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mercredi 17 octobre 2018
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Mémorandum : ATTAC Maroc soutient le boycott citoyen de produits de consommation commercialisés par des grands groupes capitalistes

Mémorandum : ATTAC Maroc soutient le boycott citoyen de produits de consommation commercialisés par des grands groupes capitalistes

 

Pour l’élargissement de la campagne contre la Hogra et pour la dignité, la liberté et la justice sociale

Le boycott citoyen de trois produits de consommation (le lait de Central, eau minérale Sidi Ali et les carburants des stations Afriquia) commercialisés par de grands groupes privés (la Société Centrale Laitière affiliée à la multinationale française Danone, spécialisée dans le lait et ses produits, la société des eaux gazeuses Oulmès appartenant au groupe Holmarcom de la famille Bensaleh, et la société de distribution de carburants Afriquia appartenant au groupe Akwa de la famille Akhannouch) a connu un large succès. Avec détermination et créativité, le peuple marocain résiste à de grands groupes capitalistes locaux et internationaux qui pillent les richesses du pays et appauvrissent les citoyens.


Un processus d’enrichissement d’une minorité capitaliste par les politiques néolibérales mises en place au début des années 1980

Ces trois groupes témoignent du processus d’enrichissement d’une minorité capitaliste qui a bénéficié des politiques néolibérales mises en place à la fin des années 1970 et au début des années 1980.

Les grandes réformes néolibérales ont commencé avec le programme d’ajustement structurel qui a conduit au désengagement progressif de l’État des secteurs publics et à la généralisation de la déréglementation en faveur de l’entreprise privée. Elles ont entraîné une grave dégradation du niveau de vie des salarié-e-s, petits producteurs et autres couches populaires.

Une série de grèves ont éclaté en 1978-1981 et trois grands soulèvements populaires (juin 1981, janvier 1984 et décembre 1990) contre la hausse des prix des principaux produits de consommation et des services de base. La base large de ces soulèvements populaires était composée de jeunes souffrant du chômage et de la pauvreté dans les quartiers marginalisés des grandes villes. Ces quartiers étaient principalement le résultat de la migration rurale causée par le processus d’appauvrissement des petits paysans et de la détérioration des conditions de vie des populations des zones rurales.

La privatisation des établissements et entreprises publics et des services publics s’est traduite concrètement par des opérations de cessions directes à des groupes capitalistes locaux et étrangers dominants. La libéralisation du commerce extérieur, accélérée par l’adhésion du Maroc à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995, a débouché sur la conclusion de plusieurs accords de libre-échange bénéficiant aux grands importateurs et exportateurs au détriment du déficit de la balance commerciale et de la dépendance structurelle de notre pays sur les plans économique, financier, technologique et alimentaire.

L’État a alloué une grande partie des ressources budgétaires pour fournir l’infrastructure nécessaire à la rentabilité des capitaux privés, soit à travers les plans sectoriels lancés au début des années 2000 dans des secteurs stratégiques (agriculture, industrie, pêche, tourisme, énergie, etc.), soit à travers les grands chantiers d’infrastructures (ports, aéroports, autoroutes, voies ferrées, complexes industriels et agricoles, etc.). Ces grands investissements inutiles et imposés ont accentué l’endettement public qui sera payé par les couches populaires à travers des politiques d’austérité. Mais leur véritable but est d’assurer l’accroissement de la fortune de quelques centaines de familles bourgeoises historiquement connues dans le domaine des affaires au Maroc, qui contrôlent l’appareil d’État et ses ressources et en profitent pour s’emparer de tous les secteurs rentables du pays et piller ses richesses. Elles opèrent en partenariat avec le capital étranger qui partage avec elles le butin et transfère des gains générés principalement par des investissements spéculatifs et des « investissements » de portefeuille. Actuellement, elles sont engagées dans la conquête de l’Afrique subsaharienne.


