Maroc : tremplin pour les conquêtes néocoloniales de l’Afrique

Maroc : tremplin pour les conquêtes néocoloniales de l’Afrique

Maroc : tremplin pour les conquêtes néocoloniales de l’Afrique

De grands groupes capitalistes marocains ont entamé un processus d’internationalisation plus particulièrement depuis le début des années 2000 en vue de dépasser l’étroitesse du marché local tout en édifiant des partenariats multidimensionnels avec des multinationales qui ont accru elles aussi leur présence dans plusieurs secteurs de l’économie marocaine. La conquête des ressources africaines est alors devenue un de leurs objectifs primordiaux. Plus de 1000 entreprises marocaines opèrent actuellement en Afrique et y ont investi environ 2,2 milliards de dollars[1].

 

Les investissements directs étrangers (IDE) marocains en Afrique

Les investissements directs marocains à l’étranger restent globalement faibles. Leur flux total sur la période 2008-2015 est d’environ 33 milliards de dirhams (1 € = environ 10 dirhams). La majorité des investissements directs marocains est destinée à l’Afrique (57 % du total avec 19 milliards sur la même période), en particulier à l’Afrique subsaharienne (plus de 17 milliards). La Côte d’Ivoire est le premier pays récepteur du stock d’investissements marocains en Afrique subsaharienne en 2015 avec 4,8 milliards de dirhams. Elle est suivie du Mali avec un encours de 4,2 milliards de dirhams, du Bénin (1,6 milliard de dirhams) et du Gabon (1,4 milliard de dirhams). Par secteurs, les IDE du Maroc en Afrique subsaharienne sont plus marqués dans le secteur bancaire qui représente 40,3 % du total du stock sur la période 2010-2015, suivi du secteur des télécommunications (34,4 %), des assurances (13 %) et de l’industrie (5,6 %)[2]. Ces investissements restent dominés par un cercle restreint de grands groupes capitalistes qui ont accumulé d’énormes fortunes et à leur tête la famille royale.

Dans ce texte, nous allons essayer de donner une vue générale sur ces investissements qui constituent les leviers de la pénétration du capitalisme marocain en Afrique et les grands groupes locaux et leurs partenaires étrangers qui en tirent profit. Mais d’abord, nous allons voir brièvement comment la concentration et la centralisation de ces fortunes ont été déterminées par les politiques néolibérales prônées par les institutions économiques internationales et appliquées graduellement et habilement par le régime.

 

Les politiques néolibérales renforcent la concentration, la centralisation et l’internationalisation du capital

Les restructurations néolibérales dictées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international depuis les années 1980, à la suite de la crise de la dette publique, ont renforcé la concentration des richesses sociales entre les mains de grands capitalistes locaux et des entreprises étrangères partenaires, et leur centralisation par d’importantes opérations de fusions-acquisitions. La monarchie qui concentre le pouvoir politique en contrôlant l’appareil répressif de l’État (armée et police), les institutions exécutives (gouvernement) et législatives (parlement) et les Établissements et Entreprises publiques, dirige le rythme d’application de ces politiques pour étendre sa mainmise sur les secteurs rentables de l’économie et élargir ses réseaux de « compérage » tout en essayant d’assurer la stabilité sociale du pays. Ceci d’autant plus qu’elle bénéficie du soutien de l’impérialisme européen et états-unien qui lui permet de gérer les diktats des institutions économiques internationales de façon à ne pas attiser les luttes sociales. Lors des mobilisations populaires inédites déclenchées en février 2011 au Maroc, dans le contexte des révolutions et soulèvements dans la région arabe, le pouvoir a ajourné le démantèlement de la caisse de compensation et la réforme des retraites et a augmenté les salaires dans la fonction publique alors que le déficit budgétaire était très alarmant.

Les grandes réformes libérales ont commencé avec le programme d’ajustement structurel (PAS) qui a initié tout un processus de désengagement graduel de l’État et de déréglementation en faveur de l’entreprise privée[3] et au détriment des salarié-e-s, petits producteurs et autres couches populaires. Ainsi, les privatisations des entreprises publiques et des services publics se sont concrétisées par des cessions, ou ententes directes, à des groupes privilégiés, locaux et étrangers. La libéralisation des échanges extérieurs qui s’est accélérée avec l’adhésion du Maroc à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995 a engendré une panoplie d’accords de libre-échange déficitaires pour l’économie nationale mais qui ont bénéficié aux grands groupes exportateurs et importateurs. Les ressources de l’État ont été mobilisées pour réaliser les infrastructures nécessaires à la rentabilité du capital. Des plans sectoriels sont engagés par la monarchie au début des années 2000 dans les secteurs clés comme l’agriculture, l’industrie, la pêche maritime, le tourisme, et l’énergie, ou encore le commerce, les nouvelles technologies de l’information, la formation professionnelle, etc. Elle a également initié de grands chantiers qui englobent ports, aéroports, autoroutes, voies express, lignes de train à grande vitesse, tramway, parcs industriels, villes nouvelles, etc. Ces investissements massifs ont accentué l’endettement public qui sera supporté par la population à travers les politiques d’austérité sociale.

Ces restructurations profondes ont ouvert de nouvelles perspectives d’accumulation à quelques centaines de familles bourgeoises connues historiquement dans le champ des affaires au Maroc (Benjelloun, Akhannouch, El Alami, Bensalah, Tazi, Chaabi, Zniber, etc) qui cherchent à s’internationaliser. Elles ont développé des stratégies partenariales entre elles et avec des multinationales sous la haute surveillance du palais qui contrôle le politique et la sphère économique. La famille royale, à travers son holding géant Société nationale d’investissement (SNI) aux ramifications tentaculaires dans un ensemble de domaines rentables, s’est engagée dans une stratégie de conquête de marchés d’Afrique subsaharienne principalement à travers trois secteurs : la finance via sa banque Attijariwafa, les énergies et mines grâce à Managem et la filiale d’énergie renouvelables Nareva et l’industrie du ciment à travers son partenariat avec le groupe international Lafarge-Holcim[4].

