les couches populaires et les salari\u00e9-e-s.<\/p>\n<p>ATTAC CADTM Maroc pr\u00e9sente cette \u00e9tude au grand public int\u00e9ress\u00e9 par la question agricole et la r\u00e9forme agraire dans notre pays (syndicats, associations, organisations de femmes, de jeunes, organisations politiques, petits paysans, marins p\u00eacheurs, ouvriers agricoles, agronomes, chercheurs\u2026). Son but est d\u2019initier un d\u00e9bat large sur les alternatives possibles, notamment le contr\u00f4le des producteurs de leurs outils de production et l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une autre politique agricole bas\u00e9e sur la satisfaction des besoins alimentaires de base et une redistribution \u00e9quitable des terres et des ressources et le respect de l\u2019environnement. L\u2019alternative de souverainet\u00e9 alimentaire se pose alors comme une priorit\u00e9 urgente dans notre pays.<\/p>\n<p>En attendant la finalisation de la version fran\u00e7aise, nous pr\u00e9sentons l\u2019introduction du livre.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019association Attac Maroc a men\u00e9 sur le terrain la pr\u00e9sente \u00e9tude relative \u00e0 la politique agricole lib\u00e9rale instituant les conditions de la mainmise des grands capitalistes sur les terres, les ressources hydriques et les autres ressources naturelles. Cette politique vise \u00e0 leur accorder des subventions publiques et des facilit\u00e9s fiscales pour produire des cultures d\u2019exportation intensives et \u00e9puisantes pour les sols, dont les recettes ne couvrent qu\u2019environ 47 % des importations alimentaires en moyenne sur une p\u00e9riode de dix ans, de 2008 \u00e0 2017, p\u00e9riode connue par la mise en \u0153uvre du \u00ab\u00a0Plan Maroc vert\u00a0\u00bb. Les c\u00e9r\u00e9ales constituent plus du tiers de ces importations. Le pilier principal de ce plan est la cr\u00e9ation de grandes exploitations int\u00e9gr\u00e9es (les \u2018agr\u00e9gations\u2019 du Plan Maroc vert), agricoles, commerciales, industrielles et exportatrices auxquels la majorit\u00e9 des petits et moyens agriculteurs sont soumis, intensifiant le processus de leur appauvrissement, bien qu\u2019ils r\u00e9sistent encore pour produire des cultures vivri\u00e8res marginalis\u00e9es par le Plan\u00a0; ces agr\u00e9gations exploitent aussi les ouvriers et les ouvri\u00e8res agricoles dans les pires conditions, l\u00e9galement ent\u00e9rin\u00e9es par le Code du travail en vigueur.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sente \u00e9tude vient dans un contexte sp\u00e9cifique principalement caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019offensive de l\u2019\u00c9tat via son arsenal juridique, qui vise \u00e0\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Faciliter l\u2019accaparement par les grands capitalistes des terres appartenant aux collectivit\u00e9s ethniques (mobilisation d\u2019un million d\u2019hectares de ces terres pour mettre en \u0153uvre des projets d\u2019investissement agricole, dont l\u2019immatriculation de 5 millions d\u2019hectares \u00e0 l\u2019horizon 2020 afin d\u2019en faciliter l\u2019appropriation priv\u00e9e)\u00a0;<\/li>\n<li>Poursuivre l\u2019accaparement du domaine forestier (la d\u00e9limitation administrative du domaine forestier) ;<\/li>\n<li>D\u00e9velopper des projets d\u2019investissement capitaliste d\u2019exportation concernant l\u2019arganier, dans les r\u00e9gions du Sud occidental, notamment les r\u00e9gions de Souss et d\u2019Essaouira, et la destruction des traditions de son exploitation collective\u00a0: projet de plantation de 10 milliers d\u2019hectares \u00ab\u00a0d\u2019arganiers agricoles\u00a0\u00bb ;<\/li>\n<li>Am\u00e9nager des espaces pastoraux au profit des grands nomades propri\u00e9taires des troupeaux de chameaux et de b\u00e9tails (promulgation de la Loi n\u00b013-113 relative \u00e0 la transhumance pastorale, \u00e0 l\u2019am\u00e9nagement et \u00e0 la gestion des\u00a0espaces pastoraux et sylvopastoraux).<\/li>\n<\/ul>\n<p>L\u2019\u00c9tat a \u00e9galement consolid\u00e9 ses dispositifs r\u00e9pressifs et judiciaires afin de r\u00e9primer les manifestations des petits agriculteurs et de la population touch\u00e9e (arrestations et proc\u00e8s de militants et militantes) organis\u00e9es en r\u00e9ponse \u00e0 cette avanc\u00e9e capitaliste dans les r\u00e9gions de Souss, du Sud oriental, de l\u2019Occident (Sidi Slimane), de Midelt, de Tadla (B\u00e9ni Mellal et Kh\u00e9nifra) et du Rif. Dans les villes de Casablanca, le 25 novembre 2018, de Rabat, le 17 f\u00e9vrier 2019, et de Tiznit, le 24 mars 2019, des marches nationales ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es pour d\u00e9noncer les diff\u00e9rentes atteintes de l\u2019\u00c9tat aux droits collectifs aux terres, aux for\u00eats, aux parcours, les richesses mini\u00e8res et autres, et