Libéralisation des prix des principaux biens de consommation, privatisation des établissements et entreprises publics et des services publics : augmentation des profits des entreprises capitalistes privées au détriment de la détérioration du pouvoir d’achat des citoyen-ne-s

La libéralisation des prix des principaux produits de consommation tels que le beurre et le lait a commencé au début des années 1980. Les importations de blé tendre et de sucre ont été libéralisées en 1996. Les subventions à l’huile de table ont été abolies depuis juin 2000. Le secteur de l’alimentation a été un secteur rentable pour les grands groupes capitalistes qui profitent de leur influence pour canaliser les aides de l’État.

Ainsi, à l’été 2005, la Cosumar, appartenant au holding royal Omnium nord-africain (ONA), qui deviendra plus tard la Société nationale d’investissement (SNI) et plus récemment Al Mada, dominait le secteur du sucre au Maroc (production, transformation et distribution) après l’achat de quatre sucreries publiques suite à leur privatisation, et contrôlait effectivement les subventions au sucre. Le holdingdominait également les secteurs de l’huile de table (Lesieur-Cristal) et du lait (Central laitier).

Dans le cadre de l’accord agricole entre le Maroc et l’Union européenne en 2012, qui a ouvert la porte aux grandes entreprises européennes pour exporter vers le marché marocain leurs produits agricoles subventionnés et de mauvaise qualité, la SNI, qui a senti une concurrence étrangère sérieuse, s’est retirée du secteur alimentaire. En 2011, elle a cédé une participation de 41 % dans sa société Lesieur-Cristal au groupe industriel et financier des oléagineux Sofiproteol qui produit des huiles pour Lesieur en France. En 2012, elle a cédé une participation de 37,8 % de sa société Centrale laitière à la multinationale française Danone, et puis encore 22 % à la fin de l’année 2014. Danone détenait alors 91 % de Centrale laitière et en changea le nom en octobre 2015 pour devenir Centrale Danone. En 2013, la SNI a vendu 27,5 % du groupe Cosumar (sucreries) au groupe asiatique Wilmar et a vendu, en 2014, une autre participation de 24,5 % à un groupe de sociétés nationales et étrangères.

Pendant cette période, les importations de sucre ont atteint un record de 80 % de la couverture de la consommation en 2012 (contre respectivement 70 et 71 % en 2011 et 2013, 59 et 58 % en 2014 et 2015), soit plus de 1 million de tonne de sucre brut importé pour une valeur de plus de 5 milliards de dirhams (601 millions de dollars US). Ce qui a rentabilisé la vente d’actions de la SNI.

L’État a continué de réduire progressivement les subventions aux produits de consommation de base (la caisse de compensation). Il les a supprimées sur l’essence et le fuel au 1er février 2014, et pour gasoil le 1er janvier 2015, et procéda à la libéralisation totale des prix des trois carburants début décembre 2015.

Après trois années de libéralisation totale, les bénéfices des compagnies de distribution des carburants ont été estimées à 17 milliards de dirhams, et il a été constaté que la différence moyenne entre les prix calculés sur la base des prix avant la libération et les prix pratiqués par les compagnies pétrolières après la libéralisation est de 0,96 dirhams par litre pour le gasoil et 0,76 dirhams par litre pour l’essence, ce qui a représenté une marge bénéficiaire supplémentaire d’environ 7 milliards de dirhams par an. Ainsi, le prix de vente d’un litre de gasoil, incluant toutes les taxes et les charges, est passé de 7,98 dirhams le 1er décembre 2015 à 9,65 le 1er décembre 2017. La marge bénéficiaire des entreprises est passée de 1,1 dirham par litre à 1,95 dirham par litre. C’est l’une des sources de la richesse financière du milliardaire Aziz Akhannouch, chef du parti du Rassemblement national des indépendants (proche du palais) et ministre de l’Agriculture, de la Pêche, du Développement rural, de l’Eau et des Forêts, estimée à 2,2 milliards de dollars US, selon le magazine Forbes en février 2018 qui l’a classé cinquième homme d’affaires les plus riches d’Afrique du Nord. Cette richesse est issue directement des poches des citoyen-ne-s.