Le régime marocain a opté pour une approche partielle et sélectives des réformes néolibérales. Malgré la vague des privatisations, de nombreuses grandes entreprises sont toujours contrôlées par l’État[5]. Le contrôle public est toujours maintenu dans le commerce, le transport (Chemins de fer, transport aérien et maritime), télécom, et tourisme. Il s’est même redéployé dans les secteurs de la finance où l’actionnariat public demeure majoritaire dans 5 banques (sur un total de 19) comme c’est le cas plus particulièrement de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), le plus puissant investisseur institutionnel public, et 4 sociétés de financement (sur un total de 33) et aussi dans le BTP et la promotion immobilière[6]. Ces établissements et entreprises publiques continuent à servir de « béquilles » au grand capital local et étranger et aussi de grands leviers pour conquérir les marchés africains. Parmi les principaux Établissements et Entreprises publiques ayant entrepris des actions d’investissement avec les pays africains figurent l’Office chérifien des phosphates (OCP), l’Office national de l’eau et de l’électricité (ONEE), l’Agence marocaine d’énergie solaire (MASEN), Maroc Telecom (IAM), Compagnie d’investissements touristiques Marchica Med, l’ Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT), la Royal air Maroc (RAM), l’Office des Foires et Expositions de Casablanca (OFE), la Compagnie marocaine de plâtre et d’enduit (CMPE), l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC), Barid Al Maghrib (BAM), le Centre national de l’énergie, des sciences et des techniques nucléaires (CNESTEN)[7], etc.

Les principaux secteurs de la pénétration du capitalisme marocain en Afrique

Les techniques de l’information et de la communication

La première société publique de télécommunications au Maroc, Maroc Telecom (ou Ittisalat Al Maghrib, IAM), a commencé sa première pénétration en Afrique en 2001 par l’acquisition de 54 % de Mauritel, l’opérateur historique des télécommunications en Mauritanie, alors qu’elle vient d’être privatisée et devenait une filiale du groupe français Vivendi. Elle a continué sa prise de participations majoritaires dans les autres opérateurs historiques au Burkina Faso en 2006, au Gabon en 2007, au Mali en 2009. En 2014, elle obtenu de son nouvel acquéreur l’émirati Etisalat (53 % du capital contre 30 % pour l’État marocain) 6 de ses filiales d’Afrique subsaharienne –Bénin, Côte d’Ivoire, Gabon, Niger, Centrafrique et Togo- regroupées sous la marque Moov[8].

Tableau des filiales, parts du marché et abonnés mobiles de Maroc Telecom (2016)

 

Pays Filiales Part de marché[9] Année d’acquisition Abonnés mobiles (en millions)[10] %
Maroc 44,18 % 1999 18,08 37,8
Mauritanie Mauritel 58 % 2001 2,13 4,5
Burkina Faso Onatel 49 % 2006 6,38 13,3
Gabon Gabon Télécom 59 % 2007 1,46 3,1
Mali Sotelma 39 % 2009 9,55 20,0
Bénin Moov Bénin 40 % 2015 2,99 6,3
Centrafrique Moov Centrafrique 16 % 2015 0,14 0,3
Côte d’Ivoire Moov Côte d’Ivoire 24 % 2015 4,43 9,3
Niger Moov Niger 15 % 2015 0,65 1,4
Togo Moov Togo 47 % 2015 2,01 4,2
47,82 100,0

Les filiales africaines de Maroc Telecom ont participé en 2016 à hauteur de 43 % de son chiffre d’affaires consolidé qui est de 35 milliards de dirhams (3,5 milliards de dollars).

Le groupe Méditel, numéro deux de la téléphonie mobile au Maroc, créée en 1999 et qui détient 32,80 % de part de marché, devient Orange Maroc à partir de juillet 2015. Le groupe français Orange détient 49 % du capital de Méditel et consolide alors sa présence en Afrique avec environ 120 millions de clients[11].

Cette privatisation des télécommunications au Maroc au profit des groupes français a été facilité par le palais[12]. La Présidence française est intervenue auprès du Roi du Maroc pour qu’il cède la part de Vivendi à Etisalat[13]. Les deux groupes marocains Finance Com (grand groupe privé appartenant à la famille Benjelloun) et Caisse de dépôt et de gestion (banque publique aux ordres du palais) rachètent, en septembre 2009, les parts de Telefónica (Espagnol) et Portugal Telecom qui détenaient chacun 32,18 % dans Méditel. Une année après, les deux groupes cèdent 40 % de leur capital à Orange qui devient majoritaire à 49 %.

Ces associations avec les grands groupes étrangers de télécoms permettent aux opérateurs marocains d’étendre leur présence en Afrique. Maroc Telecom revendique 30 millions d’abonnements mobiles alors que le groupe sud-africain MTN, premier opérateur continental en termes d’abonnés aux services mobiles, possède plus de 168 millions de clients et Vodafone britannique compte environ 120 millions d’abonnés sur le continent[14].

Quant au groupe privé télécom Inwi, créée lui aussi en 1999, détenu à 69 % par le holding royal, Société nationale d’investissement (SNI) et à 31 % par le groupe télécom koweitien Zain, il vient en troisième position dans la téléphonie mobile au Maroc avec 23 % du marché. En 2017, Inwi s’associe au premier fournisseur mondial de services de télécommunications par satellites, Intelsat, pour booster le haut débit dans toutes les régions du Maroc et en Afrique de l’Ouest.