ce sur une initiative de la Coordination <em>Akal<\/em>\u00a0(terre) pour la d\u00e9fense du droit de la population \u00e0 la terre et \u00e0 la richesse. L\u2019ampleur des manifestations a fait preuve de la volont\u00e9 populaire de continuer la lutte, et par cons\u00e9quent, plusieurs coordinations locales ont vu le jour dans les r\u00e9gions de Souss et m\u00eame parmi les marocains r\u00e9sidents \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sente \u00e9tude se base sur une enqu\u00eate de terrain ayant couvert cinq grandes r\u00e9gions agricoles (Draa, Souss, Tadla, El Gharb et Loukkos) et sur des discussions issues de rencontres r\u00e9gionales \u00e9largies tenues au sein de ces r\u00e9gions avec les petits agriculteurs.trices et les ouvrier.e.s agricoles, ainsi que d\u2019autres acteurs.trices sur les effets de ce mod\u00e8le agricole fond\u00e9 sur le d\u00e9veloppement des profits d\u2019une minorit\u00e9 capitaliste cupide au d\u00e9triment de la majorit\u00e9 des couches populaires. L\u2019\u00e9tude pose \u00e9galement les \u00e9l\u00e9ments d\u2019une alternative possible fond\u00e9e sur la notion de souverainet\u00e9 alimentaire.<\/p>\n<p><strong>Le premier chapitre<\/strong> contient les synth\u00e8ses de l\u2019enqu\u00eate de terrain r\u00e9alis\u00e9e avec des petits agriculteurs et la comparaison des r\u00e9sultats obtenus au niveau des cinq r\u00e9gions agricoles. Il en ressort clairement l\u2019\u00e9tendue de la souffrance actuelle des petits agriculteurs \u00e0 cause du taux important d\u2019analphab\u00e9tisme constat\u00e9 ainsi que du manque de services de base de sant\u00e9, de s\u00e9curit\u00e9 sociale (retraite et couverture m\u00e9dicale), et des infrastructures n\u00e9cessaires (routes\u2026), ce qui, par voie de cons\u00e9quence, entra\u00eene la d\u00e9t\u00e9rioration de leurs situations \u00e9conomique et sociale. Ce qui d\u00e9voile ainsi le caract\u00e8re fallacieux de la propagande officielle selon laquelle le \u00ab\u00a0Plan Maroc vert\u00a0\u00bb dans l\u2019agriculture contribue \u00e0 la promotion de la population rurale. En d\u00e9pit du faible niveau de leur revenu annuel et de l\u2019intensit\u00e9 de leur pauvret\u00e9, nous ressentons chez eux un sentiment extraordinaire de fiert\u00e9 et de dignit\u00e9. En effet, ils luttent pour subvenir aux besoins de leurs familles malgr\u00e9 les circonstances difficiles. Ils r\u00e9sistent toujours pour pr\u00e9server leur statut de producteurs, s\u2019attachent \u00e0 leurs cultures vivri\u00e8res et font preuve de l\u2019efficience de ces derni\u00e8res dans la garantie d\u2019une alimentation saine exploitant des petites surfaces avec une grande \u00e9conomie en eau, une pr\u00e9servation de la fertilit\u00e9 de la terre, de la diversit\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale et animale, ainsi qu\u2019une capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 l\u2019environnement et \u00e0 le respecter. Nous avons \u00e9t\u00e9 les t\u00e9moins chez ces petits agriculteurs de leur capacit\u00e9 \u00e0 acqu\u00e9rir des connaissances, des exp\u00e9riences et des cultures collectives qu\u2019ils partagent en toute solidarit\u00e9 et en parfaite \u00e9quilibre avec leur environnement et leurs richesses depuis des si\u00e8cles. Cependant, ils expriment leur profonde crainte \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la destruction actuelle de tous ces acquis et accumulations, ainsi que du pillage des ressources de leurs r\u00e9gions d\u2019origine par des intrus, poss\u00e9dant les capitaux et le pouvoir, et emport\u00e9s par la cupidit\u00e9 du gain rapide. En outre, ces petits agriculteurs souffrent d\u2019une difficult\u00e9 croissante \u00e0 vendre leurs produits vivriers dans les march\u00e9s domin\u00e9s par les produits import\u00e9s \u00e0 prix bas et contr\u00f4l\u00e9s par les interm\u00e9diaires. Ils \u00e9voquent avec amertume leur manque d\u2019auto-organisation, et la plupart d\u2019entre eux ont exprim\u00e9 leur volont\u00e9 d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 n\u2019importe quelle initiative \u00e0 m\u00eame de les aider \u00e0 s\u2019organiser, puisqu\u2019ils n\u2019ont plus rien \u00e0 perdre.