Dans une note d’information, le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a expliqué que les prix après la libération des carburants ont augmenté de 6,1 % en 2016, ce qui a entraîné une baisse de 6 % du pouvoir d’achat des ménages, et que le revenu disponible par habitant est de 19 286 dirhams en 2016 (soit 1 600 dirhams par mois). Le débat actuel sur le rapport de synthèse de la mission d’information parlementaire sur les prix des carburants ne touche pas à la responsabilité de l’État et de la majorité des groupes parlementaires qui ont acté la libéralisation en faveur de grands groupes capitalistes nationaux et étrangers qui font d’énormes profits au détriment de la détérioration du pouvoir d’achat de la majorité des couches populaires. Il vise aussi à exclure la revendication de renationalisation du secteur des hydrocarbures.

La privatisation incluait également les services publics par le biais de la loi de la gestion dite déléguée des services publics (commencée en 2002-2003), qui couvrait de vastes domaines telles que la distribution d’eau et d’électricité, le transport urbain, la collecte des ordures ménagères, etc. Cette loi garantit en fait les intérêts du concessionnaire à réaliser des profits sans se soucier de l’intérêt public, de la dégradation de la qualité des services fournis et des tarifs élevés. La loi sur le partenariat public-privé (2015-2014) couvre d’autres services non commerciaux, principalement la santé et l’éducation, en facilitant l’acquisition de services publics clés par le secteur privé et garantissant leur rentabilité. L’État a déjà mis fin à la gratuité des services de santé à travers le décret du 30 mars 1999 et a introduit la privatisation dans le domaine de l’éducation à travers la Charte de l’Éducation et de la Formation.

Il convient de rappeler que les classes dominantes gèrent la politique de privatisation et les politiques publiques selon les diktats des Institutions financières internationales (la Banque mondiale et le Fonds monétaire international), l’Organisation mondiale du commerce et les gouvernements des grandes puissances, mais en les adaptant à leurs propres intérêts avec le soutien de ces mêmes institutions et puissances puisque leurs entreprises bénéficient des accords de libre-échange pour accéder au marché marocain et l’acquisition des marchés publics et les secteurs rentables dans le pays.

Ainsi la distribution d’eau potable a été cédée à quatre entreprises privées : dans la ville de Casablanca à Lydec affiliée à Suez Lyonnaise des Eaux (1997), dans la ville de Rabat à Redal (1998), et dans les villes de Tanger et Tetouan à Amendis filiale de Veolia (2002). Ces quatre entreprises contrôlent 36 % de la distribution d’eau potable et d’assainissement liquide dans les zones urbaines et génèrent également d’énormes bénéfices nets provenant directement des poches des citoyens. Des sources d’eau naturelles ont également été privatisées : Oulmès-Sidi Ali, propriété de la famille de Miriem Bensalah Chaqroun, l’une des familles milliardaires du Maroc, dont les bénéfices nets ont atteint 190 millions de dirhams en 2017, soit une augmentation de 11 % par rapport à 2016. Cette richesse s’est accumulée en épuisant les ressources en eau des habitants du village de Tarmilat et en causant de fréquentes coupures dans l’approvisionnement des maisons de la région en eau potable. Ce qui a conduit à l’émergence d’un mouvement de protestation (Hirak) de jeunes dont l’une des revendications les plus importantes était « de fournir à la population de l’eau potable et minérale et mettre fin à l’épuisement des ressources hydriques de la région. » Depuis 2010, la Compagnie Euro-Africaine des Eaux exploite les eaux naturelles du village de Ben Smim dans la région d’Ifrane après les avoir expropriées avec l’aide de l’État aux habitants locaux, les paysans pauvres.

Le holding royal ONA/Al Mada a remporté le projet de distribution d’eau d’irrigation à Sebt El Guerdane dans la région de Taroudant. Il existe aussi des projets de dessalement de l’eau de mer qui bénéficieront aux grandes entreprises privées étrangères et locales, conformément à la loi sur le partenariat public-privé au détriment des petits agriculteurs.