Cette expansion des techniques de l’information et de la communication qui s’insérait dans le contexte du démantèlement du service public des télécommunications dans la majorité des pays du continent[15] ouvre la voie au capital marocain et ses partenaires étrangers. Les techniques de l’information et de la communication permettent tout particulièrement l’intégration des ménages et des petits producteurs dans le secteur financier. La téléphonie mobile accélère l’inclusion financière des populations locales menée par les banques. Alors que le taux de bancarisation est encore faible en Afrique subsaharienne (34 % des adultes disposaient d’un compte bancaire en 2014), celle-ci compte une grande proportion des adultes titulaires d’un compte d’argent mobile : 12 % contre seulement 2 % dans le monde[16].

De nombreuses sociétés marocaines spécialisées dans les domaines de l’informatique et de la monétique entrent aussi dans la course comme la Hightech Payment Systems (HPS) qui s’est associé en 2014 avec le groupe Attijariwafa Bank pour le développement d’une plateforme monétique dédiée à la gestion de l’ensemble des filiales africaines du groupe bancaire, ou Finatech Group qui est une filiale de FinanceCom , la Société maghrébine de monétique (S2M), M2M, etc.

 

Présence des entreprises marocaines par secteur

Source : http://telquel.ma/2017/05/11/cartographie-de-la-presence-des-grandes-entreprises-marocaines-en-afrique_1545709

 

Les banques et les assurances

La présence des banque marocaines en Afrique remonte à la moitié des années 1980. La Banque centrale populaire contrôle depuis plus de 20 ans la Banque populaire maroco-centrafricaine et la Banque populaire maroco-guinéenne, détenues à 62,5 % et 53,9 % respectivement. Mais le mouvement d’internationalisation des banques et compagnies d’assurances s’est élargi plus particulièrement en fin des années 1990 avec l’accélération des réformes néolibérales.

La BMCE Bank s’est implantée au Mali en 1989 avec une prise de participation de 27,38 % dans la Banque de développement du Mali. En 2004, il devient actionnaire dans le capital de la Congolaise des banques à hauteur de 25 % en 2004. La Banque a également pris le contrôle de 59,39 % de Bank Of Africa au Mali, moyennant des prises de participation successives depuis 2007.

Le groupe Attijariwafa Bank a terminé, en 2008, son absorption de la Compagnie bancaire de l’Afrique occidentale (CBAO), la première banque historique au Sénégal. Il devient aussi majoritaire dans la Banque internationale du Mali. Il a également repris 5 filiales africaines du groupe français Crédit agricole, au Cameroun (Société camerounaise de banques, avec 65 % du capital), au Congo-Brazzaville (Crédit du Congo, 81 % en Côte d’Ivoire (Société ivoirienne de banque, 51 %), au Gabon (Union gabonaise de banques, 59 %) et au Sénégal (Crédit du Sénégal, 95 %)[17].

Les banques marocaines sont présentes dans une trentaine de pays du continent, dans toutes les régions à l’exception de l’Afrique australe. On recense 45 filiales de banques marocaines sur le continent [18] .

Comme on peut le constater, il s’agit principalement de trois grandes banques à capital privé majoritairement marocain qui dominent le secteur financier du pays, Attijariwafa Bank (famille royale), la Banque centrale populaire (banque mutualiste) et la BMCE Bank (famille Benjelloun), qui totalisent environ deux tiers de parts de marché au Maroc. Leur total bilan réalisé en 2016 est de 1 087 milliards de dirhams (soit 107 % du PIB) avec 429 milliards de dirhams pour la première, 352 milliards de dirhams pour la seconde et 306 milliards de dirhams pour la troisième. Ces trois banques ont toutes un statut de banques universelles[19]. Elles sont aussi présentes dans des zones offshores.

Le groupe Attijariwafa Bank est présent dans 13 pays d’Afrique. Il est le premier groupe à l’échelle du Maghreb (228 agences en Tunisie et Mauritanie), de l’Afrique de l’Ouest avec 364 agences (Sénégal, Mali, Togo, Côte d’Ivoire, Burkina, Niger et Bénin) et s’élargit en Afrique centrale avec 112 agences (Gabon, Congo et Cameroun). Elle vient d’acquérir Barclays Egypt comme un premier pas vers l’Afrique de l’Est. Attijariwafa Bank est présente en Europe, au Moyen-Orient, et au Canada et œuvre pour accompagner les exportateurs, les financiers et les spéculateurs occidentaux ayant un courant d’affaires à destination du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne. Elle répond au schéma d’organisation des grands groupes financiers internationaux pour accompagner les grandes entreprises et financer les grands projets dans les domaines de l’infrastructure (routes, chemins de fer, centrales électriques, les ports, aéroports, barrages, etc.) de l’alimentaire, l’urbanisme et l’énergie tant au Maroc qu’en Afrique subsaharienne. En invoquant le Roi du Maroc comme Chef, elle a accès aux informations et influence les décideurs et responsables publics pour la concrétisation des financements et le développement des partenariats public-privé (PPP). Attijariwafa Bank a décroché la 7ème place dans le classement exclusif des 200 premières banques africaines. Ainsi en 2016, les filiales subsahariennes du groupe Attijariwafa Bank ont généré un résultat net de plus de 22 % des réalisations du groupe[20].

Le groupe Banque centrale populaire compte 16 entités présentes dans 12 pays d’Afrique subsaharienne tels que le Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal, ou le Togo. Le groupe confirme son engagement dans le secteur du microcrédit pour l’inclusion financière en Afrique subsaharienne à travers sa filiale Atlantic Microfinance for Africa[21].

La BMCE Bank est implantée en Afrique avec près de 550 agences dans plus de 20 pays d’Afrique, en Tunisie en Afrique du Nord, dans huit pays en Afrique de l’Ouest (Mali, Sénégal, Burkina, Côte d’Ivoire, Ghana, Togo, Bénin, Niger), huit en Afrique de l’Est (Djibouti, Éthiopie, Ouganda, Kenya, Rwanda, Tanzanie, Burundi, Madagascar), en Afrique centrale (Cameroun, Congo Brazzaville, RDC-Congo). Selon les derniers résultats de l’activité de la banque, les filiales africaines pèsent désormais 41 % du résultat net du groupe[22].