<\/p>\n<p>Pour mieux illustrer cette situation g\u00e9n\u00e9rale, <strong>le deuxi\u00e8me chapitre<\/strong> met l\u2019accent sur les probl\u00e8mes v\u00e9cus par les petits agriculteurs et sur leurs revendications dans chacune des cinq r\u00e9gions couvertes par l\u2019enqu\u00eate sur terrain (Draa, Souss, Tadla, El Gharb et Loukkos). Nous y avons \u00e9galement ajout\u00e9 les r\u00e9sultats des rencontres r\u00e9gionales que nous avons organis\u00e9es dans ces m\u00eames r\u00e9gions. En effet, une fois l\u2019enqu\u00eate de terrain achev\u00e9e, l\u2019association ATTAC Maroc a organis\u00e9 des rencontres r\u00e9gionales portant sur la souverainet\u00e9 alimentaire (deux rencontres en mois de d\u00e9cembre 2018 \u00e0 Skoura et Agadir, et deux autres au mois de f\u00e9vrier 2019 \u00e0 B\u00e9ni Mellal et Sidi Slimane) pour pr\u00e9senter les r\u00e9sultats de ladite enqu\u00eate de terrain et approfondir la discussion avec les concern\u00e9-e-s. Au cours de l\u2019enqu\u00eate, les petits agriculteurs ont d\u00e9crit une multitude de probl\u00e8mes dont ils souffrent et ont exprim\u00e9 des craintes devant cette destruction globale qui les affecte en tant que producteurs et citoyens ruraux en raison des politiques agricoles officielles qui soutiennent les grands capitalistes et qui les marginalisent. Mais la plupart d\u2019entre eux pourtant, \u00e0 travers leurs revendications, ne remettent en cause la politique agricole que de mani\u00e8re vague. Il semble qu\u2019un certain individualisme commence \u00e0 gagner leurs rangs, et les valeurs du travail collectif et d\u2019entraide entre les membres de la communaut\u00e9 pour d\u00e9fendre leurs droits ont r\u00e9gress\u00e9. De m\u00eame, les effets n\u00e9gatifs de l\u2019absence d\u2019accumulation d\u2019exp\u00e9riences militantes et de la faiblesse du travail syndical et associatif sont apparents. En effet, seule une minorit\u00e9 d\u2019entre eux a exprim\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019adopter une politique agricole alternative au mod\u00e8le capitaliste ax\u00e9 sur l\u2019exportation, \u00e0 savoir une politique qui repose sur la production des besoins de consommation de base et qui encourage les cultures vivri\u00e8res locales. Notons que l\u2019alternative de la souverainet\u00e9 alimentaire et la r\u00e9forme agraire n\u00e9cessitent encore des efforts et des discussions collectives, pour qu\u2019elles puissent \u00eatre assimil\u00e9es par les agriculteurs et ouvrier-e-s agricoles. Or, les rencontres r\u00e9gionales sur la souverainet\u00e9 alimentaire ont d\u00e9voil\u00e9 des id\u00e9es avanc\u00e9es par rapport \u00e0 celles exprim\u00e9es lors des entretiens individuels dans les enqu\u00eates de terrain. En outre, elles ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des capacit\u00e9s militantes potentielles concr\u00e8tes \u00e0 travers des espaces et des ateliers ayant permis d\u2019exprimer en toute libert\u00e9 les opinions r\u00e9elles des diff\u00e9rent.e.s participant.e.s.<\/p>\n<p><strong>Le troisi\u00e8me chapitre<\/strong> aborde les r\u00e9sultats de l\u2019enqu\u00eate de terrain relative aux ouvrier-e-s agricoles travaillant au sein des exploitations agricoles et des stations de conditionnement relevant des soci\u00e9t\u00e9s d\u2019exportation, principalement bas\u00e9es dans la r\u00e9gion du Souss o\u00f9 se concentre le mod\u00e8le agricole, commercial, industriel et d\u2019exportation. En fait, l\u2019enqu\u00eate r\u00e9v\u00e8le la surexploitation que subissent les ouvrier-e-s agricoles, notamment les femmes qui sont victimes de tout type d\u2019oppression et de harc\u00e8lement. Il existe aussi une large couche qui travaille dans des conditions proches de l\u2019esclavage. Il s\u2019agit d\u2019ouvrier-e-s agricoles journalier-e-s proposant quotidiennement leurs \u00ab\u00a0bras nus\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019aube dans le \u00ab\u00a0<em>Mawkef<\/em>\u00a0\u00bb qui est une sorte de \u00ab\u00a0bourse de l\u2019emploi \u00bb aux points de concentration ouvri\u00e8re bien connus de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Et nous avons constat\u00e9 que la plupart des ouvrier-e-s sont issu(e)s d\u2019autres r\u00e9gions agricoles du Maroc o\u00f9 le processus d\u2019appauvrissement des petits agriculteurs s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, les poussant \u00e0 abandonner leurs terres et migrer \u00e0 la recherche d\u2019un emploi. Nous avons \u00e9galement observ\u00e9 une tendance g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 s\u2019installer dans la r\u00e9gion (du Souss), o\u00f9 ils sont contraints d\u2019accepter des conditions de surexploitation pour pouvoir fonder des familles et s\u2019endetter pour compl\u00e9ter les frais de subsistance et de logement, que leurs m\u00e9diocres salaires ne couvrent pas\u00a0; ils habitent au sein de pauvres douars d\u00e9pourvus des moindres infrastructures indispensables, tels que les routes, l\u2019assainissement, les services de sant\u00e9, etc.