Le boycott citoyen actuel est la continuité du processus de protestations populaires contre la cherté du coût de la vie

Le pouvoir d’achat des salarié-e-s s’est détérioré et l’appauvrissement des petits producteurs a été accentué alors qu’une minorité de capitalistes locaux ont entrepris des partenariats avec des capitaux étrangers et ont accumulé des richesses considérables qu’ils exportent sur le continent africain pour en tirer des surprofits sur le dos des peuples.

Le boycott citoyen actuel des trois produits de consommation s’inscrit dans le contexte du processus de protestations populaires qui a éclaté depuis les premières expériences de gestion déléguée, contre Lydec à Casablanca en 1997, contre Redal à Rabat en 1998 et Amendis dans les villes de Tanger et Tétouan en 2002. La lutte contre la cherté du coût de la vie va s’étendre dès 2006, suite à l’explosion des prix des produits de consommation de base. On a assisté à la multiplication de coordinations locales contre la hausse des prix et pour la défense des services publics tout au long de la période 2006-2008. Les manifestations populaires à l’appel du Mouvement du 20 février au cours de la période 2011-2012 ont généralisé les revendications de liberté, de dignité et de justice sociale. Elles ont tenté d’ouvrir les dossiers de rente en demandant la liste des bénéficiaires des licences de transport, de carrières de sable et de gravier, de permis de pêche en mer, de distribution de biens immobiliers et terrains publics (les fermes de deux sociétés publiques, Sodia et Sogeta), des forêts, etc.

Les classes dirigeantes ont essayé de contenir la dynamique du mouvement du 20 février à travers la farce d’une constitution accordée et la mise en place d’un gouvernement formel dirigé par le Parti Justice et Développement, un parti libéral de droite avec une couverture religieuse. Mais les luttes populaires et ouvrières se sont poursuivies dans de nombreuses régions en 2014 et en 2015 et de nouveau, les protestations des citoyen-ne-s contre Amendis à Tanger sont reparties au cri de « dégage ».

Juste après la victoire du Parti Justice et Développement aux élections législatives du 7 octobre 2016, le Hirak du Rif a éclaté dans la ville d’Al-Hoceima après la mort du vendeur de poisson Mohsen Fikri dans un camion benne à ordures (le 28 octobre). Le mouvement populaire s’étendra à la ville de Jerada et à de nombreuses zones marginalisées du Maroc, révélant le dilemme du modèle du développement suivi et l’aspiration des classes populaires à une alternative économique et sociale qui coupe avec la logique de rente, de prédation des richesses et de la destruction de l’Homme et de la nature.


Les menaces de l’État ont attisé le boycott

L’intervention des différents responsables du gouvernement pour stopper le boycott concorde avec la nature des politiques mises en place au service du grand capital. L’État y voit une atteinte au « Doing business » mis en place par la Banque mondiale alors que Maroc fait tout pour faciliter les affaires et améliorer son classement à l’échelle internationale. Les différentes expressions d’insultes utilisées par de nombreux ministres et certains députés ont attesté leur mépris du peuple marocain et leur soumission aux ordres de leurs grands maîtres pour leur assurer les profits et poursuivre la politique d’intimidation et de répression, bafouant les libertés, pour continuer les politiques libérales au nom d’incitation à l’investissement. Mais le peuple leur a répondu par une campagne de moquerie les ridiculisant à l’extrême. Ce sentiment de Hogra (humiliation) a attisé le boycott et renforcé la cohésion du peuple face à l’État capitaliste.


La dette des ménages : des banques privées augmentent leurs profits, elles nécessitent des mobilisations populaires pour mettre fin à leur rapacité

La dette des ménages marocains pour assurer un logement économique et une vie décente s’est considérablement accrue vis-à-vis des banques. Le récent recensement du Haut-Commissariat au Plan (mai 2018) a montré que 34 % des ménages marocains ont eu recours à la dette parce que leurs revenus étaient insuffisants pour couvrir leurs besoins, et que 86,4 % des ménages estimaient que les prix des produits alimentaires avaient augmenté durant les douze derniers mois.