Ces trois banques continuent leur montée en puissance sur le continent et commencent à dominer le secteur bancaire africain à côté de l’Afrique du Sud, Nigéria, Togo et l’Égypte. En 2007, les banques françaises possédaient presque deux fois plus d’agences que les marocaines. Sept ans plus tard, on constate exactement l’inverse dans les zones ayant comme monnaie le franc CFA, notamment l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA) et la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC)[23].

La pénétration du capital privé s’appuie également sur les banques publiques marocaines qui ont commencé leur implantation tout récemment comme la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) qui ne tient pas d’activité de banque de détail vis-à-vis du grand public. Celle-ci a multiplié les accords de partenariat avec les Caisses de dépôt africaines, les fonds d’investissement et les institutions publiques de développement locales. Elle a initié une multitude de projets au niveau du marché africain. Elle intervient en Afrique aussi dans le domaine des assurances à travers sa filiale, la Société centrale de réassurance, première compagnie de réassurance du marché marocain. Elle a ouvert un bureau à Abidjan en Côte d’Ivoire et ambitionne d’accompagner l’expansion des sociétés d’assurance marocaines en Afrique.  A travers sa filiale Novec qui est une société d’ingénierie récemment installée au Gabon, la CDG intervient aujourd’hui dans différents pays d’Afrique subsaharienne (Côte d’Ivoire, Niger, Burkina Faso, Sénégal, Cameroun, Congo, etc.) dans des domaines aussi variés que le bâtiment, l’eau, les infrastructures, l’environnement et l’agriculture[24].

Le groupe du Crédit agricole du Maroc (public) vient de lancer un programme de partenariats agricoles en Afrique à travers la signature de plusieurs mémorandums d’entente avec des banques africaines (Development Bank of Rwanda, Tanzania Agricultural Development Bank, Bank of Agriculture Limited au Nigeria…)[25].

Le domaine des assurances est investi par les banques qui l’intègre dans leur métier[26] (« bancassurance ») et par d’autres compagnies d’assurance appartenant aux groupes de familles qui gravitent autour du palais et qui ont accumulé d’énormes liquidités pour s’internationaliser. C’est le cas de Saham Group (Elalamy) qui a acquis en 2010 le groupe Colina, un des plus importants groupes d’assurance en Afrique francophone. Déjà présent dans 19 pays du continent, le groupe a renforcé sa présence depuis 2014. Au Nigéria, Saham détient près de 40 % dans Unitrust Insurance et a pris le contrôle de Continental Reinsurance depuis 2015. Si l’on exclut l’Afrique du Sud, le groupe Saham s’impose désormais comme le premier assureur du continent[27].

 

Les transports et la logistique

Le développement des infrastructures de transport et de logistique reste principalement du ressort des établissements publics dans le transport aérien à travers la Royal Air Maroc qui assure 32 liaisons régulières entre le Maroc (depuis l’aéroport international de Casablanca) et l’Afrique, et le transport maritime à travers le nouveau port de Tanger MED qui permet une desserte régulière de 20 pays africains et assure 34 liaisons hebdomadaires en Afrique de l’Ouest et Afrique centrale. Les partenariats public-privé (PPP) permettant de financer et mettre en place des grands projets d’envergure qui augmenteront les bénéfices des groupes capitalistes. Ainsi par exemple, la banque Attijariwafa Bank est intégrée dans le partenariat pour la mise en place des programmes autoroutier et portuaire de la Côte d’Ivoire.

 

L’immobilier et le BTP

Ce sont les mêmes grands groupes qui dominent les secteurs de l’immobilier et le BTP au Maroc qui sont actuellement en pleine expansion sur le continent.

La Société nationale d’investissement (SNI) et le groupe suisse LafargeHolcim ont décidé de lancer six nouveaux projets cimentiers en Afrique de l’ouest via leur filiale commune LafargeHolcim Maroc Afrique déjà présente dans quatre pays : Bénin, Cameroun, Côte d’Ivoire et Guinée.

Le groupe Addoha, dirigé par le milliardaire Anas Sefrioui, est quant à lui déjà bien implanté en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Cameroun, au Congo, au Tchad et au Sénégal. Il possède 13 cimenteries dans 11 pays d’Afrique et une capacité de production installée de plus de 9 millions de tonnes.

Le groupe ALLIANCES de Mohamed Alami Lazrak investit principalement en Afrique de l’Ouest. En Côte d’Ivoire par exemple, il réalisera 640 logements. Il est aussi présent au Congo, ainsi qu’au Cameroun où il va construire huit centres hospitaliers régionaux, 800 logements et réhabiliter 3 centres hospitaliers universitaires. Il a signé un contrat de partenariat avec le gouvernement ivoirien pour la construction de 7 000 logements dans la capitale Abidjan. Le groupe ambitionne de conquérir le continent africain via ses deux filiales opérant dans le BTP, Somadiaz et EMT, acquises en 2009 auprès de l’entrepreneur français Fernand Diaz[28].

Le groupe Ynna Holding (Chaâbi) est actuellement présent dans l’immobilier au niveau africain en Égypte et en Guinée équatoriale.

Il y a aussi plusieurs groupes qui tentent de bénéficier aussi de leur part du marché comme Palmeraie développement mais aussi la Somagec et la SGTM, etc. On trouve aussi des entreprises publiques comme Marchica Med, compagnie publique marocaine d’investissements touristiques engagée dans le projet pharaonique d’aménagement de la baie de Cocody à Abidjan en Côte d’Ivoire avec une enveloppe globale de 450 millions de dollars, et Al Omrane associée elle aussi à cette conquête de l’Afrique dans le secteur de l’immobilier.