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 des camions modernes et climatis\u00e9s quittent quotidiennement les exploitations agricoles et les stations de conditionnement charg\u00e9s de l\u00e9gumes et de fruits destin\u00e9s aux march\u00e9s \u00e9trangers, des milliers d\u2019ouvriers agricoles s\u2019entassent dans des camions ou des tracteurs \u00ab\u00a0de la mort\u00a0\u00bb (accidents de circulation mortels fr\u00e9quents) qui les transportent vers des unit\u00e9s de production qui ne respectent pas les crit\u00e8res d\u2019hygi\u00e8ne et de s\u00e9curit\u00e9 et la l\u00e9gislation de travail en mati\u00e8re de conditions de travail, de salaires et de s\u00e9curit\u00e9 sociale. Les quelques acquis sociaux proviennent des luttes des ouvrier-e-s agricoles et l\u2019extension du travail syndical dans la r\u00e9gion, notamment l\u2019exp\u00e9rience de la F\u00e9d\u00e9ration nationale du secteur agricole relevant de l\u2019Union marocaine du travail, principalement pour d\u00e9fendre le droit syndical. Les patrons sont soutenus par l\u2019\u00c9tat via la promulgation d\u2019un code de travail ax\u00e9 sur la flexibilit\u00e9, la m\u00e9diation, le travail temporaire et la facilitation des proc\u00e9dures de licenciement. Les ouvrier-e-s agricoles souffrent d\u2019une discrimination l\u00e9gale au niveau du salaire minimum et du temps de travail. L\u2019inspection de travail n\u2019a pas de pouvoir contraignant et les tribunaux ferment les yeux sur les abus des patrons.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le agricole impos\u00e9 par l\u2019\u00c9tat ressemble \u00e0 un moulin servant \u00e0 broyer l\u2019\u00eatre humain \u00e0 des fins capitalistes dont seule une minorit\u00e9 profitera.<\/p>\n<p><strong>Le quatri\u00e8me chapitre<\/strong> expose les manifestations de ce mod\u00e8le d\u2019appauvrissement des petits agriculteurs et de mainmise des grands capitalistes sur les terres agricoles et les ressources en eau. Cette p\u00e9n\u00e9tration capitaliste s\u2019inscrit dans le cadre du plan de l\u2019\u00c9tat pour mobiliser les terres au profit de l\u2019investissement et r\u00e9gulariser la situation juridique de celles appartenant aux collectivit\u00e9s ethniques et au domaine forestier. Ce qui permettra ensuite de les conc\u00e9der aux grands projets de l\u2019agriculture,\u00a0du tourisme, de l\u2019immobilier, des mines et des carri\u00e8res. Elle s\u2019inscrit aussi dans le cadre du plan national de l\u2019eau, lequel a mis en \u0153uvre d\u2019\u00e9normes projets tendant \u00e0 accompagner le processus de l\u2019accaparement des terres. Ce plan pr\u00e9voit la cr\u00e9ation de canaux de transfert de l\u2019eau d\u2019irrigation des r\u00e9gions riches en eau vers les r\u00e9gions arides, la poursuite de la politique des barrages destin\u00e9s aux cultures d\u2019exportation, le\u00a0dessalement\u00a0de l\u2019eau de mer, et l\u2019\u00e9laboration d\u2019un cadre institutionnel tendant \u00e0 couvrir cette mainmise sur les richesses hydriques. De ce fait, les revendications des petits agriculteurs et de la population rurale ont augment\u00e9 en raison des r\u00e9sultats de ces plans expansionnistes dans plusieurs r\u00e9gions du Maroc, et l\u2019\u00c9tat a ripost\u00e9 par la r\u00e9pression, les arrestations et les proc\u00e8s.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le agricole, financier, commercial, industriel et d\u2019exportation p\u00e9n\u00e8tre sous le parrainage des services de l\u2019\u00c9tat et du Minist\u00e8re de l\u2019Agriculture, et ce via l\u2019imposition de modes de production et de consommation \u00e0 l\u2019instar du mod\u00e8le appliqu\u00e9 dans les grands pays capitalistes. Les <a href=\"https:\/\/context.reverso.net\/traduction\/francais-arabe\/semences+hybrides\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">semences hybrides<\/a>, les plants certifi\u00e9s (et races de b\u00e9tail) et les grandes p\u00e9pini\u00e8res sont alors impos\u00e9es et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es. Ce qui m\u00e8ne, par cons\u00e9quent, \u00e0 une destruction du reste du patrimoine g\u00e9n\u00e9tique accumul\u00e9 par les petits agriculteurs. Les multinationales ont monopolis\u00e9 la production de semences au nom de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle et des brevets d\u2019invention, et l\u2019\u00c9tat marocain a veill\u00e9 \u00e0 mettre en place tout un arsenal juridique de protection des droits des \u00ab\u00a0investisseurs\u00a0\u00bb. Il a de m\u00eame promulgu\u00e9 une loi relative aux signes distinctifs d&rsquo;origine et de qualit\u00e9 (SDOQ) des denr\u00e9es alimentaires et des produits agricoles et halieutiques. Ce qui a facilit\u00e9 la mainmise sur les richesses locales des petits agriculteurs, telles que l\u2019arganier, les dattes et le safran. Ce type de semences et d\u2019arbres promus par les multinationales repose sur des techniques agricoles favorisant la destruction de la terre et l\u2019\u00e9puisement de l\u2019eau, et sur l\u2019utilisation massive d\u2019engrais chimiques et de <a href=\"https:\/\/context.reverso.net\/traduction\/francais-arabe\/pesticides+toxiques\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">pesticides toxiques<\/a> (de m\u00eame pour les races de b\u00e9tail et de