Le niveau de revenu par habitant de la grande majorité des Marocains est très faible. La plupart des rapports des institutions internationales classent le Maroc aux derniers rangs pour l’éducation et la santé. Le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté augmente de manière significative et le chômage a un caractère de masse, principalement chez les jeunes. Ceci, alors que les banques ont réalisé un bénéfice net d’environ 10 milliards de dirhams en moyenne au cours des trois dernières années. Les institutions de microcrédit ont réalisé un bénéfice net de 226 millions de dirhams en moyenne au cours des trois dernières années. Le mouvement des femmes victimes du microcrédit, né dans le contexte des manifestations du 20 février 2011, contre les taux d’intérêt élevés (jusque 33 %) a poussé à la suspension des remboursements de dettes devenues insupportables pour des femmes sans revenu.

Le secteur bancaire est fortement concentré et dominé par trois grandes banques privées marocaines, Attijariwafa Bank (holding royal), le Groupe de la Banque populaire (banque de participation) et la Banque marocaine pour le commerce extérieur (la famille Benjelloun), qui possèdent environ deux tiers du marché marocain. En 2017, Attijariwafa Bank a réalisé un bénéfice de plus de 6,6 milliards de dirhams, suivie par le groupe Banque populaire avec un bénéfice net de 2,8 milliards de dirhams et la Banque marocaine du commerce extérieur qui a réalisé un bénéfice de 2,03 milliards de dirhams. Ces trois banques et leurs compagnies d’assurance dirigent aujourd’hui la pénétration des capitaux privés marocains sur le continent africain pour augmenter leurs profits au détriment des populations africaines pillées par le colonialisme. Ce secteur bancaire qui pille les couches de citoyens et de citoyennes marocain-e-s nécessite une mobilisation populaire pour mettre fin à sa rapacité.


Le système de la dette publique est au cœur du système d’accaparement des richesses et nécessite des mobilisations populaires pour l’abolir

Le processus d’accumulation du capital privé au Maroc s’est accéléré et ses bénéfices ont augmenté et se manifeste par l’accaparement de richesses par une minorité alors que diminue le revenu des salarié-e-s et des petits producteurs. La dette publique est l’un des piliers de cette accumulation.

Les politiques néolibérales de l’État sont basées globalement sur la création de conditions propices à l’investissement rentable pour les grands capitaux étrangers et nationaux en améliorant le soi-disant « climat des affaires » par des incitations fiscales, des subventions, l’accès au financement et à l’immobilier, des plans sectoriels, des grands chantiers d’infrastructure, etc. Ce qui augmente l’endettement public qui sera payé par les couches populaires subissant les politiques d’austérité.

À la fin de 2016, l’encours de la dette publique externe s’élevait à 312,5 milliards de dirhams (30,9 milliards de dollars US), soit 30,8 % du PIB. La dette extérieure des établissements et entreprises publics, garantie par l’État, s’élève à 168,8 milliards de dirhams, soit 54 % de la dette publique extérieure totale et 16,7 % du PIB. Ces entreprises et établissements publics sont appelés à soutenir l’investissement privé au Maroc et en Afrique. L’endettement interne public s’établit à 516 milliards de dirhams. Ainsi, la dette publique globale (externe et interne) a atteint 828 milliards de dirhams, soit 82 % du produit intérieur brut en 2016.

Le service de la dette (atteignant 157 milliards de dirhams en 2015) absorbe les ressources nécessaires pour répondre aux besoins fondamentaux tels que l’éducation, la santé, un logement décent, l’investissement dans des infrastructures publiques adéquates, des programmes de développement économique et social, etc. Le système infernal de la dette publique nous a soumis aux institutions du capitalisme mondial, aux banques privées et aux puissances impérialistes, a approfondi la dépendance de notre pays, a accru le retard économique et social et a exacerbé la perte de notre souveraineté politique, économique et alimentaire.

Nous à ATTAC Maroc, nous appelons à un moratoire sur le remboursement des dettes publiques et demandons leur audit pour annuler les parties illégitimes comme condition nécessaire à tout développement juste et pour recouvrer notre souveraineté populaire.