 

Equipement, mines et énergie

La société Optorg, filiale de la SNI, spécialisée dans l’équipement forestier, minier et pétrolier et de la distribution de véhicules industriels et pour particuliers est présente au Cameroun, au Tchad, au Gabon, au Congo, etc. Elle revendique aujourd’hui la position de leader dans la distribution en Afrique avec deux filiales : Tractafric Motors, distributeur automobile multimarques présent dans 25 pays africains, et Tractafric Equipement, concessionnaire de Caterpillar dans dix pays en Afrique centrale.

La société Managem, filiale de la SNI, qui possède le monopole du secteur minier au Maroc, développe plusieurs projets miniers, au Soudan, au Gabon, en Éthiopie et en République démocratique du Congo (RDC) où elle s’est récemment associée au groupe minier chinois Wanbao Mining pour l’exploitation du gisement de Kalukundi qui recèle une réserve immense de cuivre. Elle est présente aussi au RDC à travers d’autres filiales détenant notamment des permis de cobalt, d’étain et de coltan en phase d’exploration. Elle a lancé d’autres programmes d’exploration aurifère au Burkina Faso[29].

La filiale de la SNI dédiée à l’énergie, Nareva, s’est associée avec l’entreprise française Engie pour développer des centrales électriques dans le nord et dans l’ouest de l’Afrique à l’horizon 2020-2025.

Les établissements publics telles que l’Office nationale d’eau et d’électricité (ONEE), l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), et l’Agence marocaine d’énergie solaire (MASEN) constituent de puissants leviers de la conquête de grands marchés dans ces secteurs en Afrique.

 

Le phosphate et ses dérivés

L’Office chérifien des phosphates (OCP), premier établissement public au Maroc avec un chiffre d’affaire de 47 milliards de dirhams en 2015, premier producteur et exportateur mondial de phosphate sous toutes ses formes, a entamé son projet d’ouverture de 14 filiales sur le continent qui seront majoritairement détenues par OCP Africa, bras armé de l’OCP pour conquérir le marché africain des engrais. Les principaux pays visés par cette opération sont : la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la République démocratique du Congo, le Bénin, le Cameroun, le Nigéria, la Tanzanie, l’Angola, la Zambie, le Zimbabwe, le Mozambique, le Kenya, le Ghana, et l’Éthiopie. L’Afrique représente aujourd’hui 25 % du chiffre d’affaires du groupe, soit sa part la plus importante, l’Amérique latine se situant en deuxième position (17 %), puis l’Europe du Sud (14 %), l’Inde (13 %), l’Amérique du Nord (12 %) et l’Europe de l’Ouest (8 %)[30].

Le modèle d’agrobusiness marocain est donné en exemple pour promouvoir les ventes d’engrais en Afrique. Celle-ci ne représente qu’une faible proportion de la consommation mondiale d’engrais. Ce modèle permet aux agro-exportateurs de s’enrichir alors que le Maroc est devenu un importateur net de céréales et a connu plusieurs mobilisations sociales contre la cherté des denrées alimentaires. Ces fortunés contribuent aux vastes opérations d’accaparement des terres agricoles africaines menées par des groupes capitalistes chinois, indiens, européens et des monarchies du Golfe. Le cas de Sefrioui, qui obtenu une superficie de 10 000 hectares au Sénégal, et qui s’apprête à devenir producteur de riz dans ce pays et en Côte d’Ivoire, est dénoncé par les organisations de la société civile sénégalaise.

 

L’agroalimentaire et la distribution

Le groupe Cosumar, unique sucrier du Maroc, issu de la privatisation des quatre sucreries publiques en 2005 au profit de la SNI qui en a cédé un bloc d’actions au profit de Wilmar International, premier groupe agroalimentaire asiatique, et d’un large nombre d’investisseurs institutionnels, ambitionne de se développer en Afrique. Celle-ci représente un déficit en matière de sucre de 6 millions de tonnes par an. Cosumar a, par exemple, été choisi par le gouvernement du Cameroun pour reprendre le développement du complexe agro-industriel sucrier entre Batouri et Bertoua, à l’est du pays.

La chaîne de supermarché Marjane, filiale de la SNI qui en détient 39,5 % du capital, s’apprête à s’implanter en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Gabon, au Mali et en Tunisie.

Le holding Sanam, dirigée par Saïd Alj, s’introduit dans l’agro-alimentaire à travers sa filiale Unimer, spécialisée dans la conserverie des produits de la mer qu’il exporte vers plusieurs pays du continent africain : Sénégal, Guinée, Togo, Bénin, Niger, Nigéria, RD Congo et Afrique du Sud. Il compte investir 240 millions de dirhams en Mauritanie pour l’implantation  d’un complexe industriel intégré de transformation et de valorisation du poisson pélagique pêché sur place.

 

L’industrie pharmaceutique

Le groupe Cooper Pharma dispose déjà d’une importante présence commerciale dans environ une vingtaine de pays africains et en particulier dans les pays suivants : Sénégal, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Bénin, Togo et Gabon. Il a annoncé récemment la construction d’une unité pharmaceutique en Côte d’Ivoire et une autre au Rwanda.

Le groupe Sothema possède une filiale à Dakar qui produits des médicaments génériques destinés à soigner les pandémies les plus répandues de la région (paludisme, diarrhées chroniques, choléra) et vise l’ensemble des 8 pays de la zone UEMOA et plus largement les pays d’Afrique francophone.