volailles, qui consomment de grandes quantit\u00e9s de fourrage, d\u2019antibiotiques et d\u2019hormones). Il est \u00e9galement fond\u00e9 sur une grande consommation d\u2019\u00e9nergie fossile (p\u00e9trole, gaz et butane) qui contribue pour sa part \u00e0 l\u2019augmentation de l\u2019effet de serre et au changement climatique. Ceci engendre des catastrophes naturelles telles que la s\u00e8cheresse et les inondations. Ceci en plus des d\u00e9chets pollu\u00e9s issus des stations de conditionnement, de stockage et de refroidissement, des usines des industries alimentaires, les d\u00e9chets plastiques, ainsi que toutes sortes d\u2019emballages (f\u00fbts et bouteilles des pesticides, etc.). En somme, la logique du profit va \u00e0 l\u2019encontre des exigences de l\u2019\u00e9conomie d\u2019\u00e9nergie et de la protection de l\u2019environnement.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat a mis en place un syst\u00e8me int\u00e9gr\u00e9 de subventions financi\u00e8res destin\u00e9es au secteur agricole tant au niveau de la production qu\u2019au niveau de la commercialisation pour encourager les cultures d\u2019exportation dans les r\u00e9gions irrigu\u00e9es qui ne repr\u00e9sentent que 17 % de la surface agricole totale, alors qu\u2019il a marginalis\u00e9 les superficies qui d\u00e9pendent de la pluie, o\u00f9 se concentre la production des produits alimentaires de base, tels que les c\u00e9r\u00e9ales et les l\u00e9gumineuses (environ 60 %). En effet, le syst\u00e8me de subventions est un syst\u00e8me de pillage des deniers publics par les grands capitalistes et les entreprises commerciales agricoles.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, les petits agriculteurs se trouvent pi\u00e9g\u00e9s par l\u2019expansion d\u2019un mode de production agraire capitaliste qui les d\u00e9truit en tant que producteurs, les marginalise en tant qu\u2019habitants ruraux, et bafoue leur dignit\u00e9 en tant que citoyens.<\/p>\n<p>Ce mode a ses fondements dans la colonisation fran\u00e7aise et s\u2019est poursuivi apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance formelle par le r\u00e9gime politique en place afin de cr\u00e9er une bourgeoisie agricole en lui conc\u00e9dant la majorit\u00e9 des terres agricoles r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es (plus de 1 million d\u2019hectares) et lui permettre de tirer profit de la politique des barrages, de la loi sur les investissements agricoles, des subventions et des exon\u00e9rations fiscales, etc.<\/p>\n<p>C\u2019est ce que tente d\u2019analyser <strong>le cinqui\u00e8me chapitre<\/strong>, vu que les grands investissements agricoles n\u00e9cessitaient un financement public colossal, alors m\u00eame que le pays \u00e9tait \u00e9puis\u00e9 par la p\u00e9riode coloniale et son budget \u00e9tait largement d\u00e9ficitaire. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que les institutions financi\u00e8res internationales sont intervenues\u00a0; via une s\u00e9rie de cr\u00e9dits pr\u00e9f\u00e9rentiels qui ont men\u00e9 \u00e0 l\u2019explosion de la crise de la dette publique \u00e0 la fin des ann\u00e9es 70. Plusieurs \u00e9l\u00e9ments ont, en effet, contribu\u00e9 au d\u00e9clenchement de cette crise, \u00e0 savoir l\u2019augmentation du taux d\u2019<em>int\u00e9r\u00eat par le tr\u00e9sor am\u00e9ricain<\/em> ainsi que la baisse des prix des mati\u00e8res premi\u00e8res et des produits agricoles sur le march\u00e9 mondial. Le Maroc s\u2019est retrouv\u00e9 dans l\u2019incapacit\u00e9 de rembourser le service de la dette ext\u00e9rieure \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00c9tats et des banques \u00e9trang\u00e8res. Sur ce, le Fonds mon\u00e9taire international est intervenu pour mettre en place le Programme d\u2019ajustement structurel (PAS) \u00e9tal\u00e9 sur la p\u00e9riode 1983-1993. Ceci a donn\u00e9 lieu \u00e0 une nouvelle \u00e9tape lib\u00e9rale caract\u00e9ris\u00e9e par les privatisations, la r\u00e9duction des budgets sociaux et de l\u2019appui apport\u00e9 aux prix des produits de consommation de base, le gel des salaires, etc. Ces mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 ont engendr\u00e9 trois r\u00e9voltes populaires pendant cette d\u00e9cennie, en 1981, 1984 et 1990. Le PAS du secteur agricole (PASA) contenait les m\u00eames mesures, \u00e0 savoir la privatisation des entreprises publiques agricoles, la lib\u00e9ralisation des prix de production et de vente, les r\u00e9ductions des subventions de l\u2019\u00c9tat, etc. L\u2019essence de cette politique portait sur un appui tr\u00e8s s\u00e9lectif au secteur priv\u00e9 afin de promouvoir les grands investissements agricoles et les cultures d\u2019exportation.