L’explosion de la dette publique s’accompagne aussi d’une montée de résistances contre ses répercussions. Comme nous l’avons vu plus haut, des protestations populaires ont commencé au début des années 1990 dans toutes les zones marginalisées du Maroc pour exiger des infrastructures élémentaires telles que les routes, les réseaux de distribution d’eau et d’électricité, les hôpitaux, les écoles, etc.

L’association des diplômés chômeurs a été créée à cette période et menaient de grandes batailles pour le droit au travail. La mobilisation contre la hausse des prix et pour la défense des services publics s’est accrue. L’éclatement du Mouvement du 20 février au début de 2011, suivi d’une série de mouvements populaires lancés par le Hirak du Rif, expriment le refus des politiques d’austérité imposées par la nécessité de rembourser les dettes. L’abolition de la dette nécessite des mobilisations populaires dans laquelle devraient s’engager toutes les organisations de lutte.


Les multinationales qui pillent nos richesses et détruisent notre environnement nécessitent une campagne populaire contre leur impunité

De grands capitalistes marocains concluent des partenariats avec des multinationales facilités par les accords de libre-échange qui garantissent la libre circulation des capitaux et des marchandises et le transfert des bénéfices. Ce qui leur permet de saisir les opportunités de monopoliser les marchés et imposer leurs normes et leurs produits aux prix qu’ils désirent.

ATTAC Maroc, membre du réseau CADTM, participe à la Campagne internationale des mouvements sociaux et des organisations de la société civile pour mettre fin à la domination des sociétés transnationales par l’adoption d’un instrument international juridiquement contraignant pour qu’elles respectent les droits de l’Homme et arrêtent la destruction de l’environnement.

Nous cherchons à développer cette campagne au niveau de notre pays et de notre région pour dénoncer les différentes exactions des multinationales. La société française Lydec à Casablanca, par exemple, est impliquée dans des scandales financiers, sociaux et environnementaux qui ont été reconnus même par des institutions étatiques. La population subit de fréquentes hausses de factures de consommation d’eau alors que la compagnie a transféré illégalement des milliards de dirhams à la société mère en France. La campagne internationale contre l’impunité des multinationales devrait se croiser avec celle de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) contre Israël qui compte également de nombreuses entreprises au Maroc.


Tous contre la Hogra et pour la dignité, la liberté et la justice sociale

Le boycott actuel exprime la protestation populaire contre la Hogra, et pour la dignité, la liberté et la justice sociale. Ces revendications ont été scandées par la population dans les rues lors des mobilisations du Mouvement du 20 février et par les mouvements de protestation dans le Rif, à Jerada, Zagora, etc.

L’association ATTAC Maroc salue et soutient la créativité des citoyen-ne-s marocain-ne-s dans la campagne de boycott contre le grand Capital. Il soutient également les mouvements de protestation dans différentes régions du pays contre les politiques d’oppression, de marginalisation, de chômage, de manque de conditions de vie décentes et de destruction de l’environnement. Elle condamne la répression exercée par l’État bourgeois contre le droit de manifestation et d’expression et ses tentatives pour saper la crédibilité des revendications et criminaliser la résistance.

Le boycott actuel exprime la revendication citoyenne pour la redistribution des richesses aujourd’hui accaparées par une minorité capitaliste et pour un développement alternatif basé sur la justice sociale et la satisfaction des besoins des classes populaires en augmentant les salaires, les impôts sur la fortune, et les budgets sociaux et environnementaux, etc.

Aujourd’hui, face aux gouvernants qui concentrent les décisions économiques et politiques et violent les intérêts de la majorité, la désobéissance et le boycott de leurs produits deviennent un devoir national !

Face à leur complicité et à leur alliance avec nos anciens et nouveaux colonisateurs pour piller et exploiter nos ressources, la désobéissance et le boycott de leurs produits deviennent un devoir national !

Face au racisme des gouvernants contre l’écrasante majorité de notre peuple, à leur mépris de sa culture de résistance et de solidarité, à leur promotion de la domination culturelle coloniale, surtout française qui n’a cessé depuis l’indépendance formelle de notre pays, la désobéissance et le boycott de leurs produits devient un devoir national !

Le Conseil national
20 mai 2018

 




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