Actionnariat de la SNI : les parts de Mohammed VI et de la famille royale

Source : https://ledesk.ma/datadesk/actionnariat-de-la-sni-les-parts-de-mohammed-vi-et-de-la-famille-royale/

 

Les tournées royales en Afrique pour booster les affaires

Les tournées royales africaines, désormais annuelles depuis 2013, dans plusieurs pays subsahariens, constituent des occasions pour booster les affaires et décrocher des contrats fructueux. Lors de ses visites, le Roi est accompagné d’hommes d’affaires bien choisis, soit en leur qualité de conseillers, de ministres, de responsables d’établissements publics ou d’entrepreneurs. Lors de sa tournée stratégique de fin 2016 en Afrique de l’Est (Rwanda, Tanzanie et Éthiopie), on trouve dans la liste non exhaustive des businessmen, la présidente de la Confédération générale des entreprises marocaines (Miriem Bensaleh Chaqroun), le PDG de la SNI (Hassan Ouriagli), les PDG de BMCE Bank of Africa (Othman Benjelloun) d’Attijariwafa Bank (Mohamed El Kettani), de la Banque Populaire (Mohamed Benchaaboun) et du Crédit Agricole Maroc (Tariq Sijilmassi) ainsi que Saïd Ibrahimi, directeur général de Casablanca Finance City Authority (CFCA). Les représentants du secteur de l’énergie Ahmed Nakkouch, PDG de Nareva, ainsi que le directeur général de Masen, Mustapha Bakkoury.  Le PDG de l’OCP, Mustapha Terrab, le PDG de Holmarcom, Mohammed Hassan Bensalah ainsi que le PDG de Sanam, Saïd Alj, le directeur du pôle développement d’Akwa Group (Akhannouch), Majid El Yacoubi. Le secteur du tourisme représenté par Abderrafie Zouiten, directeur général de l’Office national marocain du tourisme (ONMT) et celui de l’immobilier représenté par Hicham Berrada Sounni, PDG de Palmeraie Développement[31], etc. Le roi a effectué une autre tournée en début de 2017 en République du Soudan du Sud, au Ghana, en Zambie, en Guinée et en Côte d’Ivoire. Le total des accords signés à la fin de ces deux tournées s’élève à 140 englobant des domaines très variés dans 9 pays[32] : Rwanda (19), Tanzanie (22), Sénégal (4), Éthiopie (7), Madagascar (22), Zambie (19), Ghana (25), Guinée (8), Côte d’Ivoire (14 nouvelles conventions).

En une décennie (2005-2015), près de 3 200 accords et conventions bilatérales entre le Maroc et des États africains ont été signés et sont entrés en vigueur. Une quarantaine de commissions mixtes ont été mises en place au cours de la même période[33].

 

Petites et moyennes entreprises (PME) écartées

On voit bien que la cartographie des entreprises marocaines présentes en Afrique est dominée par un cercle restreint de prédateurs « champions » qui ne laissent que très peu de place pour les petites et moyennes entreprises (PME) dans cette conquête des marchés africains. Pas plus de 150 PME y sont aujourd’hui présentes (toutes natures de présence juridique confondues)[34], alors qu’elles représentent un poids très important dans le tissu économique (plus de 90 % du tissu productif marocain). Elles sont les plus touchées par les réformes néolibérales qui ont augmenté leurs difficultés d’accès aux moyens de production et souffrent de l’ouverture des frontières (les accords de libre-échange) aux multinationales qui inondent le marché local par des produits subventionnés, mais aussi de l’hégémonie du « système de patronage » et « réseaux clientélistes » du palais.

 

Des programmes sociaux en trompe l’œil 

Pour atténuer le caractère agressif des investissements capitalistes dans un continent dominé par la pauvreté, ces visites royales comprennent aussi des volets sociaux. L’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) s’exporte aussi en Afrique subsaharienne avec une couverture médiatique massive. C’est une initiative royale qui consiste à mettre en place des programmes de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale, la mise à disposition dans certains pays amis d’hôpitaux, la construction de villages de pêche et la mise à niveau du secteur de la pêche artisanale, la construction de logements économiques, etc. Les associations de la société civile intéressées par les gains financiers sont sollicitées pour accompagner ces programmes et les justifier. Les maigres résultats obtenus au Maroc témoignent du caractère en trompe l’œil de ces mesures. Une décennie de l’INDH n’avait pas réussi à sortir 12 millions de marocains de « déficits flagrants » touchant leurs conditions de vie les plus élémentaires : revenu, santé, éducation, hygiène, transport, etc. Le Maroc est alors relégué au 126ème rang sur 188 pays, soit au bas de l’échelle des pays à niveau de développement humain moyen[35]. Comme au Maroc, ces programmes « d’insertion » visent plutôt à approcher les catégories sociales les plus vulnérables pour les mettre à la disposition du grand capital à travers la bancarisation (microcrédit[36]) et les microprojets. Ce dernier cherche à accumuler des bénéfices sur le dos des pauvres, qui, s’ils n’ont pas beaucoup d’argent, sont en revanche très nombreux.

 

Processus d’internationalisation à faible impact

Le processus d’internationalisation du capitalisme marocain entamée depuis les années 2000 évolue lentement. Il reflète les faiblesses du modèle de développement dépendant déjà éprouvés sur le territoire marocain. Il n’a pas encore de gros impacts sur les échanges commerciaux et des flux d’investissement du Maroc avec le continent africain qui restent encore très faibles. Le montant global des échanges entre le Maroc et le continent africain se situe en 2014 à 37,5 milliards de dirham ne représentant que 6,4 % (et à peine 2,5 % pour l’Afrique subsaharienne) de l’ensemble des échanges commerciaux du Maroc, contre 63,5 % pour l’Europe, 18 % pour l’Asie et 10,9 % pour l’Amérique[37]. Les produits exportés par le Maroc vers l’Afrique sont dominés par les trois premiers produits qui sont les engrais naturels et chimiques, avec une part de 12,5 % en 2014, suivie de préparations et conserves de poissons et crustacés (11,7 %) et voitures de tourisme (6,3 %). Par ailleurs, le Maroc importe de l’Afrique principalement le gaz de pétrole et autres hydrocarbures, avec une part de 52,7 % en 2014, suivis de tourteaux et autres résidus des industries alimentaires (4,7 %), utilisés surtout dans l’alimentation animale et coke (charbon) et combustibles solides similaires (3,4 %).