<\/p>\n<p>Le processus d\u2019ouverture lib\u00e9rale va s\u2019approfondi avec l\u2019adh\u00e9sion du Maroc \u00e0 l\u2019Organisation mondiale du commerce en 1995, ainsi que la ratification d\u2019une s\u00e9rie d\u2019accords de libre-\u00e9change avec les p\u00f4les imp\u00e9rialistes mondiaux\u00a0: l\u2019Union europ\u00e9enne (entr\u00e9 en vigueur en 2000), les \u00c9tats-Unis (2006) et plusieurs autres pays. Ces accords couvrent non seulement les questions commerciales, mais s\u2019\u00e9tendent aux domaines politiques et s\u00e9curitaires, ainsi que les d\u00e9localisations, le secteur des services, la privatisation et la libre circulation des capitaux. Ces accords coloniaux ont ouvert les fronti\u00e8res marocaines aux marchandises et aux capitaux sp\u00e9culatifs d\u2019une part, et l\u2019expatriation des profits d\u2019autre part. Ceci a davantage intensifi\u00e9 le d\u00e9ficit commercial et a approfondi le pillage ainsi que la d\u00e9pendance alimentaire de notre pays. La crise alimentaire mondiale r\u00e9currente sur la p\u00e9riode 2007-2011, et qui est l\u2019une des dimensions principales de la crise capitaliste mondiale de 2007-2008, a conduit \u00e0 la hausse des prix des produits de consommation de base et \u00e0 des manifestations populaires d\u00e9fendant le pouvoir d\u2019achat dans plusieurs villes et campagnes du Maroc.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 donc un bilan des recettes lib\u00e9rales que nous impose le r\u00e9gime en place, l\u2019Organisation mondiale du commerce et la Banque mondiale. Ces principes lib\u00e9raux sont d\u2019ailleurs confirm\u00e9s dans le rapport de la Banque de 2008 d\u00e9di\u00e9 au d\u00e9veloppement dans l\u2019agriculture. Et c\u2019est justement dans ce contexte qu\u2019intervient \u00ab\u00a0le plan Maroc Vert\u00a0\u00bb dans l\u2019agriculture en 2008, bas\u00e9 sur le d\u00e9veloppement des grands groupements capitalistes d\u2019exportation (les agr\u00e9gations) qui profiteront d\u2019une grande partie du financement, alors que la masse des petits agriculteurs s\u2019en retrouveront marginalis\u00e9s et n\u2019en b\u00e9n\u00e9ficieront que d\u2019une partie minime dans le cadre de ce qui est appel\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019agriculture solidaire\u00a0\u00bb. Ce qui va les rendre d\u00e9pendants de grands groupes \u00e0 travers leurs fili\u00e8res de production v\u00e9g\u00e9tale et animale. Le \u00ab\u00a0plan Maroc Vert\u00a0\u00bb a n\u00e9cessit\u00e9 tout au long des dix ann\u00e9es 2008-2018 un investissement global de 104 milliards de dirhams, dont l\u2019agriculture solidaire n\u2019a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 que de 15 milliards de dirhams, alors que le d\u00e9ficit alimentaire s\u2019est accru pendant cette p\u00e9riode\u00a0; en effet, les valeurs moyennes annuelles des importations alimentaires ont atteint 42 milliards de dirhams, dont les c\u00e9r\u00e9ales repr\u00e9sentent 34,5 %, alors que celles des exportations alimentaire a atteint 19,7 milliards de dirhams, dont les tomates fra\u00eeches et les agrumes repr\u00e9sentent 32 %<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. L\u2019accentuation de la d\u00e9pendance alimentaire du Maroc r\u00e9v\u00e8le la nature du mod\u00e8le agricole, financier, commercial, industriel et d\u2019exportation qui ne tend qu\u2019\u00e0 g\u00e9n\u00e9rer des profits pour le compte d\u2019une minorit\u00e9 d\u2019exportateurs qui b\u00e9n\u00e9ficient des subventions et alimentent leur compte \u00e0 l\u2019\u00e9tranger par la fuite des capitaux. Ce sont les m\u00eames qui sp\u00e9culent sur les importations des c\u00e9r\u00e9ales et d\u2019autres produits alimentaires. Ce qui a contribu\u00e9 sp\u00e9cifiquement \u00e0 l\u2019augmentation de la dette publique qui a atteint 83 % du PIB et dont le service absorbe annuellement l\u2019\u00e9quivalent de 10 fois le budget de la sant\u00e9 et environ 3 fois le budget de l\u2019\u00e9ducation<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>Et si ces choix n\u00e9olib\u00e9raux nous ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9s par les institutions financi\u00e8res internationales et par les autres centres de d\u00e9cisions imp\u00e9rialistes, ils sont l\u00e9gitim\u00e9s par des institutions \u00ab\u00a0repr\u00e9sentatives\u00a0\u00bb qui ne refl\u00e8tent pas les aspirations populaires sous l\u2019\u00e9gide d\u2019un r\u00e9gime politique despotique. Ce dernier facilite la mainmise d\u2019un petit nombre de familles attach\u00e9es au pouvoir sur les richesses, en partenariat avec des capitalistes \u00e9trangers sp\u00e9culateurs qui b\u00e9n\u00e9ficient des investissements de portefeuilles et des facilit\u00e9s pour expatrier leurs profits. Les petits agriculteurs et ouvrier-e-s agricoles nous ont exprim\u00e9 leurs aspirations \u00e0 un horizon d\u00e9mocratique leur garantissant la dignit\u00e9, la libert\u00e9, la justice et l\u2019envie d\u2019arracher leurs droits. Ils commencent \u00e0 avoir confiance en leur unit\u00e9 et leur organisation pour stopper le processus de leur destruction et satisfaire leurs revendications dans le contexte de manifestations et de luttes que connait le Maroc.<\/p>\n<p>Il existe donc une n\u00e9cessit\u00e9 pressante d\u2019intensifier les discussions collectives dans des espaces larges sur les alternatives possibles au mod\u00e8le agricole et alimentaire dominant.<\/p>\n<p>Et dans le but d\u2019enrichir la r\u00e9flexion, il semble utile de se familiariser avec les exp\u00e9riences internationales, report\u00e9es dans <strong>le sixi\u00e8me chapitre<\/strong>, et principalement celles de La Via Campesina, mouvement paysan international, et les le\u00e7ons qu\u2019on peut en tirer, en prenant en consid\u00e9ration les particularit\u00e9s de notre pays, pour identifier les principaux axes de nos revendications et les moyens de construction d\u2019en bas d\u2019un mouvement de paysans, marins p\u00eacheurs et ouvrier-e-s agricoles.<\/p>\n<p>La\u00a0Via Campesina\u00a0(LVC) a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e en 1993 dans le cadre des mobilisations organis\u00e9es contre les cycles de n\u00e9gociations de l\u2019Accord g\u00e9n\u00e9ral sur les tarifs douaniers et le commerce (1986-1994). LVC qui organise plus de 200 millions de petit.e.s paysan.ne.s dans 81 pays \u00e0 travers le monde, a accumul\u00e9 une longue exp\u00e9rience de lutte, d\u2019\u00e9tude et de terrain sur l\u2019alternative agricole populaire qu\u2019est la souverainet\u00e9 alimentaire. La souverainet\u00e9 alimentaire est le droit des peuples \u00e0 une alimentation saine et culturellement appropri\u00e9e produite avec des m\u00e9thodes durables, et le droit des peuples \u00e0 d\u00e9finir leurs propres syst\u00e8mes agricoles et alimentaires tout en posant les aspirations et les besoins de ceux qui produisent, distribuent et consomment l\u2019alimentation au c\u0153ur des politiques alimentaires au lieu des exigences des march\u00e9s et des multinationales. La souverainet\u00e9 alimentaire repose sur une r\u00e9forme agraire int\u00e9grale et globale garantissant aux agriculteurs le plein droit \u00e0 la terre, \u00e0 l\u2019eau ainsi qu\u2019aux ressources naturelles. Elle repose \u00e9galement sur l\u2019adoption de politiques stimulant l\u2019agriculture vivri\u00e8re, ainsi que sur des mod\u00e8les technologiques permettant d\u2019augmenter la production agricole sans porter atteinte \u00e0 la sant\u00e9 des agriculteurs et de la population, tout en pr\u00e9servant les ressources naturelles. Cela signifie l\u2019intensification de l\u2019agriculture \u00e9cologique (agro\u00e9cologie) comme forme de production respectant les cycles naturels et capable de faire ralentir le changement climatique, de conserver la biodiversit\u00e9 et de r\u00e9duire la pollution. Cette r\u00e9forme agraire ne sera r\u00e9alis\u00e9e que si elle est bas\u00e9e sur des organisations sociales construites d\u2019en bas, tout en l\u2019incluant dans les revendications les plus inclusives d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 alternative\u00a0; revendications qui r\u00e9unissent de grands secteurs populaires dans le cadre d\u2019une mobilisation globale de base.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ainsi, la souverainet\u00e9 alimentaire ne se limite pas \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins de la consommation de produits locaux et sains, et ne concerne pas uniquement les agriculteurs. Au fait, elle met, sur la base des questions agricoles et alimentaires, les fondements n\u00e9cessaires \u00e0 la construction d\u2019un projet \u00e9mancipateur pour une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique. En effet, les conclusions g\u00e9n\u00e9rales des rencontres r\u00e9gionales ont montr\u00e9 que les discussions collectives dans notre pays, \u00e0 leur phase actuelle, ne sont pas loin de l\u2019alternative de la souverainet\u00e9 alimentaire. Elles ont \u00e9galement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des possibilit\u00e9s concr\u00e8tes d\u2019\u00e9tablir des alliances sur la base d\u2019une action commune associant les petits agriculteurs, les marins, les bergers, les \u00e9leveurs de b\u00e9tail, les ouvriers agricoles, les femmes, les jeunes, ainsi que les militants syndicaux et associatifs au sein des villages et des villes pour lutter contre le mod\u00e8le agricole, financier, commercial, industriel et d\u2019exportation, contre le mod\u00e8le de consommation destructeur dominant et pour un mod\u00e8le alimentaire sain et \u00e9cologique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce sens qu\u2019intervient la contribution de l\u2019association ATTAC Maroc via la pr\u00e9sente \u00e9tude de terrain pour soutenir le d\u00e9bat sur l\u2019alternative agricole possible et pour \u00e9duquer la base de l\u2019Alliance du Camp du Peuple pour la souverainet\u00e9 alimentaire dans notre pays.