Le flux d’investissements directs marocains en Afrique subsaharienne ont atteint entre 2008 et 2016 une valeur de 20,6 milliards de dirhams, soit 92 % de ceux destinés vers l’Afrique et 52 % des flux sortants globaux, contre 33 % vers l’Europe, 6 % vers le Moyen Orient et 4 % aussi bien vers les États-Unis que vers l’Afrique du Nord[38].  Pour les IDE entrant au Maroc, l’Union européenne demeure le premier partenaire du pays, avec une part de 60 % des IDE totaux investis sur la période 2008 – 2015 suivie des Émirats arabes unis avec 13 %.

Les grands investissements au Maroc comme en Afrique restent encore principalement adossés par l’État à travers le secteur public. La part publique (Budget de l’État, Établissements publics et collectivités locales) a atteint presque 65 % du taux moyen de la formation brute de capital fixe[39] au Maroc entre 2010 et 2015[40]. La nature despotique du régime politique marocain fait que ces investissements publics sont plutôt des « Éléphants blancs » au profit de capitalistes parasitaires locaux et étrangers avec un faible impact sur la croissance et l’emploi. Ils ne produisent pas non plus les ressources nécessaires au remboursement des emprunts publics externes qu’ils génèrent. A fin 2016, l’encours de la dette extérieure publique s’est établi à 312,5 milliards de dirhams (30,9 milliards USD) représentant 30,8 % du PIB. L’encours de la dette extérieure des Établissements et Entreprises publiques s’élève à 168,8 milliards de dirhams, soit 54 % du total de la dette externe publique et 16,7 % du PIB[41].  C’est bien entendu les couches populaires qui paieront la facture.

 

Maroc plate-forme pour les conquêtes néocoloniales de l’Afrique

Le Maroc se targue de sa situation au carrefour des marchés intercontinentaux et ambitionne de s’ériger en hub régional tourné vers l’Afrique. Il s’efforce de devenir une plate-forme pour contribuer, sous couvert de coopération tripartite ou triangulaire, à la conquête néocoloniale des pays du continent et le pillage de leurs ressources. Sa contribution consiste à développer les infrastructures et les connexions terrestres, maritimes et aériennes entre le Maroc et les pays d’Afrique pour faciliter les échanges commerciaux. Il doit également faciliter le financement des projets locaux en Afrique par des bailleurs internationaux et accompagner leurs réalisations par des formations de compétences. C’est dans cet objectif que s’insère la mise en place de la plate-forme financière, Casablanca Finance City (CFC), qui prétend drainer des capitaux étrangers et lever des fonds prêts à être réinvestis sur le continent africain. Le Maroc a mis en place aussi de zones franches et de plateformes industrielles intégrées (dédiés à l’offshoring, l’aéronautique, l’automobile…), d’agropoles, d’haliopoles, etc. Le Maroc se vante des différents les accords de libre-échange, qu’il a signé avec les puissances occidentales (Union européenne et USA) et les pays méditerranéens, et les présente comme une opportunité pour accéder à un marché de plus de 1 milliard de consommateurs. Il importe alors d’accélérer l’adaptation du cadre juridique et réglementaire régissant ses relations commerciales et d’investissement avec les pays africains en vue de réduire au maximum des obstacles tarifaires et non tarifaires, stimuler les négociations pour la conclusion d’accords préférentiels et de libre-échange avec des groupements régionaux africains, tels que l’UEMOA (Union économique et monétaire des États de l’Afrique de l’Ouest), la CEMAC (Communauté économique et monétaire des États de l’Afrique centrale) et la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest). C’est dans cet objectif qu’il a demandé, en février 2017, l’adhésion à la CEDAO, juste un mois après avoir adhéré à l’Union africaine (UA). Il vise aussi à renforcer sa position quant à la question du Sahara.

 

Le concours des Institutions économiques internationales

Les bases de cette conquête néocoloniale de l’Afrique sont déterminées par les Institutions financières internationales. Elles coordonnent l’offensive néolibérale et la mondialisation capitaliste en faveur des multinationales. Elles permettent l’hégémonie des marchés financiers et la généralisation de la spéculation. Elles entretiennent le système dette comme instrument de transfert des ressources depuis les pays du Sud vers les capitalistes du Nord. Elles soutiennent les régimes politiques autoritaires et l’intervention militaire des grandes puissances.

Le Maroc est un très bon élève de ces Institutions. L’enrichissement d’une minorité de capitalistes qui s’internationalisent en Afrique s’insèrent parfaitement dans la logique de leurs politiques. La Banque mondiale, le Fond monétaire international, la Banque africaine de développement, l’Organisation mondiale du commerce, et l’impérialisme (français, chinois…) sont bien les instruments de néo-colonisation de l’Afrique. Ils s’appuient sur des chefs États despotiques.

 

Panafricanisme pour recouvrer notre souveraineté

Le vrai développement de nos pays en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne ne sera pas l’œuvre de nos régimes qui accaparent nos richesses, nous endettent et approfondissent notre dépendance envers les métropoles impérialistes.  Ce sont les couches populaires, les salarié-e-s et les petits producteurs qui devront se mobiliser pour décider démocratiquement de leur modèle de développement alternatif. Nous devons dénoncer et combattre les conquêtes néocoloniales que mènent les multinationales et les grands capitalistes locaux sous couvert de coopération et de développement de l’Afrique. Nous devons poursuivre le combat de Thomas Sankara pour annuler les dettes illégitimes et mettre fin au système dette qui écrase nos peuples. Il est plus que jamais nécessaire de développer des solidarités et des synergies entre nos différentes mouvements de lutte dans nos pays et échanger nos expériences. Face à l’union des Chefs d’États mandataires de l’impérialisme dans l’Union africaine, Union du Maghreb arabe, ou la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, etc. nous devons conjuguer nos efforts pour reconstruire le panafricanisme sur une base radicale, combative et internationaliste. Ce qui nous permettra de recouvrer notre souveraineté politique, économique, alimentaire, et environnementale.