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette \u00e9tude a tent\u00e9 de transmettre les effets concrets du mod\u00e8le agro-exportateur sur les petits agriculteurs et les ouvrier.e.s agricoles, afin de refl\u00e9ter leurs principaux probl\u00e8mes tels qu\u2019ils.elles les ont pr\u00e9sent\u00e9s, leurs points de vue sur les politiques agricoles adopt\u00e9es et comment ils per\u00e7oivent des solutions \u00e0 leurs souffrances. Elle a \u00e9galement essay\u00e9 de placer cet ensemble dans un contexte analytique des choix lib\u00e9raux globaux adopt\u00e9s par l\u2019\u00c9tat conjointement avec les institutions financi\u00e8res internationales. Elle ne pr\u00e9tend pas cerner l\u2019ensemble des probl\u00e9matiques pos\u00e9es par l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de la p\u00e9n\u00e9tration du grand capital national et \u00e9tranger dans le secteur agricole \u00e0 ce stade du d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social de notre pays, \u00e0 la lumi\u00e8re de son int\u00e9gration dans le syst\u00e8me capitaliste mondial et de son affectation par ses crises. La pr\u00e9sente \u00e9tude repr\u00e9sente un premier effort modeste et doit \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9e dans divers axes, tels que la terre, l\u2019eau, la for\u00eat et la mer. Quant \u00e0 ce dernier \u00e9l\u00e9ment, l\u2019association ATTAC Maroc entreprendra une \u00e9tude de terrain annexe sur la p\u00eache c\u00f4ti\u00e8re et la p\u00eache hauturi\u00e8re, dans la mesure du possible pour se rapprocher de la situation de cette couche sociale, \u00e9tant un \u00e9l\u00e9ment majeur de la souverainet\u00e9 alimentaire, r\u00e9gie par la m\u00eame logique capitaliste que le plan \u00ab\u00a0Maroc Vert\u00a0\u00bb \u00e0 travers le plan \u00ab\u00a0Halieutis\u00a0\u00bb relatif au secteur de la p\u00eache. L\u2019alternative de la souverainet\u00e9 alimentaire doit davantage \u00eatre examin\u00e9e en tenant compte des particularit\u00e9s de notre r\u00e9alit\u00e9 et de l\u2019extension concr\u00e8te des composantes de la r\u00e9forme agraire populaire et de l\u2019agro\u00e9cologie. Il est \u00e9galement n\u00e9cessaire d\u2019approfondir la r\u00e9flexion et le d\u00e9bat sur les formes organisationnelles appropri\u00e9es afin de construire un fort mouvement d\u2019en bas, loin des traditions de tutelle d\u2019en haut, et de d\u00e9velopper ces formes d\u2019organisation, en les reliant aux exp\u00e9riences et aux r\u00e9seaux internationaux militants et notamment la LVC, et \u00e9galement au niveau r\u00e9gional en soutenant les efforts de construction du\u00a0R\u00e9seau Nord-africain pour la souverainet\u00e9 alimentaire<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: line-through\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> &#8211; Livre en format 29x21cm, 192 pages et 65\u00a0000 mots.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Statistiques du Minist\u00e8re de l\u2019Agriculture, 2018<\/p>\n<p>http:\/\/www.agriculture.gov.ma\/sites\/default\/files\/AgricultureEnChiffre2017VAVF.pdf<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Association ATTAC Maroc, 2018, article intitul\u00e9\u00a0: L\u2019association Attac r\u00e9it\u00e8re ses revendications d\u2019annulation des dettes publiques comme condition pour tout v\u00e9ritable d\u00e9veloppement \u00e9conomique, social et humain, publi\u00e9 le 12 septembre 2018. <a href=\"http:\/\/www.cadtm.org\/Maroc-Auditer-la-dette-pour-l-annuler\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.cadtm.org\/Maroc-Auditer-la-dette-pour-l-annuler<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> &#8211; Le r\u00e9seau Nord-africain a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9 en juillet 2017 \u00e0 Tunis comme cadre unifiant les luttes dans la r\u00e9gion et s\u2019engageant dans les mobilisations \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale, continentale et mondiale. Voir sa charte constitutive et ses activit\u00e9s sur son site\u00a0: <a href=\"https:\/\/siyada.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/siyada.org\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour la souverainet\u00e9 alimentaire au Maroc\u00a0 L\u2019association ATTAC CADTM Maroc a \u00e9dit\u00e9 en arabe son \u00e9tude sur la politique agricole au Maroc et ses multiples implications sur les petit-e-s paysan-ne-s, les ouvrier-e-s agricoles, l\u2019\u00e9conomie et l\u2019environnement. Elle s\u2019intitule\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Pour la souverainet\u00e9 alimentaire au Maroc, \u00e9tude de terrain sur la politique agricole et le pillage des ressources\u00a0\u00bb[1]. 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