17 novembre 2017

Omar Aziki

ATTAC CADTM Maroc

 

 

NOTE


|1| – Déclaration du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale le 08 juin 2017. http://www.leseco.ma/maroc/58061-pres-de-1000-entreprises-marocaines-en-afrique.html

|2| – Office des changes. Échanges Maroc-Afrique subsaharienne. 2017. www.oc.gov.ma

|3| – Najib Akesbi. Économie politique et politiques économiques au Maroc. Revue Marocaine des sciences politiques et sociales. Avril 2017.

|4| – M. Oubenal et A. Zeroual. Les transformations de la structure financière du capitalisme marocain. Revue Marocaine des sciences politiques et sociales. Avril 2017.

|5| – M.S. Saâdi. Réformes néolibérales, groupes d’affaires et développement au Maroc. Revue Marocaine des sciences politiques et sociales. Avril 2017.

|6| – M. Oubenal et A. Zeroual. Op. cit.

|7| – https://www.finances.gov.ma/Docs/2015/DAAG/almaliya58.pdf

|8| – www.iam.ma/

|9| – 1 africain sur 10 est un client Orange. 2016 https://www.orange.com/fr/Groupe/Orange-dans-le-monde

|10| – Béatrice Hibou et Mohamed Tozy. De la friture sur la ligne des réformes. La libéralisation des télécommunications au Maroc. 2002. https://spire.sciencespo.fr/hdl :/2441/1d1vlhp8p7t3k7k974kr28oa1/resources/ci14p91-118.pdf

|11| – « L’Élysée est intervenu auprès de Vivendi, soutenue par le roi Mohammed VI, pour qu’il ne cède pas Maroc Telecom à la société qatari Ooredoo, jusqu’ici la mieux placée, soupçonnée de collusions avec les fondamentalistes musulmans du Nord-Mali. Vu que cette filiale du groupe français contrôlait les principaux opérateurs du Sahel, elle revêtait semble-t-il une grande importance pour le renseignement militaire, investi dans l’opération Serval. Il se trouve que cette démarche a vraisemblablement porté ses fruits, puisque c’est finalement le groupe émirati Etisalat qui a emporté le morceau ». Jean Batou. Redéploiement de l’impérialisme français et sidération humanitaire de la gauche.2014. https://www.legrandsoir.info/afrique-redeploiement-de-l-imperialisme-francais-et-sideration-humanitaire-de-la-gauche.html

|12| – Télécoms : Qui aura le dernier mot en Afrique ? octobre 2017. http://www.leseco.ma/les-cahiers-des-eco/afrique/61068-telecoms-qui-aura-le-dernier-mot-en-afrique.html

|13|

– TIC et développement en Afrique : approche critique d’initiatives et enjeux. https://rfsic.revues.org/939

|14| – http://www.banquemondiale.org/fr/news/press-release/2015/04/15/massive-drop-in-number-of-unbanked-says-new-report

|15| – https://www.finances.gov.ma/Docs/2015/DAAG/almaliya58.pdf

|16| – http://fr.le360.ma/economie/maroc-afrique-banques-et-compagnies-dassurance-une-presence-dans-32-pays-africains-94249

|17| – La banque universelle, appelée également « banque à tout faire » ou « banque généraliste » représente un grand ensemble financier regroupant et exerçant les différents métiers de la banque de détail, de la banque de financement et d’investissement, de la gestion d’actifs, tout en jouant également le rôle d’assureur (on parle ici de « 
bancassurance »). Cet ensemble intervient sur le territoire national mais également à l’étranger avec ses filiales. Le principal danger de ce modèle bancaire consiste à faire supporter les pertes des activités risquées de banque de financement et d’investissement par la banque de dépôt et mettre ainsi en péril les avoirs des petits épargnants. Éric Toussant. Bancocratie. P53.

|18| – www.attijariwafabank.com

|19| – http://www.gbp.ma

|20| – www.bmcebank.ma/

|21| – http://fr.le360.ma/economie/les-banques-marocaines-detronent-les-francaises-en-afrique-30137

|22| – www.cdg.ma

|23| – https://www.creditagricole.ma

|24| – Wafa Assurance du groupe Attijariwafa bank (Royal) et RMA Watanya de la holding FinanceCom (Benjelloun).

|25| – www.sahamassurance.ma

|26| – http://www.alliances.co.ma/

|27| – www.managemgroup.com/

|28| – www.ocpgroup.ma

|29| – http://telquel.ma/2016/10/17/tournee-africaine-de-mohammed-vi-voici-les-patrons-qui-feront-partie-du-voyage_1519481

|30| – Voir liste des pays visités, dates et contenus des accords sur le lien https://www.medias24.com/MAROC/NATION/174944-La-liste-des-accords-signes-devant-le-Roi-Mohammed-VI-dans-8-pays-africains-et-qui-seront-audites.html

|31| – Institut Amadeus. Le Maroc en Afrique : La Voie Royale. 2015. www.institutamadeus.com

|32| – Les PME marocaines peinent à investir en Afrique. http://lavieeco.com/news/economie/les-pme-marocaines-peinent-a-investir-en-afrique.html

|33| – Najib Akesbi. op. cit.

|34| – ATTAC CADTM Maroc. Le système de microcrédit au Maroc : des pauvres financent des riches. 2017

|35| – Office de change. Commerce extérieur du Maroc. Edition provisoire 2014. www.oc.gov.ma

|36| – Projet de loi de finances 2018. Rapport économique et financier. www.finances.gov.ma

|37| – Formation brute de capital fixe, FBCF, est l’agrégat qui mesure, en comptabilité nationale, l’investissement (acquisition de biens de production) en capital fixe des différents agents économiques résidents.

|38| – Najib Akesbi, op. cit.

|39| – Projet de loi de finances 2018. Rapport sur la dette publique. www.finances.gov.ma

 




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